ALFRED BRUNEAU
es murs, des draps, de toute cette blancheur, des voix s'élèvent qui la clouent sur place et la retiennent:
cenest pas ainsi que doit s’accomplir son rêve. Elle en mourra sans doute, mais elle restera, et Félicien, désespéré, doit partir seul.
Acte IV, sixième tableau: dans l’oratoire de Jean d'Hautecœur. L’évêque prie et pleure en pensant à __ l'aimée qu'il a perdue, au fils qu’il doit meurtrir pour
Jui éviter souffrance pire. Mais Félicien surgit, dans un état de violente révolte. L’heure de la soumission
est passée : Angélique se meurt ! Et le fils rappelle au.
père le pouvoir miraculeux que la légende attribue à sa race : les d'Hautecœur ont le don de guérir au nom de Dieu. Le malade qu’ils baisent en disant : «Si Dieu veut, je veux!» est miraculeusement délivré de son mal. Que Jean d'Hautecœur use de ce pouvoir
divin! Qu'il guérisse Angélique! Et comme le père . refuse, Félicien le transperce de ce cri: «Ah! vous
n'avez jamais aimé ma mèrel» Sous ce coup, Jean d'Hautecœur chancelle. Il tombe en prière et la morte lui parle. Une nouvelle résolution descend en lui: Que son fils le précède, il accomplira le rite.
Le septième tableau nous ramène dans la chambre: d’Angélique mourante. Tout a été préparé pour l’extrême-onction. On attend le prêtre : à sa place c’est l’évêque qui se présente avec les clercs. Toute une cérémonie liturgique se déroule, d’une saisissante solennité. Puis Jean d’'Hautecœur se penche sur la
frêle forme inanimée et la baise au front en pronon-
çant les paroles sacramentelles. Et le miracle s’ac-
. complit.
C’est ici qu’à la création de l’ouvrage s’arrêtait la représentation, ce qui est un non sens, la pièce ne parvenant pas ainsi à sa conclusion logique et natu-
relle. La direction avait reculé devant la difficulté d’un huitième tableau qui ne dure que deux ou trois.
minutes à peine. Ce dernier tableau est cependant indispensable et il faut espérer qu’à l’avenir on le
rétablira.
Fe
Sitôt le miracle accompli, l'air s’emplit de joyeuses
sonneries de cloches et la scène change à vue. Nous.
sommes transportés devant le porche de la cathédrale … dont l’intérieur s'aperçoit constellé de mille flammes. C'est le jour du mariage d’Angélique. Jusqu'au bout …
le rêve s’est accompli ; les saintes ne pouvaient men-
tir ! Les deux époux sortent de l’église au milieu de
la foule joyeuse ; Angélique a atteint le plus haut
rat ce SE
sommet de la félicité. Pour que tout soit consommé,
il ne lui reste plus qu'à mourir. Aussi la voit-on. chanceler, extasiée, aux bras de son époux et expirer
en plein bonheur, sous le premier baiser de l’amour.
Fin admirable, où la mort perd toute amertume et
paraît un bien plus grand que la vie même.
L’Attaque du Moulin.
Drame lyrique en quatre actes, d’après Emile Zola, poème de Louis Gallet, musique de Alfred Bruneau. Représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre national de l’Opéra-Comique, le 23 novembre 1893. PERSONNAGES : Merlier, meunier ; Dominique, son ouvrier, flamand, amoureux de Françoise; Françoise, fille de Merlier ; Marcelline, vieille servante de Merlier. La scène se passe sur la frontière française, de nos jours.
Le premier acte est un tableau de paix et de joie. IL se passe dans la cour du vieux moulin de Merlier, le jour des fiançailles de Dominique et de Françoise. Selon l’antique usage, tous les voisins ont été conviés à fêter l’heureux événement. Une jolie scène provinciale se déroule, entre jeunes filles accompagnant la fiancée et jeunes gens accompagnant le fiancé. On trinque gaiement à la santé des futurs époux quand arrive le crieur public et son tambour. Il est porteur d’une grave nouvelle : la guerre est déclarée ! Ah ! la guerre, l’horrible guerre! Marcelline revoit ses deux beaux grands fils, fauchés tous deux jadis en une même bataille. A vrai dire, Dominique, en sa qualité
d'étranger ne partira pas; mais il est Français de
danger menace celle. qu A he: noces de frapper! a s’ Étire le second acte, la guerre sévit un mois et le moulin est attaqué. Une come française fait par la fenêtre le coup de feu re l'ennemi qui s'approche. Dominique tire i, ses mains sont noires de poudre: il n’a pas pu | er neutre en voyant son foyer assailli !
Suivant ses ordres, l'officier français se replie, et bientôt les soldats ennemis font leur entrée dans le ioulin évacué. Dominique est convaincu d’avoir contrevenu aux lois de la guerre: il sera passé par les
trahir « et à guider l'ennemi à travers la forêt, il lui sera fait grâce de la vie. [l repousse avec dégoût ce marche nfâme. Mourir plutôt!
__ Laissé seul dans la pièce sous bonne garde, il écut + la visite de sa fiancée, descendue par une échelle de - fer de l'étage au- -dessus et entrée par la fenêtre. Elle
la nuit, gagner la cour. Là, on occupera l'unique sen- - tinelle qui garde l'entrée du pont : d’un bond il peut être sous le couvert de la forêt. Et si la sentinelle l’arrête, elle lui donne un couteau avec lequel il pourra la faire taire. Justement on entend la sentinelle, qui chante un air mélancolique de son pays. Le pauvre garçon n’a pas demandé à faire la guerre. [Instrument
absente.
| A l'acte suivant, nous sommes au pied de la fenêtre d’où doit descendre Dominique. La sentinelle monte la garde. Selon le plan arrêté, les femmes cherchent Le à détourner son attention tandis que S'effectue l’évasion. Mais inutilement. Au moment où Dominique s'élance vers le pont, le soldat l’aperçoit et va donner l'alarme, mais rapide comme la pensée, Dominique lui plonge son couteau dans la gorge et s'enfuit. Au ‘cri poussé par leur camarade les soldats ennemis accourent : le factionnaire a été assassiné! Ce crime doit être vengé. Si donc le coupable n'est pas retrouvé. Du le matin, Merlier sera fusillé à sa place. C'est