‹ Les chefs-d'vre lyriques de Pierre de Ronsard et de son écoleChapitre 27 sur 36 · JEAN PASSERAT · texte numérisé non relu

JEAN PASSERAT

Et, en fuyant, nos meilleurs ans Bien loin emporte.

Quand ridée un jour tu seras,

Mélancolique, tu diras :

J'étais peu sage,

Qui n'usai point de la beauté

Que sitôt le temps a ûté De mon visage.

Laissons ce regret et ce pleur

A la vieillesse ; Jeunes, il faut cueillir la fleur

De la jeunesse.

Or que le ciel est le plus gai, En ce gracieux mois de mai.

Aimons, mignonne ; Contentons notre ardent désir :

En ce monde n'a du plaisir

Qui ne s'en donne.

Sur /a mort de Thulène, fou du roi

SIRE, Thulène est mort: j'ai vu sa sépulture, Mais il est presque en vous de le ressusciter. Faites de son état un poète hériter :

Le poète et le fou sont de même nature.

L'un fuit l'ambition et l'autre n'en a cure ; Tous deux ne font jamais leur argent profiter ; Tous deux sont d'une humeur aisée k irriter ; L'un parle sans penser, et l'autre à l'aventure.

L'un a la tète verte, et l'autre va couvert

D'un joli chaperon fait de jaune et de vert ;

L'un chante des sonnets, l'autre danse aux sonnettes ;

lOI

L'ECOLE DE RONSARD

Le plus grand différend qui se trouve entre nous, C'est qu'on dit que toujours fortune aime les fous, Et qu'elle est peu souvent favorable aux poètes.

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