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lui cause d’épouvantables tortures, qui deviennent tout à fait intolérables lorsqu'il doit, en accomplissement des devoirs de sa charge, élever le Saint Gràäl pour le réconfort de ses frères. Seule la vue du sang divin luisant dans le sanctuaire conserve encore la … vie au vieux Titurel ; seule elle maintient un reste de force à la sainte confrérie. |
Quant à Koundry, entre ses crises de possession, le remords la dévore. Elle erre auprès des chevaliers du Grâl, comme une humble sauvagesse, et leur rend tous les services que peut imaginer sa soif d’adoucir les maux causés par elle. Puis, soudain, un engourdissement la saisit : c'est le magicien qui l'appelle pour une nouvelle œuvre de damnation, et sa malédiction la contraint à obéir. :
Pourtant, une prophétie est venue d'en haut à Amfortas dans une de ses heures d'angoisse. Une voix a murmuré à son oreille ces mots : « [nstruit par la pitié, le Simple-Pur, attends-le, celui que jai choisi! » Donc, il y a espoir de délivrance ; mais d'où et comment viendra cette délivrance?
Telle est la situation au moment où s'ouvre le drame de Wagner. |
Une forêt dans les domaines du Grâl. A l’arrièreplan scintille la nappe d’un lac tranquille. Gournemans, un vigoureux vieillard et deux écuyers dorment sous un arbre. C’est l’aube, et au lointain une fanfare sonne le réveil. Les dormeurs se lèvent et s'apprêtent à recevoir le cortège accompagnant la litière d'Amfortas. Le bain matinal procure quelque soulagement aux souffrances du blessé.
Koundry accourt échevelée, au grand galop d'un cheval. Du fond de l’Arabie elle apporte un baume précieux et le tend à Gournemans. Puis elle se jette à terre comme une bête fourbue. Le cortège du roi approche maintenant. On entend la plainte du malheureux. 11 se réconforte en se remémorant la prophétie... mais le doute est entré dans son âme.
Le dialogue qui suit a pour objet de nous apprendre tout ce qui a été dit plus haut. {1 est interrompu par le vol d’un cygne, qui vient s’abattre sur la scène et
. Va transpercé : forfait inouï, car dans la forêt du Grâl les bêtes sont sacrées. Le criminel ne tarde du reste . pas à paraître, amené captif par quelques chevaliers.
expire dans les bras de quelques écuyers. Une flèche
C’est un grand garçon, aux yeux innocents et purs,
qui ne paraît pas avoir le moins du monde conscience
. de sa culpabilité. Interrogé, il déclare qu'il tire au vol
tout ce qu’il voit. Gournemans tente d’éveiller sa pitié et y réussit sans peine. Sans mot dire, l'inconnu brise son arc et ses flèches en signe de repentir. On le questionne sur son père et sa mère. [l n’a jamais connu le premier. La seconde, il l’a perdue en suivant de brillants cavaliers qu'il vit un jour passer dans la clairière. Ses réponses le montrent d’une ignorance complète, d’une naïveté d'enfant. Comme on parle de sa mère, Cœur-Dolent, Koundry se soulève et déclare qu'elle a vu mourir la pauvre femme. À ces mots, d’un mouvement impulsif, le Simple s’élance sur Koundry et l’étranglerait si on ne l’en empêchait. Après quoi, saisi d’un violent tremblement, il se trouve mal et Koundry court à son aide, s’attirant ainsi l’approbation de Gournemans; mais elle proteste avec horreur : jamais elle ne fait le bien ! Qu'on la laisse en repos !
Le roi revient du lac. Le bain l’a calmé. Pendant ce qui précède, Gournemans a longtemps contemplé l’inconnu : serait-il, par hasard, le Pur-Fol annoncé? PP aut-tenter l'épreuve: resté seul avec le: jeune homme, il l'invite à le suivre et à regarder avec
attention ce qui se passera SOUS ses yeux.
Le décor commence à se mouvoir. Les personnages immobiles ont l’air d'avancer. Le bois se fait autour d'eux plus touffu, puis des rochers paraissent et finalement une large cavité sombre s'ouvre, qui va s'é-
clairer peu à peu et laisser voir l’intérieur du sanc-
tuaire de Montsalvat. C’est là qu’en présence du Simple immobile et muet, va se dérouler la solennité annuelle de l'élévation du Grâl. Parsifal regarde de tous
ses yeux, mais sans paraître comprendre. Pourtant, au grand cri de douleur et de désespoir d’Amfortas lors-
que se rouvre sa blessure, il a porté la main à son
est restée inconsciente et ne déroulera que plus tard ses effets. Lorsque, la cérémonie terminée, les cheva-
liers ont vidé la coupole, Gournemans s'adresse à son
compagnon, et, découragé en voyant qu'il n’a rien compris, il le chasse avec mauvaise humeur. ra” Le deuxième acte s'ouvre par un court tableau au sommet d’une tour où Klingsor a établi son observatoire. Le Simple approche et le magicien en est averti. Il sait qu'avec lui il aura affaire à forte partie. II réveille donc Koundry de son sommeil léthargique et lui enjoint de se mettre à l’œuvre. Elle a un mouvement de résistance, vite mâté par le maître. On la voit disparaître lentement dans les profondeurs d’où, un instant, elle émergea, vision douloureuse. | La scène change et nous sommes transportés dans les jardins enchantés de Klingsor, en plein tourbillon de Filles-Fleurs. L’alarme vient d’être donnée : un ennemi approche. Il a déjà blessé plusieurs : des défenseurs de l'enceinte et bientôt il apparaît, tranquille et étonné, sur le parapet du mur. Les Filles- Fleurs l’appellent et tentent de le séduire. Leur art glisse sur sa cuirasse d’innocence. Visiblement, il … faut pour triompher de cet adversaire une séductrice plus habile : Koundry paraît et renvoie tout le monde. La scène qui suit entre le Pur-Fol et la maudite est une merveille. Tour à tour, Koundry use de toutes ses armes, évoque le souvenir de Cœur-Dolent, révèle à … l'Innocent son nom — Parsifal —et finit par lui donner le baiser auquel nul avant lui n’a résisté. Mais l’effet est le contraire de ce qu’elle attend. La révélation de la volupté produit à Parsifal l'effet d’une souffrance et . évoquedevant ses yeux l’image d’Amfortas. Par la Pitié,
le Simple est devenu «Sachant» (durch Mitleid wis-
send). Désormais, 1l connaît sa mission et toutes les tentations de Koundry resteront vaines. Au désespoir de la possédée, à sa frénésie, il opposera une fermeté d’airain. Au paroxysme du désir, Koundry prononce alors la malédiction fatale : jamais Parsifal ne retrouvera le chemin de Montsalvat! Au même instant Kling-
A L D] e 0 D sor paraît, brandissant la Sainte-Lance. Il vise Parsi-
Pur, qui s’en saisit et part, non sans avoir d’un ne de croix transformé en un désert le jardin de
D elices. Une. dernière fois 11 se retourne et dit à
oundry effondrée : « Tu sais où tu peux me re-
trouver!»
. La malédiction de Koundry a porté: vingt ans, Parsifal a erré par tous les chemins, sans jamais retrouver celui de Montsalvat. Au début du troisième acte, nous sommes au matin du Vendredi-Saint et
nous apercevons un Coin gracieux et tranquille des domaines du Grâl. Une source à droite; à gauche, une. pauvre cabane d’où sort Gournemans, un Gourne-
nemans tout blanchi par les ans. Il lui semble avoir entendu un gémissement, et le son de la voix ne lui est pas inconnu. [l va à un épais buisson, en écarte les branches et découvre Koundry en léthargie, vêtue
d’une robe de pénitente en bure grossière. Il s’em-
presse auprès d’elle et bientôt elle reprend ses sens. Son expression est bien différente de ce qu’elle était jadis. Elle se lève et prend immédiatement l'attitude d’une servante. À Gournemans qui l’interroge, elle
ne répond qu’un mot : «Servir!» Jusqu'à la fin de
l’acte et du drame, elle n’ouvrira plus la bouche.
Pendant que Koundry pourvoit aux besoins de l’ermite, un sombre chevalier, la visière baissée, l’armure noire, avance tenant à la main la Sainte-Lance inclinée. Arrivé sur le devant de la scène, il reste immobile. Gournemans le contemple avec surprise, mais n’en obtient pas de réponse. Il lui apprend alors qu'il
se trouve sur terre sacrée et n’a pas le droit d'y péné-
trer en armes ; aujourd’hui surtout, le jour saint entre tous où Jésus mourut sur la croix! pat Parsifal —- car c’est lui — a entendu. Il plante en terre la lance, dépose à son pied l’armure etle heaume, puis s’agenouille et tombe en prière. Gournemans, stupéfait, fait signe à Koundry : N'est-ce pas le Simple qui jadis tua le cygne ? Koundry fait «oui» de la tête.
Mais, soudain, Gournemans tressaille : il a reconnu Ja Sainte-Lance ! |
mais l'arme reste suspendue au-dessus de la tête
550 RICHARD WAGNER ee
longue route sur les sentiers de l’erreur. Il demande
à être conduit vers celui dont il doit apaiser la souffrance. Au comble de la joie et de l’exaltation, Gour-
nemans s'offre à guider ses pas. Il lui dit la désolation de Montsalvat, où Amfortas se refuse obstinément à célébrer le saint sacrifice, espérant ainsi obtenir de la mort la délivrance à sa torture. Pourtant il vit encore, mais Titurel, lui,.est mort. Pour ses funérailles, Amfortas, cédant aux supplications des chevaliers, a consenti à élever une dernière fois le Grâl, et cela aujourd’hui même. Avant de partir, Parsifal se fait oindre roi par Gournemans, puis il donne à Koundry le baptême, qu’elle reçoit en pleurant abondamment.
Ici se place cette merveille des merveilles : l’enchantement du Vendredi-Saint, une inspiration vrai- ment surhumaine de Wagner. > |
Les trois pèlerins se mettent en marche. Le changement de décor du premier acte se renouvelle et ramène le décor de la basilique, où l’on célèbre les funérailles de Titurel. Amfortas s'apprête à remplir son office; mais au moment suprême, il a un sursaut de révolte et de désespoir. Arrachant sa tunique, il demande à ses frères de le percer de leurs épées. Tous gardent un silence consterné, sans voir que de nouveaux personnages sont entrés. Parsifal, du bout de la Sainte-Eance, touche la blessure d’Amfortas. On voit alors le visage du malade s’éclairer . d’un rayonnement divin. Il chancelle ; Gournemans le reçoit dans ses bras. Poursuivant sa mission, Parsifal prend la place de celui qu'il vient de guérir et ordonne de découvrir le Grâl. Les chevaliers se groupent autour de lui, devenu le sommet d’une pyramide humaine. L’obscurité se fait, le Grâl s’illumine, tan-. dis que résonnent de sublimes harmonies. La colombe descend et plane sur la tête de Parsifal. Koundry, les yeux levés sur son vainqueur, s’affaisse lentement et tombe inanimée sur le sol. Le rideau se ferme petità-petit sur un tableau de sainte extase.
DE
CARL-MARIA VON WEBER or
Carl-Maria von Weber.
Né à à Eutin, dans le grand-duché d’Oldenbourg, le
18 décembre 1786, mort à Londres, le 5 juin 1826. Le pre-
mier romantique musical, dont le Freischütz fut le point de départ de l’évolution du drame lyrique qui devait aboutir à Wagner.
| | ; Le Freischütz.
Opéra en trois actes et cinq tableaux, paroles allemandes de Johann-Friedrich Kind, version française d’Emilien Pacini, musique de C.-M. von Weber.
Représenté pour la première fois en allemand à Berlin, le 18 juin 1821 ; en français à Paris, sous une forme muti- lée et dénaturée et sous le titre de Robin des Bois, texte mu de Castil-Blaze et Sauvage, sur le théâtre de l’Odéon, Ie 7 décembre 1824; dans la version actuelle de Pacini sur le théâtre de l’Académie royale de musique, le 7 juin 1841.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Gaspard, premier garde-chasse ; Max, deuxième garde-chasse; Kilian, jeune paysan; un ermite ; Samiel, le chasseur noir ; Ottokar, prince de Bohême; Kouno, son maître de chasse; Agathe, fille de Kouno; Annette, jeune parente.
La scène se passe en Bohême, peu de temps après la guerre de Trente ans. ;
Au premier acte, nous assistons à la victoire de Kilian, proclamé roi du tir contre son concurrent le
garde-chasse Max. Max est désespéré, car il aime Agathe, fille de Kouno, le maître de chasse du prince de Bohême Ottokar, et la main d’Agathe doit appartenir à qui sortira vainqueur du concours de tir. Agathe, de son côté, aime Max et compte sur sa victoire; aussi le garde-chasse est-il prêt à tout pour assurer son triomphe. Dans cette situation d'esprit, il accueille les conseils de Gaspard, son collègue. Ce
. Gaspard a conclu un pacte avec le diable, qui figure dans la pièce sous les traits de Samiel, le « chasseur noir ». Ce pacte arrive le soir même à échéance, à moins que Gaspard n’obtienne un sursis. Et Gaspard a songé à Max. Il lui propose, après l'avoir fait boire, de se rendre le soir même, à minuit, dans la Gorge- du-Loup, endroit redouté des âmes pieuses. Là, après
CARL-MARIA VON WEBER diverses pratiques ténébreuses, il obtiendra sept balles. magiques, dont les six premières atteindront à coup sûr le but ; la septième appartiendra au chasseur. noir, qui pourra en frapper qui il lui plaira. Et pour. prouver l'efficacité de ces balles, Gaspard donné à Max la dernière qu'il possède et l'invite à tirer au vol un aigle qui passe hors de portée. Max tire et l'aigle tombe mort à ses pieds. Dans son affolement, l’'amoureux Max accepte de se rendre à minuit dans la Gorge-du-Loup. Se Le second acte s'ouvre dans la chambre d'Agathe, …
qui a été blessée de bien étrange façon : à sept heures, soit à l'instant même où Max abattait l'aigle, un tableau s’est détaché du mur et est tombé sur elle. Heureusement la blessure est insignifiante. La jeune fille travaille à sa toilette de mariée, car c’est le lendemain qu’elle doit épouser le roi du tir. Elle adresse
au ciel d’ardentes prières pour que ce roi soit l'élu de son cœur, Max, dont elle attend la visite. Sa compa-
gne Annette, en dépit de tous ses efforts, ne parvient pas à chasser de noirs pressentiments qui l’accablent. Enfin Max arrive. [l est soucieux et sombre. Au
bout de peu de temps, il prend congé de sa fiancée et lui annonce qu'il se rend dans la Gorge-du-Loup. Agathe essaie en vain de l’en dissuader : il s’arrache.
à ses bras et s’éloigne. | È Le décor change : nous sommes à la Gorge-du- Loup. Sombre paysage du plus pur romantisme.
Cascade tombant de hauts rochers, orage dans le ciel, ténèbres, hiboux aux yeux flamboyants, chœur d'esprits invisibles. Gaspard trace un cercle magique et
se livre à divers maléfices. Il évoque le chasseur maudit, qui surgit soudain d’un roc éventré. Il lui demande un sursis. Le chasseur l’accorde à condition que Max vienne prendre sa place. Et précisément Max paraît. Il hésite. Des apparitions sinistres s'efforcent de le faire reculer. Gaspard finit pourtant . par triompher de ses hésitations et le garde-chasse assiste dans le cercle magique à la fonte des balles enchantées. La fonte de chaque balle est accompagnée de signes terrifiants. Lorsque tombe la septième,