‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 51 sur 90 · VICTOR MASSÉ · texte numérisé non relu

VICTOR MASSÉ

mieux maintenu au répertoire est le petit acte intitulé Les noces de Jeannette.

Les noces de Jeannette.

Opéra-comique en un acte, paroles de Michel Carré et Jules Barbier, musique de Victor Massé.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre impérial de l’Opéra-Comique, le 4 févier 1853. PERSONNAGES: Jean ; Jeannette ; Thomas ; le petit Pierre.

La scène se passe dans un village, de nos jours.

Un petit acte dans la meilleure tradition de l’opéracomique, où le compositeur a semé les perles mélodiques à pleines mains.

Jean et Jeannette sont allés ce matin devant le maire pour se marier, mais au moment de prononcer le oui fatal, Jean a pris peur et s’est sauvé. Au lever

du rideau nous le voyons rentrer chez lui, en habit de

marié. Il se vante de son équipée et se félicite de l’avoir échappé belle. Un de ses compagnons vient l’inviter à la danse. Vite, ilse hâte de changer d’habit et va pour sortir lorsqu'il reçoit une visite inattendue : Jeannette elle-même, qui vient très douce lui demander la raison de l’affront qu’il lui a infligé. Jean, d’abord effrayé, se rassure en constatant que sa promise est sans colère. Puis il sort rejoindre ses amis,

laissant Jeannette seule au logis. La pauvre fille voit

de la fenêtre les ébats de son infidèle et entend ses chansons. Jean rentre bientôt, chercher son bou-

-quet de marié qu’il veut offrir à une danseuse. Il est

un peu gris. Du reste, serait-il à jeun, il ne trouverait

pas davantage le bouquet, que Jeannette lui a pris. La seconde entrevue de Jean et de Jeannette diffère

de la première. Jeannette maintenant s’est ravisée et

use de lintimidation. Jean est très effrayé lors-

qu'elle lui dit avoir vu son père armer ses pistolets. La rusée paysanne profite de cette terreur pour faire signer au poltron un papier qu'il ne lit pas, et pour cause ! Quand il a signé, elle lui confie que ce papier n’est autre que le contrat. Pour qu'il soit valable, il

Zaire

n'y manque plus que sa signature à elle. Elle ne la met pas pour l'instant, voulant simplement établir que

si elle ne se marie pas, c’est qu’elle ne l’a pas voulu. Puis elle se ravise et signe à son tour: on verra bien …

sielle ne saura pas apprivoiser son ours ! Le contrat, elle l’envoie par le petit Pierre à son père, puis elle commence à s'installer. À Jean qui s'étonne, elle dé- … clare qu’elle est sa femme, ce qui met le rustre dans.

une belle colère. Il déchire son habit, brise ses meubles et sa vaisselle, puis va dans le grenier cuver son

vin sur le foin.

Jeannette est patiente. Elle attendra et en attendant elle se met à racommoder l’habit de Jean: «Cours, mon aiguille dans la laine !» On apporte les meubles neufs de sa dot, et sans bruit elle les arrange dans la pièce qui prend un air confortable. Après quoi elle passe dans la cuisine pour que Jean trouve le repas prêt à son réveil.

Jean sort du grenier. Il est dégrisé. Ce qu'il voit le plonge dans la stupéfaction : des meubles neufs, la table mise ; décidément une femme a du bon! Il est considérablement radouci lorsque Jeannette paraît apportant une savoureuse omelette. Il se met à table feignant de conserver son attitude bourrue, mais la. rudesse n’est plus que dans les mots, elle a disparu des gestes. Il fait asseoir Jeannette à côté de lui, la sert et boit dans son verre. Les époux sont tout à fait raccommodés lorsque les voisins viennent troubler leur tête-à-tête. Et lorsqu'on apprend à Jean que son contrat n’est pas valable tant que le maire ne l’a pas ratifié, il ne veut plus s’en dédire: marié il est, marié il restera. Jeannette a gagné son procès.

Jules Massenet.

Né le 12 mai 1842, à Montaud, près St-Etienne, mort à Paris, le 13 août 1912. Le plus fécond et le plus populaire des compositeurs français pour le théâtre, dans la seconde moitié du XIX’ siècle. :

Hérodiade. |

Opéra en quatre actes et sept tableaux, paroles de Paul

Milliet et Henri Grémont, musique de Jules Massenet.

Exécuté pour la première fois à Bruxelles, sur le Théâtre

royal de la Monnaie, le 19 décembre 1881 ; à Paris, sur le

Théâtre italien, le 1‘ février 1884.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Jean, prophète ; Hérode,

tétrarque de Judée; Phanuel, chaldéen,; Vitellius, procon-

sul romain ; Hérodiade, femme d’Hérode, mère de Salomé ; Salomé, fille d'Hérodiade.

La scène se passe à Jérusalem, vers l’an 30 de notre ère.

Le livret de MM. Millietet Grémont prend les plus grandes libertés, non seulement avec l'histoire, mais même avec la légende. Hérodiade ignore que Salomé est sa fille ; elle l’a abandonnée pour épouser Hérode et ne l’a plus vue depuis. Salomé ne sait quelle est sa mère. Elle est fanatique et amoureuse tout à la fois de Jean, le prophète inspiré qui prêche au désert. C'est une de ces mystiques comme Massenet les aime, chez qui la passion et la sensualité s’enveloppent du manteau de l’exaltation religieuse. Bien loin de demander la tête du prophète, la jeune fille n’a d’autre idée que de mourir avec lui.

Hérode est le souverain fourbe et lâche de la tradition ; il éprouve pour Salomé un désir morbide, qui provoque chez Hérodiade une furieuse jalousie. Mais Hérodiade veut aussi se venger du prophète, qui la

poursuit de ses malédictions. Elle cherche donc à

faire mourir Jean et Salomé, puis, quand elle apprend que cette dernière est sa fille, elle est tiraillée entre son sentiment maternel et sa jalousie. Salomé, en apprenant qu Hérodiade est sa mère, lui crie son mé-

pris et se poignarde sous ses yeux. Phanuel, person-

nage inventé de toute pièce, est un mage diseur de bonne aventure, dont le rôle est assez indécis.

Au premier acte, qui se passe devant le palais d’'Hérode, nous apprenons les dessous de la politique du moment : Hérode prépare un soulèvement contre

les Romains, afin de règner en maître suprême sur la

Judée. Il voudrait gagner à sa cause Jean, qui exerce

sur le peuple une très forte influence. Salomé paraît, et d'emblée nous apprend la nature de ses sentiments pour le prophète. Hérode paraît aussi et dévoile la préoccupation qui chez lui fait taire toutes les autres, même la voix de l’ambition : son amour pour Salomé. Nous voyons Jean enfin, qu'Hérodiade demande à Hérode de punir, car il l’outrage publiquement en tout lieu. Hérode refuse, dans l’idée que Jean peut servir ses projets. Hérodiade se résoud alors à poursuivre seule sa vengeance. Jean profère des sentences inspirées, des menaces redoutables. Enfin, l’acte se termine sur le duo de Jean et de Salomé, où celle-ci déclare son amour et tombe aux genoux de l’homme de Dieu.

Le second acte est coupé en deux tableaux. Le premier est le prétexte d’un ballet, mais fait peu progresser l’action. Hérode, en proie à son désir, boit un philtre qui lui procure l'illusion de posséder Salomé. Puis il complote un instant avec Phanuel. Le décor change et laisse voir la place publique de Jérusalem, entre le palais du tétrarque et le temple. Sur la place, la révolte contre Rome s'affirme; mais Vitellius est annoncé et tout rentre provisoirement dans l’ordre et la soumission. À la fin de l’acte, Jean paraît suivi de ses disciples, parmi lesquels Salomé. Hérodiade aperçoit le mouvement d’'Hérode quand il reconnait la jeune fille. Désormais, elle connaît sa rivale.

Le troisième acte est, comme le second, formé de deux tableaux. Le premier est une simple scène entre Phanuel et Hérodiade. La reine est venue demander au mage une consultation. Avertie par un instinct obscur, elle voudrait savoir qui est Salomé. Mais lorsque la vérité se fait jour, elle refuse de la connaiître. Elle ne veut pas avoir sa fille pour rivale! Et cependant, elle sait !

Deuxième tableau : le temple. Grand déploiement de mise en scène. Sur l’ordre d’'Hérode, Jean a été emprisonné dans une crypte. Salomé vient chercher celui qu’elle aime. Elle se rencontre avec Hérode, qui lui dévoile son désir furieux. Cet aveu remplit la jeune

fille d'horreur et de dégoût. Elle repousse les proposi-

tions du tétrarque. La scène s’emplit de prêtres, de peuple, de soldats. On va juger Jean. Hérode, jouant toujours son double jeu, voudrait sauver le prophète,

dont il espère utiliser la popularité en faveur de son ambition. [1 le ménage donc, résistant au peuple et à Hérodiade, qui le poussent à condamner. Salomé

gâte tout en venant plaider la cause de Jean. Quand il sait que le prophète est aimé de celle sur quiil a jeté les yeux, Hérode ne pense plus qu’à se venger en se délivrant d’un rival. il prononce la sentence de mort. |

Deux tableaux encore se partagent le quatrième acte. Le premier représente la crypte sous le temple a sert à Jean de prison en attendant le supplice.

ans ce sombre souterrain, Salomé réussit à pénétrer, ce qui nous vaut le grand duo d'amour obligé. Cette scène a une grande analogie avec la scène de la crypte dans Aïda. Des ténèbres, nous passons brusquement à la lumière, en pleine salle du festin, dans le palais d’Hérode. Ce dernier tableau est ouvert par un célèbre «chœur de Romains». Les événements se précipitent. Coup sur coup, nous voyons Salomé se jeter aux pieds d’Hérode pour demander la grâce (et non la tête) de Jean ; puis le bourreau apporte la tête en question, ou plutôt en fait le simulacre ; Salomé s’affole à cette vue et essaie de poignarder le tétrarque. Enfin, au cri d'Hérodiade : « Pitié, je suis ta mère! » elle retourne l’arme contre elle-même, tandis que le rideau s’abaisse. ;

Manon.

Opéra-comique en cinq actes, six tableaux, paroles de Henry Meilhac et Philippe Gilles, musique de J. Massenet.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de lOpéra-Comique, le 19 janvier 1884.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Manon Lescaut ; le chevalier des Grieux ; le comte des Grieux, père du chevalier ; Guillot de Morfontaine, fermier général ; Lescaut, garde du corps, cousin de Manon.

L +: x! = É : “+ L'action se passe en 1721. Le premier acte à Amiens, les trois suivants à Paris, le dernier sur la route du Havre:

Du roman célèbre de l’abbé Prévost, les librettistes ont tiré un scénario excellent, qui a inspiré au maître Massenet sa partition peut-être la meilleure. |

Au premier acte, le fermier général Guillot de Morfontaine est en partie fine à Amiens, dans l'hôtellerie voisine du relai de poste. Un garde du corps, Lescaut, attend sa cousine Manon, que l’on envoie au couvent. Arrive le coche. Manon en descend et Lescaut l'accueille, mais il a une partie de dés à finir avec des camarades et prie sa cousine de l’attendre un instant. Tandis que la jeune fille est seule, Guillot sort de l’hôtellerie, et frappé de la beauté de Manon, il lui propose la fortune si elle consent à le suivre. Tout à l'heure, il lui enverra une chaise de poste, qu’elle n’aura qu'à prendre et qui la conduira chez lui. Tout cela amuse beaucoup l’innocente, qui nele prend pas . au sérieux. Toutefois, la perspective du plaisir et de l’opulence ne l’a pas laissée indifférente ; toute la frivolité qui est le fond de sa nature en a tressailli. Restée seule de nouveau, elle voit venir à elle un inconnu : c’est le chevalier des Grieux, qui a manqué. le coche. Ce moment de retard va décider de son destin. [l se rendait chez son père ; Manon se dresse devant lui, la passion l’embrase, et il enlève la jeune fille dans la chaise de Guillot. Manon ne se fait pas trop prier pour le suivre, car l’idée d'entrer au couvent ne la séduit guère et le chevalier lui plaît.

Au second acte les amoureux sont à Paris et des Grieux écrit à son père pour lui demander l’autorisation d’épouser Manon. Celle-ci a pour des Grieux un attachement sincère, mais le chevalier n’a plus d’argent, la misère est à la porte, et la frivole créature n'a pas su fermer l'oreille aux propositions clandestines d’un riche voisin, M. de Brétigny. Déguisé en garde du corps et accompagné de Lescaut, qui se pose en vengeur de l’honneur de la famille, Brétigny s’introduit chez des Grieux et trouve moyen de glisser à l'oreille de Manon une grosse nouvelle: le père de des Grieux va faire enlever son fils ce soir même. Que

Manon le prévienne, c’est pour elle la pauvreté et la ruine; qu'elle se taise et accepte l’amour de Brétigny, et elle sera la reine de Paris. Dans l’âme de la coquette, un rude combat se livre, un combat qui se termine … par la défaite de l’amour: elle se tait et laisse des

Grieux ouvrir la porte aux hommes envoyés pour s'emparer de lui. Trop tard elle se repent et fond en larmes : «Mon pauvre chevalier!»

Brétigny a tenu sa promesse : Manon est bien réellement reine par la beauté. Elle promène son luxe à la fête du Cours-la-Reine. Elle y retrouve Guillot de Morfontaine qui, ayant appris que Brétigny a refusé à sa belle de lui donner l'Opéra à domicile, s'offre le luxe de faire venir le fameux corps de ballet sur la place publique en lhonneur de Manon. Malheureusement, au moment du ballet, Manon a tout autre souci en tête. Elle a surpris une conversation entre Brétigny et le comte des Grieux. Celui-ci racontait l'entrée du chevalier en religion; l’abbé des Grieux, disait-il, prècherait ce soir même à St-Sulpice. Très émue, reprise par le passé, Manon interroge lecomte, qui lui en dit tout juste assez pour qu'elle se reprenne à espérer: elle disputera des Grieux à Dieu même, s’il le faut, et se fait conduire à St-Sulpice.

C’est au parloir de ce séminaire que se passe le second tableau du troisième acte. L'abbé des Grieux vient de prononcer une homélie, à la grande édification des fidèles. Son père lui fait ses adieux, car tout à l’heure l’abbé prononcera ses vœux et sera définitivement retranché du monde. Il lui annonce l’envoi de l’héritage de sa mère. Des Grieux se rend ensuite à l'office et c’est là qu'on vient lui annoncer qu'une dame le demande. Cette dame, c'est Manon. Ici se place la scène capitale, où la coupable se tord de repentir et reconquiert de haute lutte l'amant qu’elle avait abandonné. Après avoir vaillamment résisté, des Grieux se laisse reprendre et s'enfuit avec son amie. RE

Pendant l’entr'acte, les deux amoureux ont vite mangé le petit bien de des Grieux. Mais Manon ne peut renoncer à ses goûts deluxe et pousse son amant

à jouer. C’est à l'Hôtel de Transylvanie que sur le. conseil de Lescaut elle l’entraine. Tout chez lui se révolte contre pareille tentative, mais comment refuser à Manon? Justement Guillot de Morfontaine se trouve là à point nommé pour lui proposer une partie. Certes, il joue honnêtement, mais son jeu a-t-il été préparé par Lescaut, y a-t-il quelque tricherie opérée à son insu P Toujours est-il qu'il gagne la grosse somme. Guillot, pour se venger, l’accuse d’avoir triché et va chercher le guet. Furieux, des Grieux se prépare à vendre chèrement sa vie, lorsqu'il est cloué sur place par l’apparition de son père, qui vient l’arracher à la honte et compte le faire remettre en liberté après une courte détention. Pendant ce temps, Manon sera expédiée en Louisiane avec un convoi de vulgaires prostituées.

Dernier acte : un chemin creux ; le soir baisse. Des Grieux et Lescaut attendent le passage de la charrette qui emmène Manon et ses compagnes de captivité au Hâvre, où doit avoir lieu l’embarquement. La charrette est escortée, mais Lescaut corrompt le chef de l’escorte et obtient de lui qu’il autorise un tête-à-tête entre Manon et des Grieux. La triste entrevue! Manon est mourante ; la délivrance que lui offre son ami ne lui servira de rien. Mais elle mourra du moins heureuse et pardonnée, dars un baiser d'amour.

Fin qui n’est pas conforme au roman, mais très scénique, émouvante et d’une pénétrante poésie.

Le Cid.

Opéra en quatre actes et dix tableaux, d’après G. de Castro et Corneille, paroles de Ad. Dennery, L. Gallet et Ed. Blau, musique de J. Massenet.

Représenté pour la première fois à Paris, à l’Académie nationale de musique, le 30 novembre 1885.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Rodrigue, fils de don Diègue, le Cid ; Chimène, fille du comte de Gormas ; Don Diègue ; le comte de Gormas; le roi.

La scène se passe à Burgos et aux environs, au XI siècle.

à Jr 77, 7 CORÉEN

Le livret de MM. Dennery, Galletet Blau suit d’assez

près la tragédie de Corneille, à laquelle elle emprunte textuellement de nombreux vers.

Le premier tableau se passe chez le comte de Gormas, père de Chimène. On annonce que le roi va armer chevalier Rodrigue, fils de don Diègue, en récompense de sa belle conduite dans les combats contre les Maures. On dit aussi que le comte va être élevé à la dignité de gouverneur del’infant. Chimène paraît radieuse, son amour éclate sur son visage. Son père la comble de joie en accordant à cet amour sa sanction paternelle. Survient l’infante, qui aime aussi Rodrigue et laisse échapper son secret. Mais le sentiment de la dignité royale l’emporte en son âme et elle consent à ce que Rodrigue devienne l’époux de Chimène.

Au deuxième tableau, Rodrigue est armé chevalier en grande pompe par le roi. Puis, à la surprise géné-

rale, le souverain nomme gouverneur de son fils, non

le comte de Gormas, mais le vieux don Diègue. Mortellement blessé de ce qu’il considère comme un affront gratuit, le comte insulte, puis souflette don Diègue. Ce dernier tire l’épée, mais son bras débile est promptement désarmé. En proie à sa rage impuissante, don Diègue voit venir à lui son fils: « Rodrigue, as-tu du cœur Pr» Et ici se place la scène capitale où le futur Cid est pris entre son devoir filial et son amour. Mais il n'hésite pas et promet à son père qu'il sera vengé.

Le troisième tableau, c’est le duel : le comte tombe sous les coups de Rodrigue. Chimène survient échevelée et se jette sur le corps de son père. Elle ignore encore le nom du meurtrier ; l’horreur la glace quand elle comprend la vérité.

La scène change : sur la grand’place de Burgos, la foule se réjouit et assiste à des divertissements publics que le roi daigne honorer de sa présence. Lorsqu'il parait, Chimène se dresse devant lui et demande justice. Don Diègue défend son fils qui vengea l’honneur de sa race. La foule est divisée, le roi est perplexe. - Soudain paraît un messager maure qui apporte un

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<. ; * ù EE LPS 4 1 NT nm défi des infidèles. C'est le comte de Gormas qui jadis conduisait les Castillans à la victoire; qui le rempla-

cera ? Le roi décide que ce sera Rodrigue : jusqu’après l’action, il suspendra son arrêt. A Chimène est seule dans sa chambre, abîimée en sa

douleur. Elle pense à son père, elle pense aussi au meurtrier qu’elle devrait, mais qu’elle ne peut haïr. Rodrigue paraît devant elle : avant de marcher à la mort qu'il appelle de ses vœux, il a voulu la revoir et obtenir du moins son pardon. O prodige! C’est Chimène elle-même qui lui demande de vivre et de vaincre. [l part plein d’un nouveau courage. |

Nous le retrouvons au tableau suivant au milieu de son camp, entre une partie de ses soldats qui veut battre en retraite et les autres restés fidèles. Il chasse les lâches. Puis le décor change. La nuit est venue. Seul dans sa tente, Rodrigue a un moment de découragement. C’est alors que Saint-Jacques de Compostelle lui apparaît en personne et relève ses esprits abattus en lui promettant la victoire.

La scène change de nouveau pour une courte scène. Au milieu du camp, Rodrigue entraîne ses compagnons au combat. L’acte finit sur une sauvage mêlée.

Quatrième acte : Burgos est dans la désolation. Les fuyards ont annoncé une défaite et la mort de Rodrigue. L’infante et Chimène défaillent à cette nouvelle. Don Diègue la supporte en héros. Mais de joyeuses fanfares éclatent : c’est Rodrigue vainqueur qui revient à la tête de son armée, acclamé du nom de Cid que lui ont donné ses ennemis. Un changement à vue nous transporte au palais. Le roi reçoit Rodrigue et lui demande de fixer lui-même sa récompense. Le vainqueur s’en remet au verdict de Chimène. Voyant qu'elle hésite, il va se transpercer de sa dague. Mais l'amour est plus fort que la haine, et Chimène se précipite dans les bras du héros: «L’amour a triomphé dans le combat suprême. Gloire au Cid ! au vainqueur ! » |

Esclarmonde. |

Opéra romanesque en quatre actes et huit tableaux, dont un prologue et un épilogue, poème de Alfred Blau et Louis de Gramont, musique de J. Massenet.

Représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre national de l’Opéra-comique, le 15 mai 1880. | PRINCIPAUX PERSONNAGES : Esclarmonde, impératrice d'Orient ; l’empereur Phorcas, son père; le chevalier Roland, conte de Blois ; Cléomer, roi de France ; l’évêque de Blois.

L'action se passe au VIII siècle.

«Romanesque», cet opéra l’est au delà de tout ce qu'on peut imaginer. Mais le romanesque dont s’agit est celui des romans de chevalerie, soit un genre aujourd’hui peu familier. Aussi le public d'Esclarmonde est-il excusable d’avoir été un peu désorienté, voire d’être resté un peu ahuri devant ce drame où le roi Cléomer voisine avec l’empereur Phorcas, où une impératrice de Byzance file le parfait amour avec le chevalier Roland, et où l’on se transporte d’un bout de l’Europe à l’autre avec une facilité déconcertante, chaque tableau se déroulant à des milliers de kilo-

mètres du précédent. Tout cela est, cela va sans dire,

œuvre de magie, mais la magie n’a pas, sur nos esprits positifs, l'emprise qu’elle eut jadis : nous avons perdu le sens du merveilleux.

Voici l'étrange fable que nous content MM. Blau et de Gramont. L'empereur Phorcas, qui règne à Byzance, est magicien. Les esprits le contraignent à disparaître dans une retraite dont seule sa fille Parséis connaîtra le secret. Pendant cette absence, le trône sera occupé par Esclarmonde, sœur aînée de Parséis et magicienne comme son père. Mais les esprits ont décidé que, pour conserver son pouvoir magique, Esclarmonde devra rester voilée jusqu’à vingt ans. Lorsqu'elle aura atteint cet âge, un tournoi aura lieu à Byzance, dont la main d’Esclarmonde et le trône d'Orient seront le prix. Comme on voit, nous sommes en pleine légende et l’on perdrait son temps à chercher dans l’histoire confirmation de ces prémisses, qui nous sont exposées dans un court prologue.

Au premier acte, nous sommes encore à Byzance. Phorcas a disparu et Esclarmonde règne. Elle pense au chevalier Roland, qu’elle vit un jour traverser sa capitale et pour qui elle brûle depuis d’un amour passionné. Parséis lui conseille d’user de son pouvoir magique pour faire venir Roland auprès d’elle. Le fiancé de Parséis apprend fortuitement à Esclarmonde

ue Roland est sur le point de s’unir à la fille du roi dt Cette nouvelle décide la magicienne. Dans une grande scène d’évocation, elle ordonne aux esprits de conduire Roland et elle-même dans une île enchance.

C'est là que nous sommes transportés à l'acte suivant. Paysage fantastique. Roland arrive, conduit par les esprits. [l est étonné — mettez-vous à sa place! — mais comprend qu'il y a là-dessous quelque tour magique. Esclarmonde s'approche de lui et lui déclare son amour; mais il faut qu’il consente provisoirement à ne pas voir son visage, sous peine de la perdre à jamais. Elle le rassure cependant : « Va, je suis belle et désirable!...» Roland accepte tout ce qu'on veut, et des roses discrètes, qui envahissent le devant de la scène, cachent peu à peu les amants à nos yeux, cependant qu'une musique ultra-voluptueuse nous renseigne sur le sens général de leur conversation.

Quand les roses s’écartent, le décor ,a changé. Il représente une chambre dans un palais magique. D'un lit défait, Roland et Esclarmonde se lèvent : «Ma bien-aimée, hélas! elle est donc terminée la douce nuit d'amour...» Roland va repartir pour Blois, dont il est comte, et que les Sarrasins tiennent étroitement assiégé. Esclarmonde lui remet l’épée de Saint- Georges, qui le rendra invincible tant qu'il respectera son serment. Elle lui promet en outre de revenir chaque nuit le rejoindre, en quelque endroit du monde qu'il se trouve.

L'acte troisième se passe au siège de Blois. La ville est sur le point de succomber et va souscrire aux dures conditions des Sarrasins vainqueurs, en dépit des exhortations de l'évêque. Juste à point nommé, Roland paraît. [l défie en combat singulier le roi

ennemi, Sarwégur, et du rempart nous suivons les péripéties de cette lutte invisible. Roland est victorieux, grâce à l'épée de Saint-Georges. Le roi, pour récompenser le héros, lui annonce qu’il lui accorde la main de sa fille, que Roland n’avait pas demandée. Aussi l'époux d'Esclarmonde se trouble-t-il. Il répond au roi qu'il ne peut accepter et qu’un serment solennel l'empêche de dire pourquoi. Le roi n’est pas content. L'évêque non plus. Curieux de sa nature et flairant quelque diablerie, ce dernier se promet d’en avoir le cœur net.

La scène change et nous sommes dans l’appartement de Roland, au palais de Cléomer. Le paladin est seul. L’évêque le rejoint et lui ordonne, sous peine de damnation, de se confesser à lui. Ce faisant, dit-il en bon casuiste, Roland ne trahira pas son serment, puisqu'il ne parlera qu'à Dieu, qui sonde les cœurs.

L’évêque apprend de la sorte la vérité et devinant instantanément que Roland est victime d’un sortilège, il lui prépare un exorcisme selon toutes les règles de l’art.

Pas plutôt est-il sorti que retentit au loin la voix d'Esclarmonde. La paroi de -la chambre devient translucide et voici qu'approche la magicienne. Bien tôt elle est dans la chambre, la paroi redevient opaque derrière elle ; les amants sont seuls et se livrent à leurs effusions. À peine ont-ils commencé que l’évêque entre sans frapper, suivi de moines, de bourreaux et d'aides. Esclarmonde comprend qu’elle a été trahie. Elle ne peut empêcher l’évêque de lui arracher son voile ; elle est donc pérdue pour Roland, désormais. Mais quand l’évêque croit pouvoir s’assurer d'elle, elle disparaît comme elle est venue, et les aides du bourreau ne trouvent devant eux qu’une muraille. Roland, hors de lui, se précipite l’épée levée sur les assaillants ; mais l’épée se brise aux mains du parjure.

L'acte suivant se déroule dans la forêt des Ardennes, endroit désert, choisi pour sa retraite par l’empereur Phorcas. Nous verrons qe cette solitude est pourtant assez fréquentée. Un joli ballet de sylvains ouvre ce

Dre JULES MASSENET

tableau. Ils sont chassés par des hérauts qui, à son de trompe, convient les chevaliers au vaillant cœur à … venir se disputer, dans Byzance, la main d’Esclar-. monde et l'empire. Ne nous étonnons pas trop : cette proclamation dans une forêt sauvage ne détonne pas … dans l'ensemble. : .

Arrivent Parséis et son fiancé Enéas, qui viennent demander assistance à Phorcas. Leur détresse est grande, car Esclarmonde a disparu sans laisser de traces. Les sylvains montrent aux visiteurs la caverne qui sert au vieillard de retraite. Le voici justement qui s'approche ; il est anxieux. Les précisions que lui apporte sa fille cadette augmentent son trouble. Il sait désormais qu'Esclarmonde a pris, en secret, Roland pour époux. Phorcas entre dans une grande colère. Par une incantation, il mande Esclarmonde devant lui. L’explication entre le père et la fille est très vive. Le verdict est dur : Esclarmonde doit renoncer définitivement à Roland, ou celui-ci mourra sur l’heure. Roland, mandé magiquement, arrive à son tour.

Esclarmonde doit elle-même lui signifier son congé

définitif. Après quoi elle disparaît avec son père dans la caverne, qui se transforme en un rocher sans ouverture, contre lequel le malheureux frappe en vain.

Mais voici quereviennent les hérauts : «Un tournoi

à Byzance! La mort digne de moi... O délivrance!»

Et Roland part. |

Nous voici arrivés à l’épilogue, qui ramène le décor du prologue. Phorcas est revenu dans sa capitale. Il va remettre au vainqueur du tournoi la divine Esclarmonde et l'empire. Ce vainqueur paraît : un chevalier noir, la visière fermée. I] ne voit pas Esclarmonde, mais elle le reconnaît, et a la joie de l’entendre refuser sa main : il reste donc fidèle inébranlablement à l'épouse inconnue. Pourtant il consent, indifférent, à voir l’impératrice. Alors la vérité lui apparaît et c'est avec joie qu’il accepte de reprendre l’adorée, mais cette fois sans mystère etaux yeux detous.

Vous ignoriez que Roland eût régné sur Byzance ? Cette lacune de vos connaissances historiques est . désormais comblée. | re

Werther.

Drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux, d’après

Goethe, poème de Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, musique de J. Massenet.

Représenté pour la première fois en allemand à Vienne, à . l’Opéra impérial, le 16 février 1892; en français à Paris, au

Théâtre national de l’'Opéra-Comique, le 16 janvier 1803.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Werther ; Charlotte; Albert ; le baïlli, père de Charlotte ; Sophie, sœur cadette de Charlotte. |

La scène se passe à Wetzlar, aux environs de Francfort,

entre 1780 et 1700.

Le livret serre d'assez près le roman de Goethe. Il est tout empreint du même romantisme. Au premier acte, nous assistons à une scène de famille chez le bailli, un veuf dont la fille aînée, Charlotte, sert de mère à toute une marmaille de cadets. Nous voyons

. Charlotte et Werther et constatons que si Werther

est très épris de Charlotte, celle-ci ne voit pas Werther avec indifférence. Mais c’est une honnète fille, élevée dans des principes rigides. Elle a promis à sa mère mourante d’épouser Albert et cette promesse, elle la tiendra. -

Justement, Albert rentre d’une longue absence. Et

nous le voyons tel que Goethe l’a dépeint, un homme * parfaitement honorable, affectueux, mais de nature

froide et peu émotive.

Le second acte se passe sous les tilleuls, à Wetzlar, devant l’église où l’on célèbre les noces d’or du pasteur. Albert et Charlotte sont mariés depuis trois mois. Apparemment ils sont heureux; Albert l’est en tout cas, mais on sent que Charlotte ne vit pas sans arrière-pensée. Werther est toujours là, sombre, désespéré, fatal. Une explication franche et loyale a lieu entre Albert et lui, provoquée par le premier. La joyeuse Sophie, sœur cadette de Charlotte, consolerait volontiers l’amoureux tragique, mais il n’a d'yeux

que pour Charlotte, et Charlotte mourrait plutôt que

de tromper son mari. Werther n’en risque pas moins

une déclaration passionnée. Tout ce qu'il obtient en retour, c’est l’ordre de partir, non pour toujours, mais pour six mois, jusqu’à Noël. Il obéit, mais en donnant à entendre qu'il ne reviendra probablement jamais. Le suicide est déjà dans sa pensée.

‘: Au troisième acte, Charlotte est chez elle, seule. Noël est revenu, sans Werther. Et la pauvre femme est dévorée de souci. Werther n’a pas eu la délicatesse de se taire : il a écrit. [Il a même écrit beaucoup, des lettres passionnées, troublantes, qui ont affolé la malheureuse. Dans une jolie scène avec sa sœur — une des mieux venues — Charlotte laisse échapper à

demi le secret qui l’étouffe. Restée seule, elle s’aban-

donne à sa douleur, quand, soudain, elle aperçoit Werther debout devant elle. Il n’a pas renoncé à mourir, mais il a voulu la revoir. La pauvre femme lutte avec héroïsme contre elle-même, elle affecte un calme qui n’est pas dans son âme. Werther lui chante des vers d’Ossian qui achèvent de la désarmer : l’aveu finit par s'échapper de ses lèvres, maïs elle se ressaisit aussitôt et s'enfuit en lui déclarant que jamais plus il ne la reverra. Cette fois, l’arrêt de mort est signé. Werther s'éloigne. Il est bientôt remplacé par Albert, qui sait le retour de son rival et se rend compte du danger. Un pli mauvais contracte son visage. Il voit Charlotte hagarde, bouleversée. Et voici qu'arrive un message de. Werther : «Je pars pour un lointain

voyage, voulez-vous me prêter vos pistolets?» Les

deux époux ont compris ; l'heure est décisive. Albert dit à Charlotte : « Donne-les lui ! » Tremblante, elle obéit. Mais pas plus tôt le messager parti, elle se précipite sur ses. pas : « Dieu! tu ne voudras pas que j'arrive trop tard! »

Le tableau suivant est un tableau muet. Paysage de neige, Wetzlar dans la nuit. Comme une ombre on voit passer Charlotte, tandis qu’à l’orchestre la sym-

.phonie se déchaine, passionnée, frénétique, hurlante. Puis le décor change à vue et, sur le plancher de la chambre de Werther, nous apercevons vaguement un

corps étendu. La main tient encore un pistolet. La.

porte s'ouvre avec violence et livre passage à Char-

Que | JULES MASSENET 275

lotte quasi-démente. Werther respire encore; il vit

assez longtemps pour savourer son triomphe,

c'est-à-dire la défaillance morale de la chaste Charlotte, qui couvre le moribond de baisers. Pour être complètement romantique, la scène avait besoin d’un contraste : il est fourni par les voix des enfants chantant gaîment Noël dans la maison voisine.

Albert l’a échappé belle.

Thaïs.

Opéra en trois actes et sept tableaux, poème (en prose rythmée) de Louis Gallet, d’après le roman d’Anatole France, musique de J. Massenet.

Représenté pour la première fois à Paris, à l’Académie nationale de musique, le 16 mars 1894.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Athanaël, cénobite; Thaïs, courtisane ; Nicias, jeune patricien d'Alexandrie ; Palémon, cénobite. |

La scène se passe à Alexandrie, au deuxième siècle de notre êre.

Au temps des sous-titres, cet ouvrage se fut appelé: Thaïs ou Il ne faut pas jouer avec le feu. Jamais le

doux sceptique qu'est Anatole France n’a manié plus

finement l'ironie que dans le roman d’où M. Gallet a tiré son scénario. On sait qu'il s’agit d’un moine qui convertit une courtisane dont il devient par la suite amoureux, si bien qu’au dénouement les rôles sont renversés et que la pénitente devenue une sainte repousse les propositions impures de celui qui la conquit à Jésus. Voici comment cette donnée se présente æla scène. :

Premier tableau : les cénobites dans la Thébaïde. Frugal repas du soir. Le moine Athanaël revient d'Alexandrie, où il a été scandalisé par les débordements de la courtisane Thaïs. Il se croit appelé par Dieu à arracher cette âme à l’enfer et à faire cesser un. intolérable scandale. En vain le vieux Palémon lui donne de sages conseils et le met en garde contre l’orgueil spirituel : il part, accompagné des prières de ses frères. |

cien ami d’Athanaël du temps que celui-ci vivait dans

le monde. Le cénobite vient à lui pour qu'il le fasse pénétrer auprès de Thaïs. Justement la courtisane … va venir prendre part à un festin chez Nicias, dont .

elle fut huit jours la maîtresse. Athanaël revêt un costume de fête et quand Thaïs parait, il lui sert rudement des vérités crues. La courtisane, étonnée, entend sans déplaisir un langage qui la frappe par sa nouveauté. Aussi ne fermera-t-elle pas sa porte au farouche prédicateur lorsqu'il se présentera chez elle.

Acte deuxième, premier tableau : chez Thaïs. La courtisane est seule. Elle se trouve, au point de vue psychologique, à un moment critique : lasse, écœurée, blasée par l’abus des plaisirs. Et l’âge arrive qui la glace d’épouvante. Son miroir consulté a peine à la rassurer. Elle est donc préparée à entendre la voix qui lui parlera de joies éternelles,

Athanaël paraît. À toutes les séductions de la femme, il semble insensible. Mais il l’est moins qu’il ne le croit lui-même et à son insu le charme de la courtisane opère. Thaïs, de son côté, résiste avec énergie : chez elle l'instinct de conservation et de vie se défend ; mais la parole du moine a porté et elle subit l’ascendant de ce violent et de ce fort. Athanaël se retire finalement, en disant qu’il attendra sa pénitente à la porte. | |

Entr'acte symphonique : le violon solo chante ce que M. Massenet appelle une « méditation reli gieuse. »

Deuxième tableau : devant la porte de Thaïs. Atha-

naël a passé la nuit dans la rue. En face, Nicias et

Deuxième tableau : chez Nicias. Nicias est un an-

+ ypé MT CAR ARE

ses amis ont réveillonné en folles débauches. Thaïs

sort : elle déclare à Athanaël que Dieu lui a parlé et qu'elle est prête à le suivre au désert. Le moine exige premièrement qu’elle renonce à toutes ses richesses, qu’elle renie tout son passé, qu’elle détruise son palais par le feu. Puis il emmène, humble et soumise. Ni- Cias assiste à ce départ, étonné et sceptique. [Il couvre même généreusement la retraite des deux ascètes, auxquels la foule veut faire un mauvais parti.

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