LA LOI DE L’ANALOGIE, CLÉ DE LA SCIENCE OCCULTE
« L’aspect du poulpe et du scorpion, de la hyène et du crocodile dénonce leur nature ; évoquant la crainte et la nausée tout ensemble, ces monstres dégagent une avertissante horreur. Il n’y a point à s’y méprendre. D’autres bêtes meurtrières n’inspirent que l’effroi, chez qui le stigmate de la violence n’exclut pas une allure noble, parfois une réelle beauté : tels les grands félins, lion, tigre ou panthère : tels les oiseaux de proie, aigle, épervier, grand-duc et condor. Ils portent l’estampille de la férocité plus que de l’ignominie ; mais tout, dans leur figure et dans leur geste, tout dit à l’observateur : garde-toi !
« Les exemplaires dangereux du règne végétal n’ont pas un aspect plus trompeur pour qui sait observer et voir. Elancées, ou bien courtes et trapues, les Solanées vénéneuses ne savent point mentir : l’avertissement est dans leur port, dans leur feuillage sombre ou blême. Voyez la Belladone, la Mandragore et le Datura : fleurs livides, pommes épineuses et baies fades. Observez la Jusquiame aux feuilles velues et dentelles, à l’odeur vireusc et répu!-
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sive : quelle menace éloquente sur les lèvres de ses corolles ? Les Ombellifères toxiques n’ont pas un air plus engageant. Les Ciguës épanouissent un feuillage agressit ; des macules de pourpre ensanglantent leur tige ; la Ciguë vireuse et l’Ænanthe salranée répandent, lorsque on les brise, un suc jaunâtre comme du pus. Toutes ces plantes se décèlent malfaisantes par la fétidité de leur haleine. Des Euphorbiacées, sinistres à la vue, gicle, à la moindre égratignure, un lait corrosif. Issues de deux familles très distantes, la Sabine et la Rue trahissent diversement par leur physionomie antipathique et le relent quelles dégagent, leur emploi d’antiques avorteuses. — Les roides dentelures de l’Aconit, d’un vert presque noir et livide par en-dessous, encadrent bien la fleur élégante et triste, d’un bleu vénéneux d’azotate de cuivre. — La Digitale pourprée est aussi singulièrement lugubre en dépit de ses charmes : sa feuille gaufrée, sombre et poilue n’impressionne pas moins que le tigridement interne de ses corolles. — Le Colchique d'automne montre à niveau du sol sa fleur violacée sans tige ni feuillage ; c’est la veilleuse des deuils prochains...
« La Renoncule scélérate rampe à terre et se cache à demi sous l’herbe et la mousse, comme un sepent. D’autres végétaux mortels affectent une allure moins cynique, une physionomie plus composée ; mais à les étudier en détail, ils portent des stigmates de réprobation.
« Il n’est pas jusqu’au règne minéral, moins expressif en faveur de l’homme, parce qu’il s’éloigne davantage de lui, où le déchiffreur de signatures spontanées ne puisse découvrir les caractères bénéfiques ou maléfiques, et lire sur les écorces les pro-
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priétés des essences. La cassure des minéraux, les formes cristallines et leur mode de groupement, les couleurs, la saveur, l’odeur même, sont autant d’indices. Demandez au minéralogiste si des échantillons de laboratoire savent refuser à son instinct l’aveu tacite de leurs propriétés, avant même qu’il en ait fait l’épreuve ! »
Stanislas de Guàita