TARN
© FRANZ LEHAR
hann Strauss, le véritable créateur du genre. L'’in-
… térêt réside dans la musique, où la danse se taille la plus large part, dans la danse elle-même, dans une brillante mise en scène. Quant à l'intrigue, elle se ramène à assez peu de chose.
Missia Palmieri est une jolie Marsovienne, — la
Marsovie est une principauté balkanique de fantaisie,
— élevée en Amérique, puis revenue au pays, où elle s'est éprise d’un jeune noble, le prince Danilo, lequel
témoignait pour elle d’un penchant très vif. Un beau
jour le prince Danilo disparut. Blessée de cet abandon, la jeune femme épousa par dépit le vieux ban-
-quier Palmieri qui la laissa au bout de quelques mois
veuve et riche à cinquante millions. Depuis son veuvage elle mène existence large et joyeuse et est venue résider à Paris. À Paris existe une ambassade de Marsovie, dont le titulaire est le baron Popoff, type de gâäteux suffisant que les librettistes ont su faire assez amusant. La principale mission de cet étrange diplomate consiste à empêcher Missia Palmieri d’épouser un étranger, pareil mariage devant compromettre irrémédiablement le crédit de la Marsovie. Tout le capital de la veuve est en effet engagé dans la banque d'Etat de cette principauté. Missia et Danilo ne se sont pas revus depuis leur idylle d'antan.
Ils se revoient au premier acte. Popoff a imaginé de faire épouser Missia à Danilo, qui aime toujours la jeune femme et se console en menant une vie de bâtons de chaise. Missia n’a pas oublié non plus son ancien flirt, mais dès la première entrevue, elle a des mots malheureux. Elle accuse Danilo de l'avoir abandonnée et ne paraît pas ajouter foi à sa justification lorsqu'il déclare être disparu parce que pauvre et incapable de lui assurer l’existence. Elle lui donne
à entendre qu'aujourd'hui il lui revient à cause de sa
fortune, ce qui blesse au cœur l’attaché militaire. Aussi ce dernier refuse-t-il de lui faire l’aveu que, par coquetterie, elle voudrait lui arracher. Il jure à Missia que jamais il ne lui dira : «Je vous aime! ». Il y aura donc lutte entre la veuve joyeuse qui veut forcer Danilo à se déclarer et ce dernier qui s’entête à
F û F à Eee DU) y} PRET EP it EN ME SAONE x ( wi A “
Eh CE FRANZ LEHAR
n’en rien faire. Les trois actes de la pièce nous montrent les différentes passes de ce duel.
Parallèlement à cette action s’en déroule une seconde. Le lieutenant de Coutanson fait à l’ambassadrice une cour assidue sous les yeux du mari, confiant comme un mari de vaudeville. Nadia se défend du reste courageusement. Elle ne cache pas à son soupirant le penchant qu’elle ressent pour lui; mais elle refuse obstinément de lui céder, sous prétexte | qu'elle veut rester une honnête femme. Avec cela elle est d’une jalousie féroce et mène au pauvre garçon une vie impossible, lui ordonnant d’épouser Missia, puis intervenant pour j'en empêcher dès qu'il essaie de lui obéir. À
C’est cette situation qu’expose le premier acte, lequel se passe dans les salons de l'ambassade de Marsovie, au cours d’une soirée donnée par Popoff à l’occasion de la fête du souverain.
Figg, drogman hébété et grotesque, égaie l’action de ses propos et rappelle les «fous» des anciens rois ou les « clowns» de Shakespeare — en petit!
À Popofñf qui lui demandait d’épouser Missia, Danilo a répondu que la chose était impossible, mais que par contre il s’engageait à écarter de la riche veuve tous les prétendants. L'acte nous le montre commençant à mettre cette tactique à exécution. Choisi par Missia pour une certaine valse, il met son tour de danse aux enchères à cent louis. Tous les candidats s’éloignent sauf un, Camille de Coutanson. Mais le geste de ce dernier est arrêté net par Nadia.
Il faut dire un mot d’un éventail qui joue dans la pièce un rôle essentiel. C’est celui de Nadia. Coutanson y a écrit: «Je vous aime!». Après quoi l'objet s’égare. [l passera désormais de mains en mains. Arrivé dans celles de Popoff, l’ambassadeur veut connaitre la propriétaire. Nadia déclare qu'il est à elle, mais explique à son mari qu’elle a simplement voulu sauver une amie.
L'acte finit par une valse effrénée de Danilo et de Missia. |
Le second acte nous transporte chez Missia Pal-
FRANZ LEHAR 233
mieri qui donne une fête marsovienne dans ses jardins : prétexte à costumes pittoresques. Au fond dela scène se trouve un petit pavillon. Popoff redoute Maurice de Coutanson comme épouseur possible pour Missia Palmieri. [Il s’en ouvre à Danilo et lui montre l'éventail sur lequel sont écrits les mots: «Je vous aime !». Danilo reconnaît l'écriture de Camille: Mais de qui celui-ci est-il donc amoureux? Figg assure que c’est d’une femme mariée. Danilo prend l’éventail et promet de chercher. Il interroge plusieurs dames, surprend le secret d'autant d’intrigues, mais d'aucune où Coutanson soit partie.
Sur ces entrefaites, Missia fonce droit sur son adversaire dont elle a surpris le jeu et lui demande à bout portant pourquoi il s’acharne à écarter d’elle les soupirants. Elle lui jette au visage sa conviction qu'il est mu par la jalousie. Il s’en défend. Puis il
oublie à son tour l'éventail sur une table. Missia y
lit la déclaration et croit que Danilo l’a fait exprès : ne voulant pas parler, il a écrit ! Elle laisse l’objet où elle l’a trouvé.
Suit une scène entre Camille et Nadia. Cette dernière est bien chancelante. Serrée dans ses derniers retranchements, elle écrit encore sur l'éventail, audessous de la déclaration : « Je suis une honnête femme». Après quoi elle consent à prouver le contraire en allant s’enfermer dans le pavillon avec son amou- Teux.
Ils ont été vus par Figg. Arrive Popoff qui veut entrer dans le pavillon pour y écrire une dépêche. Figg ne sait comment l’en empêcher. Il finit par révéler que M. de Coutanson est enfermé là avec une femme mariée, sans dire laquelle. Mais Popoff tient à savoir : il regarde par le trou de la serrure. Quand il reconnaît sa femme, il entre en fureur et veut tout massacrer ; mais Figg fait preuve de présence d'esprit : il est allé cherché Missia, qui entre dans le pavillon, tandis que Nadia en sort. Puis la porte s'ouvre et Missia paraît avec Camille. Stupéfaction générale ! Popoff se persuade qu’il a mal vu; mais Danilo est complètement trompé et croit qu'il y a réellement