JEAN PASSERAT
Et, en fuyant, nos meilleurs ans Bien loin emporte.
Quand ridée un jour tu seras,
Mélancolique, tu diras :
J'étais peu sage,
Qui n'usai point de la beauté
Que sitôt le temps a ûté De mon visage.
Laissons ce regret et ce pleur
A la vieillesse ; Jeunes, il faut cueillir la fleur
De la jeunesse.
Or que le ciel est le plus gai, En ce gracieux mois de mai.
Aimons, mignonne ; Contentons notre ardent désir :
En ce monde n'a du plaisir
Qui ne s'en donne.
Sur /a mort de Thulène, fou du roi
SIRE, Thulène est mort: j'ai vu sa sépulture, Mais il est presque en vous de le ressusciter. Faites de son état un poète hériter :
Le poète et le fou sont de même nature.
L'un fuit l'ambition et l'autre n'en a cure ; Tous deux ne font jamais leur argent profiter ; Tous deux sont d'une humeur aisée k irriter ; L'un parle sans penser, et l'autre à l'aventure.
L'un a la tète verte, et l'autre va couvert
D'un joli chaperon fait de jaune et de vert ;
L'un chante des sonnets, l'autre danse aux sonnettes ;
lOI
L'ECOLE DE RONSARD
Le plus grand différend qui se trouve entre nous, C'est qu'on dit que toujours fortune aime les fous, Et qu'elle est peu souvent favorable aux poètes.