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PAR. 0 ‘0. ciosemetor
rival, voir brûler Azucena. Mais il promet à Léo la grâce du fils si elle consent à être à lui. Elle : consent, mais elle ne livrera qu’un cadavre, car ell s'empoisonne en même temps qu'elle se promét. La scène change : le cachot où Azucena et Manrique attendent la mort. Duo célèbre du fils et de la mère. La bohémienne, atteinte dans ses forces vives, aura cessé de respirer quand sonnera pour elle l’heure de monter sur le bûcher. Léonore entre : au prix du don d’elle-même, elle a obtenu de revoir Manrique. Elle lui annonce la liberté, cette liberté qu’elle paye “de sa vie. En effet, quand le comte survient, elle tombe morte à ses pieds. C’en est trop! Le Trouvère. mourra ! Et les soldats l’'emmènent au billot. Ua coup de tamtam annonce à Azucena que la tête de Manrique vient de tomber. Au même instant, le fond du théâtre s'ouvre, on voit l’échafaud et, sous un drap, le corps du décapité. Comme une furie, la bohémienne lance alors au comte, dans un ricanement féroce : «C'était ton frère! Le ciel a vengé ma mère!» # Comme on voit, on ne saurait rêver dénouement plus romantique. |
La Tr
Opéra en quatre actes, d’après Alexandre Dumas fils, paroles italiennes de Piave, version française d’Edouard Duprez, musique de G. Verdi. :
Représenté pour la première fois en italien à Venise, le 6 mars 1853; en français à Paris, sur le Théâtre Lyrique, le 27 octobre 1864. |
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Violetta de Saint-Ys; Rodolphe d’Orbel ; Georges d’Orbel, son père.
L'action se passe à Paris au commencement du règne de de Louis XV ; aux mois d’août, de janvier et de février.
La Trayiata (Violetta) est la transposition de La dame aux Camélias. Au temps de Verdi, on n'osait pas encore faire chanter des personnages d’aujour- … # d'hui, en costumes modernes. Aussi l’action a-t-elle 2 été reculée jusqu'aux premières années du règne de Louis XV. À part cela, la pièce originale n’a subi que . peu de modifications. ARS à
ans changer de profession du reste. Les Duval nt devenus les d'Orbel : c’est tout.
Le premier acte se passe chez la demi-mondaine, jendant une brillante soirée. Présentation de Rodole d'Orbel. Ebauche de l’idylle. Nous sommes avertis e Violetta est atteinte d’un mal mystérieux. Quand isse le rideau elle est éprise de Rodolphe et rêve de réhabiliter par l’amour.
Au second acte, nous sommes dans la villa où Ro-
dolphe apprend fortuitement que son amie réalise ses biens meubles pour parer à de graves embarras d’argent. Stupéfait, 1l promet de faire le nécessaire et part . à la recherche de fonds. ; ae
- En son absence, sa maîtresse reçoit la visite d’un . homme d'âge qui se présente comme le père de Ro- - dolphe. Il vient demander à Violetta de prouver son amour en se sacrifiant, en disparaissant de la vie du jeune homme. Après une lutte héroïque, elle y consent. Elle sent du reste que ses jours sont comptés ; bientôt la mort viendra la délivrer.
Georges d’Orbel parti, Violetta écrit à Rodolphe la lettre d'adieu, mais elle la cache lorsqu'elle le voit entrer. Puis elle part. À peine est-elle sortie, qu'il se trouve en face de son père, qui lui fait de la morale. Il ne veut rien entendre. Mais on lui remet la lettre de son amie. Il la lit, pousse un cri de désespoir et sortcomme un fou en jurant de se venger.
- Le troisième acte se passe chez Clara, une demi- . mondaine amie de Violetta. On y parle de la rupture - entre Rodoiphe et sa maîtresse. Après divers hors . d'œuvre, Violetta elle-même fait son entrée au bras . d’un baron qui l’entretient pour le quart d'heure; . délaissée, il lui a bien fallu revenir à ses anciennes occupations.
. vités. La rencontre entre le baron et lui ne peut être » évitée. l'out se passe cependant sans trop gros scan- . dale. Les ex-amants réussissent à se voir sans témoins un instant. Rodoiphe est cruel; Violetta, désespérée
olphe et Violetta cachent à tous leur bonheur. Ro-
Une surprise l'attend : Rodolphe est parmi les in- |
et meurtrie, joue jusqu’au bout son rôle, fidèle à la promesse faite à Georges d’Orbel. Alors, publiquement, Rodolphe l’outrage et la pauvre femme risque d’en
mourir. C’est alors que Georges d’Orbel lui-même
paraît et prend la défense de la malheureuse ; après quoi il emmène son fils.
Quatrième acte : la chambre à coucher de Violetta. La pauvre femme est très malade, au lit. Visite du docteur, qui annonce à la servante la fin prochaine. Rodolphe, qui s’est battu en duel avec le baron et l’a blessé, a appris de son père le sacrifice sublime de celle qu'il a injustement accusée. Il vient lui demander pardon ?n extremis. Duo pathétique, qui s'achève par la mort de la malade.
Aïda.
Opéra en quatre actes, paroles françaises de C. du Locle et Ch. Nuitter, musique de G. Verdi.
Représenté pour la première fois en italien au Caire, le 24 décembre 1871, pour la seconde fois à Milan le 8 février 1872 ; en français à Paris, sur le Théâtre italien, le 22 avril
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Aïda, esclave éthiopienne, fille
d’Amonasro; Amnéris, fille de Pharaon; Rhadamès, général égyptien; Ramphis, grand prêtre d’Isis; Amonasro, roi d’Ethiopie ; Pharaon.
L’action se passe à Memphis et à Thèbes, à l’époque de la puissance des Pharaons.
L’Ethiopie a envahi l'Egypte. Une armée va être envoyée contre son roi Amonasro. [sis a désigné le chef à qui elle doit être confiée. Cette désignation est tenue encore secrète; on saura bientôt que l'élu est Rhadamès, un jeune et brillant général. Or, Rhadamès est aimé de la fille de Pharaon, Amnéris, mais cet amour n’est pas payé de retour. Rhadamès est épris d’une esclave d’Amnéris, Aïda, dont il ignore la naissance, mais qui n’est autre que la propre fille d'Amonasro. A la fin du premier tableau, Rhadamès part à la tête des armées de l’Egypte, et Aïda expose le combat qui se livre en son cœur — assez semblable
JA GIUSEPPE VERDI 5o1
à celui qui déchire le cœur de Chimène dans le Cid — entre son amour pour Rhadamès et sa piété filiale. Pour qui faire des vœux? Pour son amant, ou pour son père? |
Dans un court second tableau, dont le principal but est de prétexter un ballet, Rhadamès reçoit, dans la crypte du temple d’Isis, l’armure sacrée qui doit lui assurer la victoire. |
Au second acte nous apprenons que Rhadamès revient victorieux, amenant à sa suite de nombreux prisonniers. Au nombre de ceux-ci figure, mais incognito, Amonasro en personne. Amnéris se réjouit du retour de celui qu’elle aime, mais sa joie n’est pas sans mélange. Elle soupçonne Rhadamès d’en aimer une autre et que cette autre pourrait bien être Aïda. Interrogeant celle-ci avec adresse elle parvient à lui arracher son secret, et, outragée dans sa passion et dans sa dignité, elle se jure de triompher : entre l’esclave et la fille de Pharaon, Rhadamès ne saurait hésiter.
Second tableau : l'entrée triomphale de l’armée victorieuse. Sur la demande de Rhadamès lui-même, Pharaon fait don de la vie aux captifs. Puis il offre la main de sa fille au vainqueur, qui ne peut refuser, mais est fort contrarié.
Au troisième acte, dans un charmant site au bord du Nil, Amnéris vient avant l’hymen prier au temple d’Isis. Aïda arrive ensuite: elle a rendez-vous en ce lieu avec Rhadamès ; mais auparavant son père lui arrache la promesse d'obtenir du général l'indication de la route que prendra l’armée égyptienne pour repousser une seconde invasion éthiopienne qui se prépare. Caché dans l’ombre, le farouche barbare entendra la conversation des amants. A contre cœur, Aïda fait ce que son père a exigé d’elle, mais elle croit corriger cette trahison en obtenant de Rhadamès qu’il consente à fuir avec elle. Malheureusement ce coupable entretien a été surpris par Amnéris. Amonasro est tué, Aïda parvient à s'enfuir, mais Rhadamès est fait prisonnier. Sa sentence n’est pas douteuse : ce sera la mort.
502 GIUSERPE VERDI Un
Quatrième acte, premier tableau : On va juger Rha-
damès. Amnéris, comprenant que dans sa fureur elle
a elle-même envoyé au supplice celui qu’elle aime, exhale son désespoir. Si Rhadamès voulait dire le mot qu'elle attend, elle parviendrait peut-être encore à le sauver. Mais il n'aime qu’Aïda et préfère la mort à la vie sans elle. La sentence est donc prononcée : Rha-
damès sera muré vivant dans la crypte du temple
d'Isis, |
Le deuxième tableau montre la scène divisée en deux étages. Dans la moitié supérieure, qui représente le temple d’Isis, une scène religieuse funèbre est célébrée, à laquelle prend part Amnéris en voile de veuve.
Dans la crypte sombre, au dessous, Rhadamès attend la mort. Il se croit seul, mais il ne l’est pas. Connaissant la sentence, Aïda s’est cachée dans le souterrain avant quon y descende son amant. Ils mourront ensemble et exhalent leurs derniers souffles en un sublime duo d’amour.
Othello.
Drame lyrique en quatre actes, d’après Shakespeare,
paroles italiennes d’Arrigo Boïto, version française de Camille du Locle et Arrigo Boïto, musique de G. Verdi.
Représenté pour la première fois en italien à Milan, le 5 février 1887; en français, à Paris, sur le théâtre national de l'Opéra, le 12 octobre 1804.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Othello, Maure ; Iago ; Rodrigue ; Desdémone. |
L'action se passe au XV* siècle dans une ville maritime de l’île de Chypre.
L'épouvante sublime de ce drame de la jalousie est telle que même sa transposition en opéra était incapable d’en ternir la beauté. Boïto est du reste un maître entre les dramaturges, et a su conserver à son livret quelque chose du souffle de Shakespeare. Les caractères sont intacts, et les immortelles figures du Maure, de Desdémone et de Jago gardent leur grandeur supra-humaine. À
Dès la première scène, le traître Jago est à l'œuvre.
‘ae:
Pour une mesquine blessure d’amour-propre, il n’hésite pas à semer la mort et à déchaïner les plus effroyäbles passions. C’est Cassio qu'il s’agit de perdre tout d’abord. Pour cela, il l’enivre et lui fait chercher querelle par Rodrigue. Il obtient ainsi la destitution de son rival. Cette vengeance devrait lui suffire ; mais non: il veut punir aussi Othello, qui lui préféra Cassio lors de la dernière promotion. Et peu lui importe que la punition d’Othello coûte la vie à l’innocente Desdémone. Sans doute, son âme infernale haît-elle par dessus tout cette innocence, qui lui est un vivant reproche de tous les instants. Une scène du premier acte nous montre l’amour d’Othello et de Desdémone avant le soupçon ; elle est nécessaire comme point de départ, afin de permettre au spectateur de suivre les ravages du poison dans l'esprit du Maure.
C’est au deuxième acte que Jago commence à semer dans l’âme d’Othello le doute fatal. Il met en scène une conversation entre Cassio et Desdémone et s’arrange à ce qu'Othello voie la fin de l’entretien. Par un mot, il insinue que cet entretien pourrait ne pas être innocent. Et voici que Desdémone, tombant dans le piège qui lui a été tendu, prononce, dès les premiers mots adressés à son mari, le nom de celui qu’on lui a désigné comme un rival. Elle insiste, dans son innocence, sans se douter qu’elle confirme d’injustes soupçons. Dans la chaleur de la conversation, Desdémone laisse tomber son mouchoir. Ce mouchoir, Jago l’arrache à Emilia, la suivante, qui l'avait ramassé. [l deviendra entre ses mains une arme terrible, fatale, décisive à l’heure suprême de la crise.
Au troisième acte, le mal qui ronge Othello a fait de terribles progrès. Il a pour Desdémone des mots gros de menace. Conseillé par Jago, qui a caché chez Cassio le mouchoir de Desdémone, il réclame ce mouchoir à sa femme, qui ne peut le lui montrer. Un instant plus tard, devant Othello caché, Jago fera voir ce mouchoir aux mains de Cassio, et laissera entendre au mari jaloux des lambeaux de phrase ambigus. Cette fois, l’arrêt de mort est prononcé dans l’âme du
Maure. Lui-même se charge de Desdémone, Jago se : charge de Cassio. Devant l’ambassadeur de Venise, qui vient d'arriver, Othello, incapable de se contenir, fait un horrible esclandre. Il est si effrayant que tous . s’enfuient, le laissant seul, après quoi, épuisé, il s'effondre aux pieds de Jago triomphant.
Dernier acte : Desdémone, affligée de sombres pressentiments, triste à la mort des injustes soupçons de son mari, fait sa toilette pour la nuit. Elle donne à Emilia des instructions qui ressemblent à des dernières volontés. Puis elle prie. Othello entre, et la scène célèbre se déroule, qui s'achève par l’horrible meurtre, accompli de sang-froid.
À peine la chose faite, Emilia accourt, annonçant que Cassio a tué Rodrigue. En présence du cadavre de sa maîtresse, elle dévoile la trame infâme de Jago, le vol du mouchoir, toute la basse et criminelle imposture. C’en est trop pour Othello, il se poignarde sur le corps de sa femme et meurt en lui donnant un dernier baiser.
Falstaff.
Comédie lyrique en trois actes, d’après Shakespeare, paroles italiennes de Arrigo Boïto, version française de Paul Solanges et Aïrrigo Boïto, musique de G. Verdi. |
Représentée pour la première fois en italien à Milan, le 9 février 1803; en français à Paris, sur le théâtre natonal de l’Opéra-Comique, le 18 avril 1894.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Sir John Falstaff; Alice Ford; Meg Page; Nannette, fille d'Alice ; Fenton, son amoureux ; Ford; le docteur Caïus; Bardolphe et Pistolet, serviteurs de Falstaff; Mrs Quickly.
La scène est à Windsor, sous le règne de Henry IV d'Angleterre.
Cette farce énorme est tirée pour l'essentiel des Joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare. Boïto y a incorporé quelques passages pris dans le Henri IV du même auteur. Chacun connaît le type immortel du gros homme, ivrogne et débauché, qui sert de plastron aux « joyeuses commères », sans
qu'on parvienne jamais à triompher de son cynisme et de sa fatuité.
Le premier acte se passe à l'hôtel de la Jarretière, où Falstaff fait grande chère, mais voit venir la fin de ses ressources. [1 conçoit le projet dépourvu d’élégance de se faire ravitailler par deux femmes mariées à des gens riches de l'endroit. Dans ce but, il leur écrit à toutes deux la même lettre, où seul change le nom de la destinataire. Il prie ses valets Bardolphe et Pistolet de porter ces lettres à Mmes Ford et Page. Ceux-ci, bien que d’ignobles fripons, prétextent leur honneur pour refuser de s'acquitter de ce message. Falstaff les congédie alors et les deux maîtres drôles, pour se venger, passent au camp ennemi et aideront Meg et Alice à mystifier leur ancien patron.
Dans un second tableau, nous voyons les commères prendre connaissance de leur déclaration-circulaire et préparer un piège où le gros infatué donnera tête baissée.
D'autre part, Bardolphe et Pistolet mettent la puce à l'oreille de Ford, qui a le tort de soupçonner trop légèrement sa femme. Il en sera puni comme il le mérite. Pour le quart d’heure, une idée saugrenue germe au front du jaloux : déguisé, il va trouver Falstaff et lui offre de l’argent pour... séduire sa femme! Falstaff prend l'argent et lui affirme qu'il sera promptement satisfait : il n’y a qu'un instant, une Mrs Quickly lui a remis un billet par lequel Mme Alice Ford lui fixe un rendez-vous. On juge de l’'émoi du pauvre Ford, lequel n’est pas d'intelligence dans la plaisanterie.
Toute cette action est comme illuminée par les apparitions du gracieux couple Fenton-Nannette. Nannette est la fille d'Alice; elle aime Fenton, avec l’agrément de sa mère. Mais son père voudrait lui donner pour mari l’ennuyeux docteur Caïus. Ce projet sera naturellement déjoué au dénouement.
Le deuxième acte s'ouvre dans la maison de Ford. C’est la fameuse scène du panier de linge sale, où Falstaff entre blême de terreur lorsque Ford rentre chez lui, menaçant de tuer l’amant de sa femme. Ce
OS rÉATSPE, E
panier est ensuite emporté et jeté à la rivière. L'action de ce tableau est extrêmement vivante et mouvementée. | +
Troisième acte : à l’hôtel de la Jarretière. Falstaff peste contre les femmes, furieux de sa mésaventure. Mrs Quickly reparaît, envoyée par Alice qui présente toutes ses excuses pour l'affaire du panier, à laquelle elle affirme être tout à fait étrangère. Une deuxième fois, le gros homme tombe dans le piège qui lui est tendu et accepte de venir à minuit au pied du chêne de Herne, costumé en cerf. Puis les commères règlent la mascarade : feux follets, esprits, etc., qui doivent effrayer la victime et la harceler de piqures. Ford croit pouvoir profiter de l'aventure pour marier par surprise Nannette à Caïus, mais son plan est surpris par Mrs Quickly, qui s’arrangera, à la faveur de la nuit, de façon à déjouer ce stratagèmè.
Le dernier tableau est rempli par une délicieuse fantasmagorie. Falstaff, pas plutôt est-il réuni à Alice, se voit entouré de fées, de nymphes, de lutins et de sylphes. Il se laisse choir de terreur et, dans cette
posture, il est lardé de coups de pointe et copieuse- .
ment bafoué. Caïus croit rencontrer Nannette, trompé par une substitution de costume, et reçoit de Ford la bénédiction nuptiale; un autre couple sollicite même faveur et est béni sans méfiance. Puis les masques tombent et le pauvre Ford, pour la punition de ses ‘injurieux soupçons, s'aperçoit qu’il a marié Caïus à Bardolphe et Fenton à Nannette. Aussi, après qu’il a joui sans ménagements de la déconfiture de Falstaff, il lui faut subir à son tour les lazzi du vieux polisson impénitent.
Et le tout est couronné par une fugue d’allure folle où Verdi a mis une verve juvénile qu’on n’eût guère attendue d’un homme de son âge, prouvant ainsi à la postérité que Verdi et verdeur ont une racine commune. |
Richard Wagner.
Né à Leipzig, le 22 mai 1813, mort à Venise le 13 février 1883. Le créateur du drame lyrique moderne en Allemagne. Après une longue résistance, due à des causes souvent extra-musicales, le répertoire de Wagner, traduit en français, s’est implanté victorieusement à l'Opéra de Paris. Son dernier ouvrage, jusqu’en 1913 privilège exclusif du théâtre construit par Wagner à Bayreuth, a été donné à Paris dès les premiers jours de 1914.
Le Vaisseau Fantôme.
(Der fliegende Holländer.)
. Opéra en trois actes, texte allemand et musique de
R. Wagner, texte français de Charles Nuitter.
- Représenté pour la première fois en allemand à Dresde, le 2 janvier 1843 ; en français à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra-Comique, le 10 mai 1897. | . PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le Hollandais; Daland, marin norvégien ; Senta, sa fille; Erik, chasseur.
L’action se passe en Norvège, au bord de la mer, époque indéterminée.
C’est au cours d’un voyage par mer de Riga à Boulogne que Wagner, pendant une effroyable tempête, conçut l’idée de son Hollandais volant, laquelle est tirée d’une légende rapportée par Henri Heine, dans un récit publié en 1834. Wagner écrivit sa partition à Meudon, près Paris, en 1841. Le sujet est la rédemption par l'amour: Un réprouvé a été condamné à errer par la tempête jusqu’au jour où une femme l’aimera suffisamment pour lui rester fidèle jusqu’à la mort. Or, il n’a la permission de tenter sa chance à terre qu’une fois tous les sept ans. C'est pendant un de ces répits que se déroule le drame.
Le théâtre représente un rivage bordé de rochers à pic. La mer occupe une grande partie de la scène. Orage. Le navire de Daland vient de jeter l'ancre près de la côte. Daland constate que la tempête l’a forcé d’atterrir à sept milles du port, et il déplore ce contretemps.
Tous rentrent dans le vaisseau, sauf le pilote, qui chante puis s'endort. Apparaît alors, fantômatique, le navire du Hollandais, aux mâts noirs, aux voiles
rouges. Sans bruit, il atterrit et cargue sa voilure. Le
Hollandais descend à terre. Il raconte que la période de sept ans est écoulée. Une fois de plus, il va se mettre en quête de la femme qui doit le sauver. Par instants, on entend des bouffées du chant lugubre de son équipage.
Daland sort de sa cabane et voit le nouveau navire
à côté du sien. Echange de propos entre Daland et le Hollandais. Celui-ci demande à Daland de le recevoir
chez lui et lui promet une riche récompense. Il va
même très vite en besogne et sollicite du Norvégien la main de sa fille, qu'il n’a pas encore vue. La cupidité fait tressaillir Daland de joie à la pensée de s’allier un gendre aussi riche. Il consent. Cette femme, serait-ce celle que le vagabond des flots attend depuis si longtemps ? Le premier acte s'achève sur un rayon d'espoir.
Le second acte se passe chez Daland, où un groupe de jeunes filles file autour de Senta. Au mur du logis est pendu un portrait du Hollandais volant de la légende et Senta rêve en le contemplant. Ses compa-
gnes la plaisantent. Senta est fiancée au chasseur
Erik, et celui-ci pourrait bien se formaliser de tant d'attention accordée au portrait d’un inconnu. En réponse, Senta leur chante la légende du Hollandais volant. En terminant, l’exaltation la gagne et elle exprime le vœu d’être celle qui apportera au malheureux le repos définitif. ; Erik, entré sur ces entrefaites, a entendu. Il se plaint des sentiments de sa fiancée en un duo où Senta essaie de le rassurer, mais Erik, sans se rendre compte de son imprudence, lui raconte qu'il a vu, en rêve, aborder un navire étrange, d’où descendaient Daland et le Hollandais du portrait. Senta, à ce récit, s'exalte à nouveau, si bien qu’Erik s’enfuit, désespéré.
Entrent le Hollandais et Daland. En voyant celui qui occupe toute sa pensée, Senta ne peut retenir un
cri. Son père lui présente l'étranger comme le fiancé qu'il lui a choisi, puis il la laisse seule avec le Hollandais. Le duo qui suit est le moment capital de l’action. Senta promet à son fiancé fidélité jusqu’au tréas.
P Au troisième acte, le théâtre représente un havre bordé de rochers d’un côté. Sur le devant de la scène la maison de Daland. Au fond le navire du Norvégien et celui du Hollandais, assez rapprochés l’un de l’autre. Nuit claire. Le navire norvégien estilluminé, les matelots sont sur le pont, bruyants éclats de joie. L'aspect du navire hollandais forme un contraste sinistre : une nuit fantastique l’enveloppe de toutes parts ; il y règne un silence de mort.
Pendant que les Norvégiens dansent et festoient, voici que du navire hollandais l'équipage sort enfin. La mer s’agite autour de lui, alors qu’elle reste calme ailleurs. Une lueur sinistre et blafarde s'allume sur le vaisseau. Le vent se met à siffler dans le gréement. L'équipage exécute des manœuvres de départ. Le délai est écoulé et il va falloir que les damnés reprennent leur course folle sur les vagues.
À ce spectacle, la peur gagne les matelots du navire voisin, Cette peur se change bientôt en panique et ils fuient. Suit une émouvante explication entre Erik et Senta. Le Hollandais, survenu sans être vu, entend quelques paroles et croit Senta infidèle. Pour lui, l'heure du salut n’a donc pas encore sonné? Désespéré, il crie à Senta un adieu et s’élance sur son navire, sans prêter l'oreille aux supplications de sa fiancée. Il veut éviter à la jeune fille qu'il aime la damnation, prix de l’infidélité qu’il redoute. Senta lui déclare alors qu’elle le connaît, qu’elle a mûrement pesé sa décision et que, quoi qu'il fasse, elle lui sera fidèle désormais.
Le navire s'éloigne dans le fracas de la tempête. Senta gravit alors un des rochers de la côte et se précipite dans les flots en criant au Hollandais : «Gloire à ton ange | Gloire à sa loi ! Jusqu’à la mort je suis à toi!» Au même instant, le navire du Hollandais s’abime avec son équipage. Au fond, on voit s'élever
au dessus de la mer le Hollandais et Senta, transf- :
ïé
gurés, étroitement embrassés. L'heure de la délivrance
a sonné!
Tannhäuser.
Opéra en trois actes, quatre tableaux, paroles allemandes
et musique de R. Wagner, paroles françaises de Charles Nuitter. . ; |
Représenté pour la première fois en allemand à Dresde, le 19 octobre 1845; en français à Paris, sur le théâtre de l’Académie impériale de musique, le 13 mars 1861; repris sur le théâtre national de l’Opéra le 13 mai 1805.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Hermann, landgrave de Thuringe; Tannhäuser, Wolfram d’Eschenbach, chevaliers chanteurs ; Elisabeth, nièce du landgrave; Vénus.
La scène se passe au XIII siècle, à la Wartburg et dans ses environs.
La légende d'où Wagner a tiré son Tannhäuser remonte à cette époque trouble où le paganisme disparu de l’Europe occidentale laissait encore de robus-
tes souvenirs. De là l'étrange juxtaposition dans une
même intrigue de Vénus, la « belle diablesse », et
d’Elisabeth, cette figure chrétienne si sublime et si
ure.
; Le chevalier chanteur Tannhäuser est aimé secrètement d'Elisabeth. Mais il a disparu de la cour du landgrave Hermann, et les bruits les plus sinistres courent à son sujet. Sa façon de chanter l’amour, moins chaste, plus sensuelle, plus païenne que celle de ses émules, les Wolfram d’Eschenbach, les Walter de la Vogelweide, etc., lui avait valu à plusieurs reprises des remontrances. Or il existe aux environs de la Wartburg une montagne de fâcheuse renommée.
C'est là, croit-on, que depuis la victoire définitive du.
christianisme, s’est retirée la diabolique Vénus, symbole des passions charnelles et des désirs mauvais. Dans la grotte enchantée où elle continue son existence de volupté et de folles ivresses, bien des malheureux se sont déjà laissé entrainer et n’ont jamais été revus. Serait-ce par aventure le cas de Tannhäuser ? Élisabeth, elle, attend.et prie. :
LE NES SN er nr SE AS TRS
___ Tannhäuser est bien réellement au Venusberg. C’est là que nous le voyons au début du premier acte,
assistant à une extraordinaire fantasmagorie : danses de faunes, de nymphes, apparition des Grâces et des Amours, tableaux changeants en des recoins profonds, montrant l'enlèvement d'Europe, Léda et le Cygne.
Dans le lointain retentit par instants la voix des Si-
rènes. Le chevalier, assis aux pieds de Vénus, regarde tout cela avec lassitude. Et il a avec la déesse une explication orageuse. [Il veut partir, il regrette la terre, il est las de ces plaisirs toujours renouvelés. Par deux fois Vénus le contraint de prendre sa harpe et de célébrer l'amour ; par deux fois son chant s'achève sur une note de regret. En vain l’immortelle épuise toutes les ressources de sa séduction. Quand elle voit ses efforts inutiles, elle rappelle à l’ingrat qu'il connaît le chemin qui conduit auprès d’elle et lui déclare qu’il y
sera toujours le bienvenu. Tannhäuser s’arrache aux bras dela déesse et part en lui lançant un adieu éternel. Vénus pousse un grand cri, la grotte disparaît et fait place à une vallée éclairée par le soleil de midi. Le ciel est bleu, on aperçoit la Wartburg à peu de distance. Les clochettes des troupeaux tintent. Tannhäuser est debout en face de ce spectacle. Sur un rocher, un pâtre chante et joue du chalumeau. Il est interrompu par l'approche d’une troupe de pèlerins. Tannhäuser bénit Dieu qui le ramène à la vie; son cœur est contrit et avide de pénitence. Il s’agenouille aux pieds d’une statue de la Vierge et prie.
Les pèlerins ont passé. Voici maintenant une troupe de chasseurs, conduits par le landgrave. Tous reconnaissent Tannhäuser, qu'on croyait perdu. L'accueil des uns est plutôt frais; mais Wolfram se montre affectueux et fraternel. Tannhäuser raconte qu’il revient d’un lointain voyage et manifeste l'intention de repartir aussitôt. Mais Wolfram prononce le nom d'Elisabeth; cela suffit : Tannhäuser restera. Car Elisabeth l’aime; du moins Wolfram l’assure. L'acte se termine sur un superbe ensemble vocal.
Le second acte est celui du concours de chant à la Wartburg, célèbre dans la légende. Au lever du ri-
deau, Elisabeth seule laisse éclater sa joie; Tannhäu-
ser est revenu ! Il apparaît bientôt, accompagné de Wolfram. La rencontre est cordiale, même quelque chose de plus. Le bon Wolfram, qui aime Elisabeth en silence et sans espoir, se résigne, car son amour est pur de tout égoïsme : qu’Elisabeth soit heureuse, c’est tout ce que son cœur désire.
Les deux chevaliers se sont éloignés. Le landgrave les remplace auprès de sa nièce. [Il rappelle que le jour même doit avoir lieu le fameux concours de chant et de poésie. Elisabeth lui laisse deviner ce que
ses lèvres n'osent dire et le landgrave, paternel, ne
décourage pas son espoir.
C’est maintenant l’arrivée des invités aux sons de la célèbre marche. Puis le landgrave ouvre le con- Cours. |
Wolfram chante le premier. Son hymne est d’une élévation admirable. Il célèbre l’amour pur et désintéressé, qui se sacrifie pour la femme aimée.
Tannhäuser toutefois trouve ces sentiments bien froids ; il célèbre un amour moins éthéré, plus substantiel, à la grande indignation de Biterolf. Celui-ci vante un amour un peu rude et bourru, bardé de fer, casqué et armé du glaive.
Tannhaüser raille : ça, l'amour! Biterolf n’y connaît rien. Puis, s'exaltant de plus en plus au souvenir des ivresses passées, il finit par déclarer que nul ne peut prétendre connaître l'amour qui ne l’a pas goûté aux bras de Vénus!
Ces mots déchainent un effroyable scandale. Les femmes fuient en se voilant la face. Les hommes dégainent et veulent tuer le réprouvé qui, devant eux, vient d’avouer son crime. Elisabeth, mortellement frappée au cœur, trouve pourtant la force d’intervenir et demande la grâce du coupable. Qu'il lui soit permis d’expier son offense et d'obtenir le pardon de son péché ! Tannhaüser, tiré de son délire, comprend ce qu'il a fait, Un remords infini le déchire : il ira à Rome sous l’habit de pèlerin implorer le pardon du Saint-Père. Elisabeth l’accompagnera de ses prières.
Le décor du troisième acte représente le même
| paysage qu'au second tableau du premier acte, mais sous les couleurs chaudes de l’automne. Elisabeth est en prière aux pieds de la Vierge et Wolfram la con-
temple discrètement de loin. Une troupe de pèlerins
passe, retour de Rome. Ils saluent joyeusement la
patrie, car leurs péchés sont pardonnés. Elisabeth cherche dans leurs rangs : Tannhäuser n'est pas avec eux. Elle chante alors une admirable prière, offrant sa vie en échange du pardon du pécheur. Puis elle s'éloigne. Elle écarte du geste Wolfram qui s'offre à l'accompagner, lui indiquant du geste qu'elle a une haute mission à remplir. Wolfram la regarde tristement s’en aller, puis exhale la douleur de son âme dans la belle « romance de l'étoile ».
C'est alors que Tannhaüser paraît, hagard, farou-
che. Il revient de Rome, mais il n’est pas pardonné. Le désespoir au cœur, il raconte à Wolfram son pèlerinage, ses mortifications, ses prières. Tout a été vain. Le Saint-Père a prononcé : « Comme ce bâton dans ma main ne saurait refleurir soudain, des feux d’enfer tout espoir de salut est vain! » Aussi, puisque le ciel lui est fermé, il aspire maintenant à retrouver le séjour de délices où il s'est damné. Ne tenant aucun compte des supplications de Wolfram, il appelle Vénus, et celle-ci ne se fait pas attendre : de légères vapeurs envahissent la scène, cachent le fond du paysage, puis une lumière rose commence à poindre, les bruits du Venusberg se font entendre, Vénus elle-même apparaît nimbée de clartés, tendant les bras à celui qui l’implore. Tannhäuser va s’y jeter, quand, pour la seconde fois, Wolfram lance le nom magique : « Elisabeth! » Tannhäuser s'arrête, pétrifié, et la vision s’évanouit.
On voit alors descendre de la Wartburg un funèbre cortège. Les pèlerins sont en tête, les chevaliers chanteurs suivent, précédant la dépouille mortelle d’Elisabeth portée sur une civière. Tannhäuser s’effondre devant ce cadavre et meurt. On entend alors une nouvelle troupe de pèlerins, porteurs d’une grande nouvelle : à Rome vient de se produire un éclatant miracle : le bâton que le Saint-Père tenait
dans sa main s’est couvert de verdure et de fleurs, annonçant le pardon d’un coupable et l’entrée d'une âme au paradis... Le sacrifice d’Elisabeth n’a pas été vain.
Lohengrin.
Opéra en trois actes et quatre tableaux, paroles allemandes et musique de R. Wagner, version française de Charles Nuitter.
Représenté pour la première fois en allemand à Weimar, le 28 août 1850 ; en français à Paris, sur le théâtre de l’Eden en 1887 (direction Lamoureux); puis sur le théâtre national de l'Opéra le 16 septembre 1891.
PRINCIPAUX PERSONNAGES: Le roi Henri; Lohengrin ; Frédéric de Telramund; Elsa de Brabant; Ortrude.
La scène se passe à Anvers, vers le milieu du X° siècle.
Wagner a tiré le sujet de Zohengrin de la légende de Monsalvat et du Saint Graal.
Au premier acte, le théâtre représente une prairie sur les bords de l’Escaut. Le roi Henri rend la justice sous un chêne. S’adressant au peuple brabançon, il lui dit sa tristesse de le voir privé d’un chef et déchiré par la discorde. C’est alors que Frédéric de Telramund, agissant de bonne foi à l’instigation de sa femme, la ténébreuse magicienne Ortrude, accuse publiquement Elsa de Brabant du meurtre de son frère, le prince Gottfried. S'il en est ainsi, la couronne de Brabant doit lui échoir en partage et il demande au souverain de la lüui octroyer. Tous frémissent d'horreur en entendant une accusation aussi terrible. Le roi ordonne qu'on amène Elsa devant lui.
Elle paraît, image de l’innocence. A la demande du roi elle l’accepte pour son juge, mais ne profère pas un mot pour sa défense. Pressée de se disculper, elle dit un songe qu’elle a eu: un chevalier vêtu d’une brillante armure venait prendre sa défense. Très ému, le roi ordonne le jugement de Dieu: qui se présentera comme champion de l’accusée?r Silence. Elsa s’abime alors en prière et soudain l'attention des assistants se porte sur le fleuve. Un chevalier tel qu'Elsa l'avait vu en songe approche dans une légère nacelle tirée
pe.
par un cygne, attelé d’une chaîne d’or. Il met pied à terre, renvoie le cygne, salue le roi et déclare qu'il vient défendre l'innocence. Il stipule que s’il est vain-
queur, Elsa deviendra sa femme, mais à une condi-
tion : sous aucun prétexte elle ne devra chercher à savoir qui il est n1 d'où il vient. Elsa acquiesce. Le champ clos est alors mesuré et le combat a lieu. L’inconnu en sort victorieux. Il fait toutefois don dela vie à son adversaire, qui s’effrondre dans la honte, tandis que tous acclament le champion d’Elsa.
Le décor représente maintenant l’intérieur du chäteau d'Anvers. Il fait encore nuit. Ortrude et Frédéric, vêtus de guenilles, sont assis sur les marches de l’église. On entend dans le château des bruits de fête. Frédéric veut fuir, Ortrude ne peut se résoudre à s’é-
loigner. Elle n’a pas perdu l'espoir de la vengeance.
Eile persuade son époux qu'il a été victime d’un maléfice. Quel est donc celui qui le terrassa? Nul ne sait. Pourquoi ce mystère ? Elsa seule pourrait savoir et rompre le charme. La haineuse et jalouse Ortrude se propose donc de semer le doute au cœur de l’innocente qu’elle hait, et Frédéric se laisse une fois de plus convaincre.
Pendant que conspirent ainsi les enfants des ténèbres, Elsa paraît à sa fenêtre et donne cours à son innocente joie. Souaain elle entend gémir dans l’ombre. Accessible à la pitié, elle s’informe. Et Ortrude joue la comédie de l'humilité et du repentir. Elle implore grâce pour elle et pour son mari, et saisit l’occasion de verser le poison du doute au cœur d’Elsa sans méfiance. Elle insinue que le miraculeux chevalier, amené on ne sait d'où par un cygne, pourrait bien repartir un jour comme il est venu. Elsa affirme sa foi en celui qu’elle aime, mais le venin va poursuivre son œuvre de mort.
Le jour commence à poindre. Le château s’éveille. On annonce que le roi envoie Frédéric en exil et nomme l'époux d’Elsa protecteur du Brabant. Pourtant, parmi les nobles, on murmure. Le roi poursuit ses guerres et va emmener à sa suite l'élite du pays.
Frédéric souffle sur ces ferments de révolte. Il accuse
son adversaire de félonie. La plupart se détournent de lui, mais quelques-uns lui prêteront l'oreille. à
Un cortège accompagne Elsa à l’église. Ortrude marche derrière elle dans l'attitude d’une suivante ; mais sur les degrés du porche elle se redresse, orgueilleuse, et revendique la préséance. Elle accuse mainte-. nant l'inconnu d'imposture. Scandale. Emoi de la pauvre Elsa. Les imprécations d'Ortrude sont interrompues par l’arrivée du roi accompagné du protecteur du Brabant. Celui-ci chasse Ortrudc, mais il comprend que le mal est déjà grand et qu'Elsa risque de lui échapper. | |
C’est maintenant Frédéric qui paye d’audace et qui en appelle du jugement auquel il a succombé. Dédaigneux des menaces, il somme son adversaire de se faire connaître. Lohengrin refuse. Mais la foi d’Elsa est ébranlée. Frédéric lui souffle à l'oreille qu’il viendra chez elle de nuit et lui révèlera la vérité. Elle a un ultime soubresaut de révolte contre cette dernière perfidie et se jette dans les bras de son mari. Tous deux entrent enlacés dans l’église, mais on sent bien que la catastrophe approche. |
La chambre nuptiale. En cortège on y introduit les époux. Lorsque ceux-ci sont seuls commence un long et suave duo d'amour. Mais l'inquiétude d'Elsa ne tarde pas à se manifester. Son mari a beau lui prodiguer les avertissements, il ne peut l'empêcher de prononcer la question fatale. À peine l’a-t-elle proférée que des hommes cachés dans l’ombre se glissent dans la chambre. A leur tête est Frédéric. D'un coup d’épée l'époux d’Elsa l’étend mort à ses pieds. Puis il enjoint à ses compagnons de porter le cadavre au tribunal du roi. Là, il se justifiera et dira son nom.
Le théâtre change et représente une prairie vivement éclairée des rayons du soleil levant sur les bords de l’Escaut. Les nobles et leurs vassaux arrivent par groupes. Le roi arrive le dernier. Puis on apporte sur une civière le corps de Frédéric. Elsa suit, accompagnée de ses femmes. Enfin, c’est le Protecteur qui s’avance. Il déclare au roi qu’il est forcé de partir. Il accuse Frédéric de félonie et dit dans quelles circons-
re HAN NNÉRICHARD WAGNER. Ne
tances il a dû le frapper. Puis, avec tristesse, il accuse Elsa d’avoir manqué à la foi jurée et d’avoir cherché à savoir qui il est. Elle va le savoir, mais en l’apprenant elle devra le perdre: ainsi le veut une inflexible loi. Il est en effet chevalier du Saint-Graal et Lohengrin est son nom. Elsa s’évanouit. Lohengrin lui fait ses adieux avec une infinie tendresse; il ne la laissera toutefois pas seule au monde, et par un prodige il lui rend le frère qu'elle croyait perdu et qui était seulement victime des enchantements d’Ortrude.
Pendant qu'il parle ainsi, le cygne s’est approché. Lohengrin monte dans la nacelle et s'éloigne. Le rideau tombe. |
Tristan et Isolde.
Drame musical en trois actes, paroles allemandes et musique de R. Wagner, version française commencée par Alfred Ernst, terminée par L. de Fourcaud et Paul Bruck1. / Représenté pour la première fois en allemand à Munich, le 10 juin 1865 ; en français à Paris, sur le Nouveau Théâtre (direction Lamoureux), le 28 octobre 1899. Repris à l'Opéra le 14 décembre 1904.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Tristan; Marke, roi de Cornouailles ; Isolde, princesse d’Irlande ; Brangaene, suivante
d’Isolde; Kurwenal, écuyer de Tristan ; Melot, courtisan du roi Marke.
L'action se passe aux temps légendaires : le premier acte sur le pont du vaisseau qui porte Isolde d'Irlande en Cornouailles ; lesecond dans les jardins du palais du roi Marke ; le troisième dans la cour du manoir de Tristan, en Bretagne.
Ce drame est un immense hymne à l’amour invin-
cible, plus fort que la mort. Le philtre y joue le rôle |
d’un symbole.
. Tristan, vassal fidèle du roi Marke, a vaincu pour son maître les Irlandais, et tué leur chef Morold. Il ramène actuellement à son suzerain Isolde, la reine vaincue, pour qu'il en fasse sa femme, mettant fin par ce mariage à des guerres sanglantes et constam-
1 Pour cette pièce et les suivantes, nous avons adopté la version Ernst, qui est celle qui s'adapte le mieux au texte musical.
Yi He
ment renouvelées. Mais ce n'est pas la première fois qu'Isolde et Tristan se rencontrent. Blessé dans un combat, le chevalier a été amené sous un faux nom chez celle qui est maintenant sa captive. Elle avait reconnu en lui le meurtrier de Morold son fiancé; elle allait le frapper et se venger de son ennemi, lorsque celui-ci ouvrit les yeux et la regarda... Ce regard est à la base de tout le drame. L’arme s'arrêta suspendue aux mains de la femme irritée. Au lieu de tuer, elle guérit le malade grâce à sa connaissance des simples. Qu'on juge de sa honte et de sa rage impuissante lorsque celui qui l’avait ainsi conquise d’un regard vint réclamer sa main... pour un autre! |
C’est dans cet état d’exaltation que nous voyons Isolde sur le pont du navire qui approche des côtes de Cornouailles. Tristan l’évite avec soin ; mais elle veut avoir avec lui une explication, et elle l’obtient. A sa suivante Brangaene elle a réclamé le flacon qui contient le poison mortel. À Tristan, qui comprend, elle offre de partager ce breuvage en signe de réconciliation. Il accepte : ne vaut-il pas mieux mettre par la mort un terme à sa souffrance ? Car lui aussi aime et ne veut pas le dire. Entre [solde et lui s'élèvent les barrières dé l'honneur, de la fidélité, de la loyauté. Mais Brangaene n’a pu se résoudre à verser la mort à sa maîtresse. Dans son trouble, elle a substitué au philtre de mort le philtre d'amour. Tristan et Isolde boivent, se regardent... et toutes les barrières sont balayées : l’aveu s'échappe de leurs lèvres, ils tombent aux bras l’un de l’autre, victimes d’une puissance plus forte que toutes les autres. Il leur faut pourtant s’arracher à leur délire, car le navire accoste et le roi Marke attend sa fiancée. L'acte s’achève aux sons des acclamations.
Marke a épousé Isolde, mais celle-ci s’'abandonne toute aux ivresses de sa passion pour Tristan. Un courtisan, Melot, s’en est aperçu et a averti le mari, qui, plein de confiance en son féal compagnon, la fleur de la chevalerie et le plus loyal des preux, refuse de croire à la trahison. Melot a alors conseillé de feindre une partie de chasse et, par un retour anticipé,
de surprendre en flagrant délit les coupables. Ce sont les échos lointains de cette chasse qui ouvrent le deuxième acte.
Isolde, seule avec Brangaene, attend son amant, toute enfiévrée d'impatience Elle reste sourde à tous les conseils de prudence. Un signal convenu et bientôt Tristan est dans ses bras. Tous deux halètent leur passion en répliques hachées, sur une musique tumultueuse. Le reste de l’acte est rempli par le plus sublime duo d'amour. Les amants aspirent à la mortet au néant qui les délivrera de la nécessité de mentir. Ils invoquent la grande Nuit, qui abolira les déceptions du Jour.
Is sont surpris au paroxysme de l’exaltation par Marke et sa suite, conduits par Melot. Tristan subit sans un mot de défense les reproches navrés du roi. Puis il s'adresse à [solde : où il se rend veut-elle le suivre ? La Nuit, la grande Nuit les appelle... et sous les yeux de Marke il l’embrasse au front. Puis il croise le fer avec Melot, se laisse transpercer par lui et tombe aux bras de Kurwenal. ;
Mortellement blessé, Tristan a été transporté par le fidèle écuyer en son castel de Karéol, en Bretagne. Là, dévoré par la fièvre, il attend Isolde, que Kurwenal a fait appeler. La plus grande partie de cet acte, un des plus émouvants qui soit au théâtre, est chantée par un mourant, le plus souvent étendu sur sa couche. Tristan, étonné de vivre encore, n’a plus qu'une pensée : revoir celle qu’il aime. Kurwenal croit qu'elle vient pour guérir; Tristan sait qu’elle vient mourir avec lui. |
Enfin ! une voile est signalée. [solde approche, elle est là, tout près. Délirant, le malade arrache le pansement de sa blessure, trébuche à la rencontre de l’aimée, puis défaille et meurt dans ses bras.
Un autre navire a abordé. Il amène Marke, Marke qui a appris de Brangaene l’histoire du philtre et qui vient pardonner. Mais Kurwenal, halluciné, rendu fou par la mort de son maïtre, croit à une agression, frappe d’estoc et de taille, tue Melot, puis mortellement blessé à son tour, vient, chien fidèle, expirer près du cadavre de Tristan. |
Pendant ce temps, Isolde, sans regard, comme en
extase, est restée étendue sur le corps de son amant. Elle se lève maintenant, transfigurée. Elle le voit sourire, monter dans une gloire, et ellele suit... Dans
un chant du cygne qui n’a pas d’analogue dans la.
musique de tous les temps, elle exhale, surhumainement heureuse, son dernier souffle, sous les yeux de
Marke et de Sa suite pétrifiés... 1 |
Les maîtres chanteurs de Nuremberg.
Comédie lyrique en trois actes et cinq tableaux, paroles allemandes et musique de R. Wagner, traduction française de Alfred Ernst.
Représentée pour la première fois en allemand à Munich, le 21 juin 1865; en français à Paris, sur le théâtre national de l'Opéra, le 10 novembre 1897.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Hans Sachs, cordonnier; Veit Pogner, orfèvre; Sixtus Beckmesser, greffier; tous trois maîtres chanteurs ; Walther de Stolzing, jeune chevalier de Franconie; David, apprenti de Sachs; Eva, fille de Pogner; Magdalena, nourrice d'Eva. |
La scène se passe à Nuremberg, vers le mileu du XVI”* siècle? à
Cette pièce est la seule où Wagner ait traité un sujet de comédie. Le sujet est en gros la lutte entre la routine et la libre inspiration, entre la lettre et l'esprit, entre le passé et l'avenir. C’est en quelque sorte un plaidoyer pro domo sua. Walther représente les idées de Wagner; en Beckmesser, il faut voir la critique sotte et myope, qui cherche à tuer dans l’œuf tout ce qui s'écarte de l’ornière; Hans Sachs, enfin, c’est le sage, homme du passé par l'éducation, mais esprit assez large pour reconnaitre le génie, même lorsqu'il se manifeste sous une forme nouvelle et inusitée.
La fable est simple : A l’occasion de la fête de la Saint-Jean, l’orfèvre Veit Pogner offre toute sa fortune et sa fille Eva au vainqueur dans un concours solennel de chant et de poésie. Toutefois, Eva reste libre de refuser un époux qu’elle ne pourrait aimer;
seulement, dans ce cas, elle n’a pas le droit d’en
na es AN
Érr \
AGNER
épouser un autre. Deux concurrents sont sur les rangs : Sixtus Beckmesser, le greffier, homme laid et déjà mûr; puis Walther de Stolzing, un jeune noble
amoureux d'Eva et à qui celle-ci rend son amour.
Le premier acte se passe à l’intérieur de l’église Sainte-Catherine, à Nuremberg. Un choral s'achève au lever du rideau, puis l’église se vide. Une scène
muette se joue entre Walther, debout près d’un pilier, et Eva, assise avec sa nourrice sur le dernier banc.
En sortant, la jeune fille croise le jeune homme et tous deux échangent quelques paroles. Walther ap-
prend qu'il est aimé, mais que pour conquérir Eva, 1] doit vaincre au concours public du lendemain. La
difficulté est que Walther n’est pas maître chanteur,
pas même apprenti. Magdalena, la nourrice, qui a
des tendresses infinies pour l’apprenti David, prie celui-ci de mettre le gentilhomme au courant de ce qu'il ignore. Tâche démesurée, à laquelle le pauvre David s’attelle, tandis que ses camarades préparent tout pour une séance des maîtres.
Ceux-ci arrivent enfin et Pogner annonce à ses collègues le prix magnifique qu'il offre au vainqueur
du concours. Walther se présente et demande à subir
l'épreuve qui pourrait lui valoir la maîtrise. Beckmesser, le marqueur, qui flaire en ce beau jeune homme un redoutable rival, ne néglige rien pour le faire échouer et y réussit sans peine. Il va sans dire que l'inspiration libre et spontanée de Walther enfreint de cent manières les règles très strictes de l’école.
Toutefois, le candidat a trouvé au moins un auditeur clairvoyant : Hans Sachs a deviné la force qui se cache sous ce talent indiscipliné. Il ne perdra pas Walther de vue; d'autant plus qu’il aime Eva et a lu dans son cœur.
Le décor du second acte représente un coin du vieux Nuremberg. Face au spectateur, une rue qu’on voit d’enfilade. Le proscénium est censé une place
Sur laquelle cette rue débouche. Les deux maisons
d'angle sont, à droite, la riche demeure de Pogner, à gauche, celle du cordonnier Sachs, avec l’échoppe
ouverte au rez-de-chaussée. Un grand tilleul, sur la
place à droite, recouvre de son feuillage la maison de l’orfèvre. À son pied, un banc de pierre. Joe
Le soir tombe, et David met les volets à la boutique de son maître Sachs. Il raconte, tout en travailtant, à Magdalena la scène du concours et l’échec de Walther.
Pogner et Eva arrivent ensuite, rentrant au logis. . Tous deux s’asseoient sur le banc de pierre pour respirer l’air frais du soir. Puis ils rentrent souper. Eva a juste le temps d'échanger quelques mots avec sa nourrice et d'apprendre l'échec de son amoureux. Grand est son émoi. Que faire?
La scène demeurée vide, Sachs vient s'établir pour travailler dans la rue, devant son échoppe. En travaillant, il rêvasse, il repasse en son esprit la scène de l’après-midi, cherche à comprendre ce qui l’a frappé dans le chant du chevalier. Une chose est certaine : le chant de Walther lui a plu. Comme il en est là de ses réflexions, Eva sort furtivement de chez elle et s'approche du cordonnier. Elle essaie de faire parler le bonhomme qui, malicieusement, esquive ses questions et détourne la conversation. Ce qu'elle voudrait, c'est avoir en lui un allié contre Beckmesser ; il se garde bien de lui montrer qu'il est tout acquis d’avance à sa cause; mais il confesse, sans en avoir l'air, sa jeune amie et, une fois certain qu’elle aime Walther, il se met à chercher le moyen de lui venir en aide. [l rentre -ensuite dans sa maison et continue à travailler à l’intérieur, de façon à ne pas être vu de la rue. [l entend ainsi une conversation entre Eva et Magdalena, d'où il appert que Beckmesser va venir donner ia sérénade à la jeune fille. Celle-ci demande à Magdalena de se tenir à la croisée à sa place, afin de lui éviter cette corvée. Comme elles vont rentrer, Walther arrive et bientôt Eva est près de lui. Il dit son découragement et sa rancune contre les maîtres. Il propose à son amie de l’enlever. Le veilleur de nuit interrompt la conversation et chasse les femmes dans la maison. Quand il a passé, Eva ressort furtivement, déguisée avec les vêtements de Magdalena. Déjà elle est dans les bras de Walther; ils vont fuir.
Mais Sachs a tout vu, tout entendu. Il ne permettra de cette fuite. Tout-à-coup, un vif rayon de lumière
arre la place. C’est le cordonnier qui a ouvert sa porte et dirigé les rayons de sa lampe à travers la rue. Les fugitifs sont cloués sur place.
. Au mêmeinstant, on entend un luth qu'on accorde. C'est Beckmesser venu donner sa sérénade. Sachs, maintenant, tourne ses batteries vers ce nouvel ennemi. Comme le marqueur va chanter, le savetier se met à frapper sur le cuir et lance à toute volée une chanson de travail. Beckmesser l’adjure de se taire. Il essaie de lutter de la voix avec l’autre, en vain. Il parlemente alors et fait avec Sachs le marché suivant: Beckmesser chantera comme au concours et Sachs sera le marqueur. Pour chaque faute il frappera un coup sur la semelle. Et le galant greffier commence son chant, ponctué de coups de marteau qui vont toujours se rapprochant. Suant à grosses gouttes, le chanteur hurle toujours plus fort et finit par ameuter la foule. Walther veut profiter du désordre pour s’en aller, mais Sachs le guette, l’empoigne et Ponte dans sa maison. Eva rentre précipitamment chez elle. Quant à Beckmesser, il est copieusement rossé dans la bagarre, qui ne prend fin qu’à la venue du veilleur de nuit. Sitôt la première note du cornet entendue, tous se hâtent de réintégrer leur domicile, et quand le brave homme arrive, se frottant les yeux pour s'assurer qu'il ne dort pas, il ne trouve que calme, silence et portes closes. |
Le premier tableau du troisième acte se passe à l’intérieur de la maison de Sachs. Première scène entre David et son maitre, ce dernier profondément absorbé dans une lecture. David sorti, Sachs sort de sa rêverie et philosophe sur les événements de la nuit. Il est interrompu par l’arrivée de Walther, qui s’éveille d’un profond sommeil. En dormant, il a fait un rêve, et Sachs le prie de le lui raconter sous une forme lyrique en lui donnant quelques indications de forme simples et précises. Walther chante, il chante un couplet d’une suavité exquise,; encouragé, guidé par le vieux maître, qui note à mesure, il continue.
Sachs est profondément ému. Il recommande à son
jeune ami de bien conserver la mélodie en sa mé-
moire, puis tous deux sortent se préparer pour la . fête. | (HÉREur ee
L'atelier est vide. Beckmesser s’y faufile. Il se ressent visiblement de la rossée qu’il a reçue. Tous ses mouvements amènent une grimace à son visage. Soudain ses yeux tombent sur le papier où Sachs a écrit sous dictée le chant de Walther. Tête baissée, il tombe dans le piège. L'écriture lui est connue : il s’agit donc d'un chant de concours que ce sournois de Sachs préparait sans en rien dire à personne! Il prend la teuille et la met dans sa poche. Sachs rentre en ce moment. En souriant il écoute les invectives de Beckmesser qui lui reproche ce qu’il appelle sa fourberie. Puis il surprend son insulteur en lui faisant don de la poésie et en l’autorisant à s’en servir, voire à dire qu'il en est l’auteur. Le greffier, possesseur d’un chant de Sachs, se croit sûr désormais de la victoire. Il s’en va, boitant, grimaçant, comme il est venu.
Au tour d'Eva de faire sa visite au bon savetier.. Elle a choisi le premier prétexte venu pour pénétrer dans l’huis où son amoureux est caché. Comme ils causent, Walther est entré sans bruit. Il chante le dernier couplet de son chant de concours. Bouleversée par l'émotion, Eva tombe, sanglotante, sur la poitrine du vieil ami, qui, très remué, la fait passer aux bras du chevalier. Les deux jeunes gens lui disent la reconnaissance qu'ils ressentent pour lui. Magdalena et David arrivent à leur tour. Tous ensemble chantent ce quintette, chose unique dans l’œuvre de Wagner, bienheureuse exception à la rigidité du principe et perle de la partition.
Le décor change et montre la campagne sous les murs de Nuremberg, à l'endroit où va avoir lieu le concours. Entrée solennelle et successive des corporations, bannières en tête. Les apprentis, derniers venus, empoignent les filles et dansent. Ils s'arrêtent net à l'approche des maîtres chàanteurs. Tout le peuple entonne l’hymne de Hans Sachs et acclame la vénérable corporation. Les maîtres prennent place
re
ET
sur les chaires qui leur sont préparées, puis le con- cours est ouvert. Beckmesser s’avance et essaie de chanter le poème de Walther dont il fait une bouil-
lie infâme. Le peuple, d’abord interloqué, finit par rire à gorge déployée et le chanteur doit s'enfuir sous les huées. Pour se venger, il lance en partant à Sachs la flèche du Parthe et déclare que le chant est du cordonnier, du inaïître dont ils font une idole.
Sachs ne s’émeut pas. Il déclare que le chant n’est, à vrai dire, pas de lui, et qu'il le regrette : jamais il n'aurait su, hélas! en écrire un si beau. On se récrie : Sachs parle-t-il sérieusement ? Certes, et il en appelle à l’auteur, qu'il prie de s’avancer et de chanter. On
voit alors paraître Walther qui, au milieu d’un reli-
gieux silence, entonne son poème. Bientôt, comme un
. murmure approbateur s'élève, qui fait à la mélodie
un nimbe de merveilleuse harmonie. , Quand le chanteur a fini, tous l’acclament maître d’une seule voix. En s’attendant appeler maître, le jeune gentilhomme a un sursaut de révolte : il n’a pas complètement digéré son humiliation de la veille. Mais Sachs intervient et le morigène gravement. En un superbe monologue final, il prononce la défense des maîtres et proclame tout ce que l’art et le peuple leur doivent. Walther s'incline, accepte la chaîne d’or, insigne de sa maîtrise et reçoit de Pogner la main d'Eva. Le rideau tombe sur une scène d’immense allégresse populaire.
L’anneau du Nibelung.
Trilogie précédée d’un prologue, poème et musique de Richard Wagner. Traduction nouvelle en prose rythmée exactement adaptée à la musique par Alfred Ernst (sauf la Valkyrie, dont nous donnons la version de Victor Wilder, chantée à l’Opéra de Paris).
L’Anneau du Nibelung se compose de quatre soirées : un prologue, /’Or du Rhin, et trois drames, la Valkyrie, Siegfried et le Crépuscule des dieux. Nous analyserons chacune des quatre soirées à part. En dehors de certains festivals spéciaux, il est en effet
assez rare que l’ Anneau soit donné intégralement en
quatre soirées consécutives. L'auteur a du reste com-
posé chacune des pièces qui le composent de façon à ce qu’elles puissent se donner isolément. Lui-même a autorisé l'exécution de l’Or du Rhin et de la Val-
kyrie avant d’avoir achevé Siegfried et le Crépuscule
des dieux. L’exécution intégrale de l’Anneau n'a eu lieu que pour l'inauguration du «Festspielhaus» de Bayreuth, en 1876.
Îl n’en reste pas moins, et il convient de ne pas l'oublier, que ces quatre spectacles constituent un tout et que certains personnages figurent dans chacun d’eux, tel Wotan. Une très grande unité relie toutes les parties entre elles, au point de vue musical en particulier. Les mêmes thèmes servent de base à la musique d’un bout à l’autre et y caractériseront les mêmes idées-type.
L’Anneau du Niebelung se passe aux temps mythologiques de la Saga.
L'or du Rhin.
Représenté pour la première fois en allemand à Munich, le 22 septembre 1869; en français à Paris, sur le théâtre de l'Opéra, le 17 novembre 1900. ù
PERSONNAGES : Wotan, Donner, Froh, Loge, dieux; Fasolt, Fafner, géants ; Alberich, Mime, Nibelungen ; Fricka, Freia, Erda, déesses ; Woglinde, Wellgunde, Flosshilde, filles du Rhin.
Ce prologue, dont l'exécution dure deux grandes heures sans baisser de rideau, exige une mise en scène extrêmement compliquée, avec de nombreux changements à vue. Au point de vue scénique c'est une féerie.
Au début, le spectateur n’aperçoit qu'une vague lueur verdâtre, qui va diminuant du haut en bas jusqu’à se perdre dans une complète obscurité. Une gaze pailletée sépare la scène de la salle. Ce décor étrange représente les profondeurs du Rhin. Au sein des eaux,
des formes évoluent en cercles rythmiques. Ce sont.
les trois filles du Rhin, gardiennes de l’Or magique
RICHARD WAGNER SOA
qui repose au sommet d’un récif dont on aperçoit la silhouette émergeant de l’abîme. Leurs jeux sont dérangés par l’arrivée d’un être difforme et hideux, le Nibelung Alberich, dont le désir s'allume à la vue de tant de grâce et de beauté. Les nixes se moquent de lui, feignent de se laisser séduire, puis s’échappent en riant, le laissant furieux et inassouvi, assoiffé de vengeance autant qu'il l'était tout à l'heure de volupté. |
Or les insoucieuses filles ont causé sans prudence du trésor commis à leur charge. Alberich a su par elles que cet or doit donner la toute-puissance à qui renoncera à l'amour. Il s’élance, farouchement résolu, saisit l’or et maudit l'amour. Fuite éperdue des nixes, nuit sur le fleuve, profondes ténèbres qui se prolongent.
Puis l’eau se mue en nuages, qui présentement s'écartent et laissent voir, par delà une profonde vallée où le Rhin se devine, le burg superbe du Walhall. Wotan, étendu près de sa femme Fricka, s'éveille et salue en accents de triomphe la citadelle, image de sa puissance, où il rêve de réunir pour sa défense les héros morts sur le champ de bataille. Malheureusement, cette citadelle a été construite sur le conseil de Loge, esprit aussi fourbe que subtil, moyennant un contrat bien imprudent : en échange de leur travail, les constructeurs, qui sont les géants Fafner et Fasolt, doivent recevoir comme épouse Freia, déesse de la jeunesse et de la beauté, sans laquelle les dieux ne peuvent conserver la vigueur et l'énergie dont ils ont besoin pour résister aux assauts de leurs ennemis. Il est vrai que Loge s’est engagé à trouver un moyen de dégager Wotan de sa parole. Mais le moment de payer approche et Loge n'est pas là lorsque les géants se présentent pour réclamer leur dùü. Le règlement de compte risque de dégénérer en bataille quand, enfin, Loge arrive. Par malheur il n’a pas trouvé le trésor capable de balancer les charmes de la jeunesse et de l’amour. Un seul a maudit l’amour, Alberich, le Nibelung, et par ce renoncement il s’est acquis la puissance suprême. Wotan ne pour-
LS
rait-il pas lui reprendre le trésor volé et le rendre aux
légitimes propriétaires ?
Wotan s'irrite qu'on lui propose pareille chose .
alors qu’il attendait un secours efficace. Mais la convoitise de l’or a commencé son œuvre. Les géants se demandent s’il pe serait pas préférable pour eux de posséder l'or qui, façonné en anneau magique, risque de devenir dans les mains d’Alberich une arme redoutable. Wotan fait au même instant des réflexions analogues. Fricka elle-même lui conseille de s'approprier l'or. Soudain le maître des dieux prend une grande résolution : il faut que l’anneau lui appartienne ! Et il demande à Loge de l’aider à le conquérir. Les géants comptent que cet anneau sera le prix du Walhall, et quand ils comprennent que Wotan espère le garder, ils se saisissent de Freia et l'emmènent. | Pas plutôt la déesse est-elle partie, les traits des dieux s’assombrissent. Toute vigueur leur est ravie, et la peur les prend. Wotan se résigne donc à l’inévitable : il volera l’or du Rhin ets’en servira pour payer les géants. Mais à part lui il espère conserver l’anneau qui donne la toute puissance. Il entreavec Loge dans une grotte qui conduit à Nibelheim, demeure souterraine d’Alberich. | es Le décor change. Il se déplace de bas en haut, donnant l'impression d’une descente dans les entrailles de la terre. On passe des cavernes où s'entend un bruit de marteaux. Ce sont les forges des Nibelungs. Enfin le théâtre s’élargit en une vaste grotte. Nous voyons d’abord une dispute entre Alberich et son frère Mime, qu'il contraint à le servir par la puissance de l’anneau. Mime vient de forger un heaume qui a la vertu de rendre invisible. Wotan et Loge arrivent. Mime leur apprend qu’Alberich, depuis qu'il possède l'anneau fatal, exerce sur tout Nibelheim une terrible tyrannie. Puis les dieux restent seuls en présence. d’Alberich fou de triomphe. Exaspéré par l'envie, le nain menace et prophétise le temps où il tiendra sous son pied la race des dieux. Mais avec Loge il a affaire à forte partie. Par la flatterie, le subtil dieu du feu
ne
Cas
obtient d'Alberich que grâce à la vertu du heaume il
se transforme en crapaud. Sous cette forme il n’a pas
de peine à s’en emparer, à lui enlever le heaume et à le garotter. Puis Wotan et lui l’emportent ainsi ligoté. e décor change en $ens inverse de tout à l’heure, et nous revoyons le second tableau. En échange de sa liberté, Alberich doit payer rançon. Les dieux lui extorquent tout l’or du Nibelheim. Il paye, car il se flatte de conserver l’anneau grâce auquel il pourra reconquérir tout ce qu'il a perdu. Mais Wotan exige que l'anneau lui soit livré. Le nain traverse une terrible crise de désespoir. Quand l’anneau lui est finalement arraché de force et que ses liens sont rompus, il prononce une malédiction terrible : « Comme il vint d’un vœu maudit, maudit soit cet anneau |! Si par lui j'eus toute puissance, qu’il marque donc de mort qui le tiendra ! Nul cœur joyeux n’en doit jouir ; nul heureux n’en verra flamboyer les feux ; qui le possède se ronge d'angoisse, et qui ne l’a se dévore d'envie! »
Puis il disparaît dans la grotte qui mène à son repaire. Tout le reste de la tragédie sera constitué par les conséquences de cette malédiction. L’or maudit sera fatal aux dieux, après avoir été fatal aux géants, aux hommes et aux Nibelungs eux-mêmes. La délivrance ne viendra qu'avec la restitution du trésor au Rhin qui le livra.
Les géants sont les premières victimes. Wotan est obligé, par sa qualité de gardien des contrats, de livrer l'or, y compris l’anneau, à Fasolt et à Fafner. Mais
. pas plutôt les deux frères l’ont-ils en leur possession,
qu’ils se querellent : Fafner tue Fasolt et va se cacher dans la forêt, mué en dragon, pour défendre mieux son trésor.
Wotan, qui a cédé l’anneau sur le conseil d’Erda,
la déesse qui lit dans l’avenir et ! a vu poindre le
crépuscule des dieux, entre au Walhall avec ses compagnons. Il comprend les dangers qui le menacent pour avoir touché l’anneau fatal. Il va lutter et chercher comment reprendre à Fafner le talisman. Il forcera Erda à lui dire ce qu’elle sait. Il aura d’elle les huit Valkyries qui lui recruteront de vaillants défen-
sn
seurs. Tous les événements qui se déroulent au long des trois soirées suivantes seront les épisodes de cette lutte pour la vie.
Comme il passe le Rhin, la plainte des nixes monte
jusqu’à lui. Il ne peut supporter ces clameurs qui demandent justice et lui reprochentson larcin. Le‘rideau baisse sur un tableau de grandeur et de triomphe ; mais on sent peser sur cette gloire la lourde main d'une
inexorable fatalité.
La Valkyrie.
(Version Victor Wilder.)
Représenté pour la première fois en allemand à Munich, le 26 juin 1870; en français à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra, le 12 mai 1893.
PERSONNAGES : Siegmound; Wotan; Hounding; Sieglinde; Brunnhilde; Valkyries.
Lié par les contrats qu’il a lui-même conclus, gar-
dien des runes et de la foi jurée, Wotan ne peut pas.
reprendre lui-même à Fafner l’anneau du Nibelung. Il essaie de ruser. Sous la forme de Wälse, il a eu deux jumeaux qu’il a élevés seuls dans la forêt, libres, fiers, ennemis des hommes et des dieux. Il compte sur eux pour accomplir ce qui lui est interdit à luimême; mais Siegmound et Sieglinde sont en réalité moins libres qu'il ne se l’imagine. Leur père veille sur eux dans l’ombre et ils ne pourraient rien sans lui; c’est ce que le drame par lequel s'ouvre la trilogie proprement dite, a pour mission de démontrer.
Les deux enfants ont été violemment séparés.
Odieux aux hommes dont ils méprisent les lois et la morale, ils ont été en butte à leurs attaques. Sieglinde a été enlevée et est devenue, contre son gré, la femme de Hounding, le chasseur. Pourchassé, Sieemound a erré longtemps sans armes et vient, guidé par une volonté invisible, chercher refuge chez l’époux de sa sœur. Il ne la reconnaîtra pas toutefois au premier abord, car il y a longtemps qu'ils sont séparés. La hutte est bâtie autour d’un tronc de frêne noueux, et s’il a été conduit près de cet arbre, c’est qu’une arme
magique y est plantée que seul il est capable d’en arracher et que Wotan y a mise pour lui, afin de le rendre invincible.
Peu après le lever du rideau, alors que roulent les rafales à l’orchestre, Siegmound arrive et s’abat, épuisé, auprès du foyer de Hounding. Sieglinde approche et le soigne. Il reprend vie. Elle l’engage à attendre le retour de son époux, dont le hasard l’a fait l'hôte. Les yeux du frère et de la sœur se rencontrent, et une flamme inconnue a pénétré leurs deux âmes.
Hounding rentre. Il remarque la curieuse ressemblance entre sa femme et l'inconnu. Il interroge celui-ci et apprend qu'il héberge l’ennemi à la poursuite duquel il a été appelé. Les droits de l’hospitalité sont sacrés : Siegmound peut reposer sous son toit ; mais, au jour prochain, les deux hommes devront se mesurer. Or Hounding est armé, et Siegmound est sans armes. Pour lui c’est la mort.
Mais Sieglinde a entendu l'inconnu raconter son histoire et sa lamentable détresse. Elle l’a reconnu. Et lorsque Hounding est endormi — elle lui a versé un narcotique — elle vient retrouver son frère et lui apprend que, dans le tronc du frêne, se trouve l’épée qui lui est destinée. Duo d'amour. Puis Siegmound, d’un effort surhumain, arrache l’arme de la gaine qui l’'emprisonne et la baptise « Détresse ». Après quoi, entrainant sa sœur-épouse et brandissant sa lame, il s'enfonce dans la nuit.
Un site sauvage dans la montagne. A l’arrièreplan, une gorge ravinée qui débouche sur la plateforme d’un rocher. À droite, au premier plan, une grotte naturelle. Au lever du rideau, Wotan est en scène avec Brunnhilde, la Valkyrie, la préférée des huit filles que lui donna Erda. Le dieu donne à la vierge guerrière l’ordre d’assister Siegmound dans le combat avec Hounding. Joyeuse, elle accepte cette mission, car son cœur s’élance déjà au devant du jeune héros. Mais Fricka approche. Protectrice de la foi conjugale, elle vient demander à Wotan justice contre les amants incestueux, justice pour Hounding dont le
foyer a été profané. Wotan résiste; mais Fricka a lu
dans son jeu, elle lui démontre que Siegmound n'est
pas libre, qu'il n’est que l'instrument de son père. Elle obtient de Wotan, écrasé de douleur, qu’il retire sa vertu à l'épée « Détresse », qu’il laisse Siegmound désarmé en face de son adversaire, qu'il retire au malheureux la protection de Brunnhilde.
Le contre-ordre n’est point du goût de la Valkyrie. Mais elle n’est que l’instrument aveugle des volontés paternelles et se soumet, du moins en apparence, lorsque Wotan s’est ouvert à elle de ses soucis, de ses mortelles angoisses. |
Le dieu s’est retiré. Brunnhilde attend à l'écart. Siegmound et Sieglinde arrivent. La femme est épuisée. Une halte est nécessaire. Siegmound met en sûreté sa compagne et se décide à attendre ici-même Hounding qui le poursuit et dont déjà on entend la meute. Pendant cette attente, la Valkyrie se dresse soudain devant lui. Elle lui annonce son destin. Il le brave. Il crie son mépris au Walhall; seul l'amour de Sieglinde lui importe. Brunnhilde l’implore : qu'il ait au moins pitié du fils qui croît au sein de son amante. En entendant qu'il est père, Sieemound a un geste de désespoir : s’il doit périr, que tous trois, père, mère et enfant, périssent ensemble, et déjà il brandit « Détresse » sur la femme endormie à son côté. Brunnhilde cède alors à son émotion. Elle désobéira à son père; elle luttera aux côtés de Siegmound.
Hounding est tout près. Déjà on entend sa voix... Siegmound court à sa rencontre. Leurs armes se croisent et l’on aperçoit la Valkyrie protégeant son héros. Mais Wotan apparaît dans la nuée. De sa lance il brise « Détresse ». Hounding frappe son adversaire désarmé, puis il s’abat, tué sous le mépris de celui qui vient de lui assurer la victoire. |
La Valkyrie n’a pas perdu un instant. Elle a pris en selle Sieglinde évanouie et fuit vers le rocher qui sert à ses sœurs et à elle de demeure. Mais Wotan s'aperçoit de la fuite et sa colère éclate. Sa fille a bravé sa volonté; pareil forfait exige un châtiment
exemplaire. Et il part à la poursuite de la coupable. Le rocher des Valkyries. Sept des huit sœurs sont bientôt réunies dans ce site sauvage, où on les voit arriver à travers les airs sur leurs chevaux ailés. Seule Brunnhilde manque encore et un terrible orage Le à l’horizon. Elle arrive enfin, au comble de ‘émotion, et prie ses sœurs de défendre Sieglinde contre Wotan qui la suit. Aucune ne l’ose, toutes l’abandonnent. Sieglinde elle-même ne demande que la mort. Mais Brunnhilde lui apprend qu'elle est mère, et alors la pauvre femme n’a plus qu’une idée : sauver la race de Wälse ! Pour cela le temps presse. Une seule retraite est sûre : la vaste forêt où Fafner, sous forme de dragon, garde l’anneau du Nibelung. Wotan nese hasarde jamais en ces parages. Brunnhilde donne donc son cheval Grane à la pauvre femme, qui s'enfuit sans perdre un instant.
Puis la Valkyrie coupable reste seule pour braver son destin.
Wotan arrive dans un état de surexcitation terrible. Il chasse toutes les Valkyries qui l’implorent pour leur sœur désobéissante. Resté seul avec elle il la condamne à une peine infamante : désormais sa divinité lui sera ravie. Endormie d’un sommeil magique au sommet du rocher, elle sera l’épouse et la servante du premier homme qui la rencontrera. Mais peu à peu il s’attendrit et le duo du père et de la fille est une des pages les plus sublimes qui soient sorties de la plume de Wagner. L’amour paternel prend le dessus et sans retirer sa sentence — il ne le peut — le dieu l’adoucit, à la demande de Brunnhilde, en défendant le sommeil de la vierge de façon si redoutable que seul un héros, ignorant de la peur, pourra parvenir jusqu’à elle. Ce héros, ni lui, ni Brunnhilde ne le nomment, mais tous deux savent quel il est : le fils de Siegmound et de Sieglinde.
A l'appel de Wotan, Lôgue paraît sous forme du feu qui ne s'éteint point. C’est lui qui montera la garde autour du Roc Ardent. Ses flammes en écarteront tous les cœurs accessibles à la peur. Et cette scène admirable se termine par un embrase-
ment qui pétille à l'orchestre et sur la scène, combinant l’enchantement des yeux et l’enchantement des oreilles.
Siegfried.
Représenté pour la première fois en allemand, à Bayreuth, le 16 août 1876 ; en français, à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra, le 3 janvier 1902.
PERSONNAGES : Siegfried ; Mime ; le voyageur (Wotan) ; Alberich ; Fafner (le dragon) ; Erda ; Brunnhilde; la voix de l’oiseau.
Des années se sont passées depuis que Wotan a endormi la Valkyrie au sommet du Roc Ardent.
Dans l’immense forêt où cache son trésor le géant Fafner, mué en dragon, Sieglinde est morte en enfantant dans d’indicibles souffrances un fils, Siegfried, le héros qui réalisera l’union du ciel et de la terre, des Ases et de l’humanité. L'enfant a été recueilli par le nain Mime, frère d’Alberich, type de ruse et d'intrigue, qui connaît la naissance de son fils adoptif et l'élève dans l’idée de l’utiliser à ses fins. Il sait que de cet enfant sortira le plus intrépide, le plus invincible des héros. Il a recueilli aussi les tronçons de « Détresse », l'épée magique qui se rompit au contact de la lance de Wotan. Il ne doute pas que Siegfried, en possession de cette arme, ne soit capable de tuer Fafner et de lui ravir l’anneau, dont il ignore la valeur. Reprendre ce jouet au jeune innocent doit être pour le malin Nibelung un jeu d'enfant. Mais deux soucis rongent le frère d’Alberich. D'abord, en dépit de toute la sollicitude qu’il a témoignée à Siegfried, celui-ci ne lui témoigne que haine et mépris. Ensuite et surtout, tout son art d’habile forgeron ne parvient pas à souder les tronçons du glaive brisé. Et tous les glaives qu'il forge pour le jeune homme, celui-ci les brise comme fétus et le raille de ne savoir lui fournir une arme digne de son bras. C’est à sa forge que nous voyons le nain, au lever du rideau. Il a forgé une nouvelle épée, mais ne se fait aucune illusion sur le sort qui attend ce chef-d'œuvre, auquel il a consacré tous ses soins.
see DE En
- Siegfried rentre, jeune, bruyant, exubérant. Il con- duit en laisse un ours dont il se sert pour faire peur au Nibelung. Il chasse ensuite l’animal qui tremble devant lui. Puis, d’un seul coup, il brise la nouvelle épée sur l’enclume, et accable ensuite de reproches le maladroit qui l’a forgée. Il lui pose soudain une question embarrassante: comment se fait-il que les petits des animaux ressemblent à leurs parents et que lui, Siegfried, ressemble si peu à celui qui se prétend son père ? Comment se fait-il que les petits des animaux aiént une mère et que lui, Siegfried, n’en ait point ? Le Nibelung, sous la menace, finit par avouer qu’il n’est pas le père de l'enfant qu’il a élevé : il l’a reçu d’une femme qui mourut en lui donnant le jour. Avec sa charge vivante, il reçut en don les tronçons du glaive qu'aucun art ne parvient à ressouder. Ce glaive, Siegfried devine que c’est l’arme qu’il attend, et il ordonne à Mime de le réparer à tout prix. Après quoi il s’élance dans la forêt. | Mime, resté seul, s’affaisse désespéré derrière son enclume. Entre alors un voyageur, qui n’estautre que Wotan, déguisé. Force lui est d'intervenir encore our orienter les événements vers les fins qu’il espère. | révèle donc à Mime, qui l’a reconnu, le secret de l'épée : seul celui qui n’a jamais connu la peur rejoindra les tronçons du glaive. Et de ce glaive, Mime périra. Ayant dit, le voyageur disparait dans la forêt. Peu après, Siegfried rentre. [] réclame l'épée. Mime, découragé, veut s'assurer si Siegfried est bien, comme il l’appréhende, celui qui seul peut ressusciter « Détresse ». Il interroge le jeune hommeet acquiert bientôt la conviction qu’à Siegfried la peur est inconnue. Même l’idée d’affronter le dragon Fafner ne cause au jeune héros qu'une fébrile joie, un désir ardent d'aventure. Dans son abattement, le Nibelung, oubliant toute prudence, laisse échapper le secret que Wotan vient de lui révéler. Dès qu'il sait que seul il est capable d'accomplir l’œuvre, Siegfried se met au travail. Il ordonne à Mime de souffler le feu de la forge. Puis, s’armant d’une lime et fixant les tronçons d'acier dans l’étau, il les réduit promptement en limaille qu’il jette au creuset. Il place ensuite celui-ci
dans le brasier et se met à souffler lui-même en lançant un chant joyeux aux échos. Bientôt, le métal est
en fusion ; il le verse dans un moule, puis, la lame étant trempée, il la rougit au feu et la forge à
grands coups sur l’enclume. Mime n'en croit pas ses.
yeux. Suant la peur, blotti dans un coin, il assiste au prodige. Enfin l’œuvre est achevée et Siegfried
brandit de nouveau « Détresse» devant le nain muet
de surprise. Pour en essayer le tranchant, il frappe l’enclume qu'il coupe en deux d’un seul coup de taille.
Le second acte se déroule au plus profond de la forêt, devant l’ouverture de l’antre où Fafner garde son trésor. Alberich surveille les abords dans la nuit. J1 sait que le vainqueur du géant approche et espère encore rentrer en possession de ce qu'il considère comme son bien, acquis au prix d’une lourde malédiction. Dans cette posture, il est accosté par le Voyageur et le reconnaît aussitôt. Il croit que Wotan vient lui disputer l’anneau et entre dans une violente colère. Wotan le détrompe. Ce n’est pas pour lui, désormais, qu’il convoite l’anneau. Que celui qui
pourra s’en assurer la possession en reste maître !
Alberich n’aura d’autres concurrents que Mime et que Siegfried lui-même. Le Voyageur passe.
Mime le suit bientôt, accompagné de Siegfried. Le jour commence à poindre. Alberich se dérobe à leurs regards. Après quelques conseils au jeune héros, Mime se cache à son tour et Siegfried reste seul à l'entrée de la caverne. Il se laisse un instant aller à la
rêverie. Les murmures de la forêt le plongent dans le
ravissement. Il songe à sa mère, essaie d'imaginer ce qu'elle devait être. Un oiseau chante; il voudrait
l’imiter et taille dans ce but des pipeaux, mais sans
succès. Il saisit alors le cor que Mime lui a donné et lance une joyeuse fanfare. Celle-ci a pour effet d'éveiller Fafner; l’effroyable dragon sort de sa caverne. Courte lutte, au bout de laquelle Siegfried enfonce «Détresse » jusqu’à la garde au cœur du monstre. En expirant, celui-ci lui révèle le secret du trésor caché dans la grotte.
ERA 537 De #1 pe “pi ÿ Mais une goutte de sang du dragon a brûlé la main du vainqueur. Il la suce et est émerveillé de s’apercevoir que, désormais, il comprend le langage de l'oiseau. C’est celui-ci qui va achever de l’instruire sur tout ce qu’il ignore : la puissance de l’anneau et du heaume., l’existence d’une femme idéale, endormie au sommet d’un rocher, sous la garde d’un feu dévorant.. Il comprend aussi les ruses de Mime qui, par des flatteries, espère le dépouiller des fruits de sa victoire. Dégoûté, il étend d’un coup d’épée le nain mort à ses pieds. Alberich s'enfuit en éclatant de rire. À la suite de l’oiseau qui lui montre la route, le héros s’élance vers le rocher de la Valkyrie. |
Au début du troisième acte, nous sommes au pied
du Roc Ardent. On entend gronder la tempête. Le
Voyageur attend l’événement décisif où va se jouer le
sort des humains et des dieux. Il consulte l'étrange
dormeuse-voyante Erda. Il lui révèle son désir ultime:
le crépuscule, la fin. Les dieux s’en vont, place à
l'humanité triomphante, place au couple Siegfried-
pop, émancipé définitivement de la tutelle des ses !
Erda a disparu, Siegfried approche. Il cherche sa route vers la vierge, à qui tout son être aspire. Soudain, le Voyageur se dresse devant lui et lui barre la route. « Détresse » s'était brisée sur la lance de Wotan; « Détresse» reforgée brise aujourd’hui la lance aux mains du maître des dieux : la route est libre devant l'Homme. Wotan ramasse tranquillement les tronçons de sa lance et s'éloigne. Siegfried s'élance joyeux dans l’océan de flammes.
La scène change. Quand la fumée se dissipe nous nous retrouvons dans le décor de la fin de la Va/kyrie. Brunnhilde est là étendue. Elle dort sous son bouclier, le casque ramené sur son visage, la lance au côté. Grane, son cheval, dort dans le bosquet voisin. Le héros enlève le bouclier, enlève le heaume d'où s'échappe un flot de cheveux d’or. Il recule effrayé :
il croyait trouver son semblable et n’a jamais vu de
femme. La crainte que le dragon n’avait su lui enseigner, il la connaît maintenant à la vue de l'épouse
promise. Il sait désormais comment était sa mère! u Tremblant, il tombe aux pieds de Brunnhilde et l’éveille d’un baiser. La vierge se dresse, salue le. soleil, salue le monde, salue son libérateur. Un dernier sursaut de révolte la secoue à la pensée de céder au maître que lui envoie le destin; mais ce. maître, c’est bien celui qu’elle attendait, celui auquel Wotan l’a réservée. Et elle subit la puissance de l'amour. Un sublime duo achève cette partition magistrale.
Le Crépuscule des dieux.
Représenté pour la première fois en allemand à Bayreuth, le 17 août 1876 ; en français à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra, le 23 octobre 1908.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Siegfried ; Brunnhilde; Gunther, roi des Gibichungs ; Gutrune, sœur de Gunther; Alberich ; Hagen, fils d’Alberich; les Nornes; les filles du Rhin.
L'action du Crépuscule des dieux s'enchaîne immédiatement à celle de Siegfried. Elle s'ouvre au matin de la nuit nuptiale de Siegfried et de Brunnhilde, sur le rocher de la Valkyrie. Au lever du rideau, il fait nuit encore ; les flammes qui lèchent le pied du rocher éclairent l’horizon de leurs reflets rougeâtres. Les trois Nornes — équivalent scandinave des trois Parques de la mythologie méditerranéenne — filent la destinée et devisent en phrases obscures. Ce prologue semble n'avoir d’autre but que d'expliquer sommairement au spectateur ce qui s'est passé dans les trois soirées précédentes, en admettant qu'il n’y ait pas assisté. A la fin dela scène, le câble rompt, symbolisant la fin d’une ère, et les Nornes fuient.
Le jour se lève. Siegfried et Brunnhilde sortent de la grotte où ils ont passé la nuit des épousailles. L’ex- Valkyrie donne son cheval Grane à son époux et l’envoie à de nouvelles prouesses. Siegfried passe au doigt de son épouse en gage de sa foi l’anneau — l’anneau du Nibelung — qu'il a repris à Fafner mort. Puis le héros s'éloigne et l'orchestre retrace son pas-
| sage au travers du feu, tandis que son cor fait un
temps retentir les échos.
Un entr'acte symphonique pendant le changement de tableau retrace le voyage de Siegfried sur le Rhin. Puis la scène se rouvre et nous apercevons la grande salle du palais de Gunther, au bord du fleuve. Gunther et Gutrune sont sur un trône. A leurs pieds est assis un sombre guerrier, Hagen, un fils que, sans amour, Alberich contraignit une mortelle, la propre mère de Gunther, à lui enfanter. Hagen insinue à son demi-frère qu’il devrait se marier, à Gutrune
u’elle devrait prendre un époux. Tous deux prêtent l'oreille au tentateur et voici que maintenant celui-ci leur dit la merveilleuse histoire de la vierge du Roc Ardent, de Siegfried le Wælsung, mais en ayant soin de taire la conquête de la première par le second. Siegfried possède en outre de sa vaillance, dit Hagen, un trésor inestimable, qui doit donner à son possesseur l'empire de l’univers. Grâce à ce talisman, seul il est à même de conquérir la Valkyrie.
«A quoi bon me tenter, puisque la Valkyrie ne peut être à moi », soupire Gunther mécontent.
« Mais ne l’épouserais-tu pas si le héros Siegfried la conquérait pour toi en échange de la main de ta sœur ? »
Et pour attacher Siegfried à Gutrune, Hagen rappelle à celle-ci qu’elle possède un philtre magique : quiconque en a goûté oublie toutes les femmes qu'il a vues auparavant pour aimer uniquement celle qui lui a versé le breuvage. La tentation est forte : frère et sœur y succombent, lorsque le cor de Siegfried descendant le Rhin se fait entendre au loin. Hagen
appelle le héros qui approche et reçoit de ses hôtes la
plus cordiale bienvenue. Le plan concerté est exécuté : Gutrune tend à Siegfried un breuvage magique. Dès qu’il y a trempé les lèvres, le souvenir de Brunnhilde s’efface de sa mémoire et il demande à Gunther la main de sa sœur, qui lui est joyeusement
accordée. Puis il propose à son futur beau-frère de
- Jui trouver la plus merveilleuse épouse : la vierge du
Roc Ardent ! Il jure avec Gunther l'alliance du sang.
Grâce au heaume qui permet les métamorphoses, il … trompera sa conquête sur son identité, de sorte que Brunnhilde croira avoir été conquise par Gunther lui-même.
Le serment solennellement juré, Siegfried repart, conquérir son épouse une seconde fois — pour un autre.
Hagen le regarde s'éloigner. Il exulte : le fils du Nibelung tient désormais sa vengeance; il reconquerra sous peu l'anneau enlevé à son père! Un nouveau changement de scène nous ramène au rocher . de Brunnhilde. L'orage gronde. De lourds pressentiments sont dans l’air. Soudain, un cheval aïlé aborde le rocher, et Waltraute, une sœur de Brunnhilde, en descend. Elle s’est échappée clandestinement du Walhall pour apporter à celle qui fut la préférée de son père de tristes nouvelles du séjour des dieux : elle seule peut sauver les immortels. Depuis sa déchéance, Wotan n’a plus envoyé ses belliqueuses filles sur les champs de bataille. Agité par une sombre inquiétude, il parcourt sans trève l’univers. Or, la veille, il est rentré tenant les tronçons de sa lance brisée dans sa main. D'un geste, il a ordonné d’abattre le frêne du monde et d'en construire un vaste bûcher autour du Walhall. Ceci fait, il s’est assis dans la salle du festin, les dieux à ses côtés, la foule des braves à l’entour. Nul ne parle, nul ne bouge, nul ne goûte aux pommes de Holda. Pâles d’angoisse, les dieux attendent. Pourtant Waltraute a entendu le père murmurer, comme se parlant à soi-même : «Si par Brunnhilde l’anneau au Rhin était rendu, ce serait le salut des dieux!» C’est pour rapporter ces mots à sa sœur qu'elle s’est évadée sans être vue. Et maintenant elle supplie : «Sauve les dieux, Brunn-! hilde, rends l’anneau!»
Brunnehilde s’y refuse avec orgueil. L’anneau, elle l’a reçu de son époux en gage d'amour. Périssent les dieux ! L’anneau restera à son doigt. Waltraute s’é- Jloigne au désespoir. La fatalité suit sa marche inflexible. | R
Un héros franchit le feu. Brunnhilde s’élance à
sa rencontre, car quel autre que Siegfried est capable de traverser la barrière? Mais un cri d'horreur s'échappe de sa gorge serrée : l’homme qui se dresse devant elle, elle ne le connaît pas! Siegfried, grâce au heaume, a pris la figure de Gunther. Sourd aux cris, aux supplications de la femme, il lui impose sa loi et la contraint à partager sa couche, non sans lui avoir arraché de force l'anneau que lui-même lui donna. Mais, fidèle à l'ami, il tire sa loyale «Détresse » et la place entre lui et celle qu’il a conquise pour son frère d'armes.
Le second acte nous ramène chez Gunther. Il fait nuit, Hagen et Alberich tiennent un mystérieux conciliabule. Les mailles du sinistre complot se resserrent autour de l’innocent Siegfried. Aux premiers feux de l’aurore, Alberich disparaît.
Soudain Siegfried se dresse devant Hagen qui tressaille. Trop pressé de retrouver Gutrune pour suivre la route du Rhin, le héros a utilisé la vertu du heaume, qui transporte son possesseur .instantanément d’un lieu à un autre. Gunther et Brunnhilde suivront bientôt. Echange de propos d'amour entre Siegfried, confiant, l’œil clair, et Gutrune, que de vagues remords commencent à inquiéter.
Resté seul, Hagen embouche sa corne et appelle les vassaux à la double noce : noce de Gunther et de Brunnhilde, noce de Siegfried et de Gutrune. De toutes parts débouchent des hommes armés. Le palais est plein lorsque débarquent Gunther, le front pensif, Brunnhilde, renfermée en un morne silence.
Soudain, la Valkyrie lève les yeux et aperçoit Siegfried aux côtés de Gutrune. Elle hésite à croire ce qu’elle voit : Siegfried infidèle! Devant tous elle jure que seul Siegfried est son époux. Elle reconnaît à son doigt l’anneau qui lui fut arraché et comprend maintenant la fraude. Gunther s’effondre sous la honte, mais ne peut se convaincre que Siegfried soit parjure. Hagen s’avance alors et s'offre comme justicier : si vraiment Siegfried a menti, il lui est échu comme - victime, car c’est lui, Hagen, qui fut témoin du ser- 4 ment du sang. Fort de son innocence, Siegfried
LADA TA
DADY + RICHARD WAGNER
jure à nouveau, puis il entraîne Gutrune, laissant
Brunnhilde anéantie.
L’épouse trahie cherche à pénétrer le mystère. Elle accepte le fer de Hagen comme instrument de sa
vengeance et indique au meurtrier le moyen d’avoir.
raison du coupable : Siegfried n’est vulnérable qu’au
dos. :Or il faut qu'il. meure pour lhonneur/des
Brunnbhilde, pour l’honneur de Gunther, pour l’honneur de Gutrune. Toutefois, pour épargner une trop grande douleur à cette dernière, on feindra un accident de chasse.
Le tableau s’achève sur le cortège nuptial de Siegfried et de Gutrune.
La scène change encore et représente maintenant
une gorge au bord du Rhin, dont on aperçoit les ondes tranquilles. Les trois ondines évoluent près de la rive. Elles guettent l’arrivée de Siegfried, à la main de qui brille l’or ravi à leur garde. Il arrive, naïf, innocent, comme un grand enfant, et se plait d’abord à leurs jeux. Mais quand elles lui demandent l'anneau, il refuse. Et lorsqu'elles menacent, lui annonçant que l’anneau fatal causera sa mort prochaine, il refuse plus obstinément encore. Elles s’enfuient alors et Siegfried reste seul. ; Pas longtemps, car la chasse dont il s'était éloigné s'approche. L'heure de Hagen a sonné. Il pousse la victime à raconter ses aventures, ce que Siegfried fait volontiers. Puis, lorsque le récit arrive à la conquête de Brunnhilde, le -rusé fils du Nibelung fait boire au conteur un breuvage qui lui rend la mémoire. Siegfried poursuit et, devant les vassaux confondus, il dit l'éveil de la Valkyrie... Son œil se perd dans le rêve, et Hagen, saisissant l’occasion, lui enfonce dans
Je dos son épieu. Le héros meurt en murmurant le
nom de Brunnhilde.
La scène s’obscurcit de nuées. Un convoi funèbre s'organise. Porté sur une civière, le cadavre de Siegfried disparaît lentement à la vue, tandis que la scène se voile tout à fait et que retentit la célèbre marche funèbre popularisée par le concert.
Les vapeurs s’écartent et laissent voir pour la
troisième fois la rive du Rhin devant le palais de
. Gunther. La nuit est tombée. Inquiète, Gutrune sort -du logis pour guetter le retour de son époux. Elle
cherche dans son angoisse Brunnhilde, mais celle-ci n'est pas dans sa chambre. Hagen est soudain devant elle et lui annonce la mort de Siegfried à la chasse.
* La pauvre veuve n'est pas dupe de l’accident et devine
en Hagen le meurtrier. Elle l’accable de reproches. Hagen se redresse alors et revendique son acte : oui, il a tué, et ce fut justice, le parjure qui trahit tous ses serments ! Et lorsque arrive le cadavre, il se précipite sur lui pour lui arracher l’anneau. Gunther voulant s’y opposer, il tue son demi-frère et va saisir la main du mort lorsque celle-ci se dresse menaçante. Il recule alors épouvanté.
Mais Brunnhilde s’est avancée d’un pas solennel. Elle écarte tous les assistants. Gutrune aussi comprend maintenant que son philtre fut la cause initiale de tout le mal. Elle s'effondre en sanglotant sur le cadadre de son frère.
D'un geste de reine, Brunnhilde ordonne aux vassaux de dresser un vaste bûcher. Là brülera le corps du héros. Là le rejoindra sa légitime compagne. Là sera détruit tout ce qui lui a appartenu. Car elle comprend, maintenant, tout lui est révélé : il fallait que périît l’innocent pour expier d’anciennes fautes qui ne furent pas siennes. Elle comprend la culpabilité des dieux et la malédiction de l’anneau. Cet anneau, elle le rendra au Rhin avec ses cendres, et, en lançant la torche dans le bücher, elle embrasera du même coup celui que Waltraute vit édifier autour du Walhall.
Après un dernier adieu à l'époux, elle enflamme la haute pile de bois; puis elle saisit son cheval par la bride et bondit avec lui dans le brasier. Le feu éclate et semble envahir toute la scène. Lorsqu'il s’apaise, les flots du Rhin s’enflent, montent, et des cendres les Nixes recueillent l'anneau. Quand il voit qu’il lui échappe, Hagen ne se contient plus, il se lance à la poursuite des ondines, qui l’enlacent et l’entrainent dans les profondeurs. Les éléments se calment alors,
la paix renaît sur la terre. Mais, dans le ciel, une
vision a surgi : ce sont les dieux, tels que les a déeints Waltraute, mornes et silencieux. Les flammes .
es environnent, et le Walhall s'effondre, tandis qu'à
l'orchestre la symphonie déchaîne la magnificence de toutes ses voix unies, sur lesquelles plane le motif de l'amour rédempteur et de l’humanité triomphante.
Parsifal.
Trois actes, poème allemand et musique de R. Wagner, version française de Victor Wilder.
Représenté pour la première fois en allemand à Bayreuth, ie 26 juillet 1882; en français à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra, le 2 janvier 1014.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Amfortas ; Titurel ; Gournemans ; Parsifal; Klingsor; Koundry.
La scène se passe d’abord dans le burg et sur les domaines du Grâl, à Montsalvat, sur le versant septentrional des montagnes de l’Espagne gothique ; ensuite dans le château magique de Klingsor, sur ie versant méridional de ces montagnes, tourné vers l’Espagne mozarabe.
La donnée de Parsi fal est purement mystique. Elle a été empruntée par Wagner aux vieux romans de chevalerie. La légende raconte que des anges, pour récompenser la fidélité de Titurel, ont confié à sa garde la lance dent fut percé le sein de Jésus-Christ sur la croix, ainsi que le vase — le Grâl — où fut recueilli le sang répandu par la blessure du Sauveur. Pour former à ces précieuses reliques une défense digne d'elles, Titurel a rassemblé autour de lui une sainte confrérie, les chevaliers du Grâl, et construit dans une retraite inaccessible un sanctuaire, Montsalvat. Là, le temps se partage entre la méditation, la prière, et la protection des causes saintes. Une fois l'an, le maitre du Grâl accomplit un mystérieux office : devant les chevaliers assemblés, on lui apporte la châsse où le Grâl est conservé à l’abri des regards profanes. Avec ce calice, vénérable entre tous, il célébre alors la Cène, et lorsqu'il élève le sang divin au moment du sacrifice, une colombe apparait
. RICHARD WAGNER Fées DD sus de l'officiant, un rayon tombe de la voûte, et le sang se met à luire d’un vif éclat, baignant les fidèles de sa lumière empourprée. Ce miracle redonne à tous foi, vigueur et courage pour les luttes venir.
. Titurel, devenu vieux, a passé ses fonctions sacerdo- tales à son fils Amfortas, homme zélé, mais trop confant en soi, voire téméraire, dont l’imprudence a attiré sur Montsalvat et les chevaliers du Grâl une épouvantable catastrophe. cn Un nommé Klingsor, homme aux sentiments im- purs, ayant tenté de se faire admettre au rang des chevaliers du Grâl, s'était vu repousser. Pour se venger, il recourut aux artifices de la magie et construisit non loin de Montsalvat, avec l’aide des puissances infernales, un jardin de délices qu'il peupla des plus dangereuses séductrices, non sans s'être préalablement immunisé contre leurs tentations en sacrifiant criminellement sa virilité. Par ses noires pratiques, il : + s’asservit Koundry et en fit la plus précieuse de ses auxiliaires dans ses entreprises contre les chevaliers de la pureté et de la lumière. Cette Koundry est sous le coup d’une terrible malédiction pour avoir ri au passage de Jésus se rendant à Golgotha. Depuis, elle cherche en tous lieux son pardon, elle tend les bras à Celui qu'elle offensa, puis elle rit dans son délire, et quand elle s’éveille c’est pour trouver une nouvelle victime entre ses bras. Seul la délivrera celui qui saura résister à ses charmes infâmes.
Avec l'assistance de Koundry, Klingsor a déjà su enlever à Montsalvat de nombreux défenseurs, qui vivent aujourd’hui honteusement au sein de la volupté, dans les bras des Filles-Fleurs. Amfortas, l’imprudent, osa braver le magicien et s’avancer jusque sur ses domaines, la Sainte-Lance à la main. Lui aussi suc- comba à Koundry, et se vit enlever la précieuse reli- que par l’immonde Klingsor. Il est rentré à Mont- salvat, toutefois, et continue à y officier én qualité de pontife, mais à son flanc saigne sans cesse la blessure; toute semblable à celle du Sauveur, que lui fit l’infernal magicien, avec la même arme. Cette blessure