‹ Les chefs-d'vre lyriques de Pierre de Ronsard et de son écoleChapitre 19 sur 36 · LOUVE · texte numérisé non relu

LOUVE

TOUT ce qu'ici la nature environne Plus tôt il nait moins longuement il dure : Le gai printemps s'enrichit de verdure, Mais peu fleurit l'honneur de sa couronne.

L'ire du ciel facilement étonne Les fruits d'été, qui craignent la froidure : Contre l'hiver ont l'écorce plus dure Les fruits tardifs, ornement de l'automne.

De ton printemps les fleurettes séchées Seront un jour de leur tige arrachées, Non la vertu, l'esprit et la raison.

A ces doux fruits, en toi mûrs devant l'âge, Ne fait l'été, ni l'automne dommage, Ni la rigueur de la froide saison.

SI notre vie est moins qu'une journée En l'éternel, si l'an qui fait le tour Chasse nos jours sans espoir de retour, Si périssable est toute chose née,

L'ECOLE DE RONSARD

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?

Pourquoi te plait l'obscur de notre jour, Si pour voler en un plus clair séjour Tu as au dos l'aile bien empennée ?

Là est le bien que tout esprit désire, Là le repos où tout le monde aspire, Là est l'amour, là le plaisir encore.

Là, ô mon âme au plus haut ciel guidée,

Tu y pourras reconnaître l'idée

De la beauté qu'en ce monde j'adore.

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