VAUQUELIN DE LA FRESNAYE
Et puis ainsi je dis : " O Dieu, qui tiens unie
De si ferme union notre amitié bénie,
Permets que jeune en nous ne vieillissse l'amour ;
Permets qu'en t'invoquant, comme jusqu'àcette heure, Augmente notre amour d'amour toujours meilleure, Et telle qu'au premier, soit-elle au dernier jour !
ENTRE les fleurs, entre les lis Doucement dormait ma Philis, Et tout autour de son visage Les petits Amours, comme enfants, Jouaient, folâtraient, triomphants.
Voyant des cieux la belle image.
J'admirai toutes ses beautés, Egales a mes loyautés.
Quand l'esprit me dit en l'oreille :
Fou, que fais-tu ? le temps perdu Souvent est chèrement vendu, S'on le recouvre c'est merveille.
Alors je m'abaissai tout bas, Sans bruit je marchai pas à pas, Et baisai ses lèvres pourprines :
Savourant un tel bien, je dis Que tel est dans le paradis Le plaisir des âmes divines.
La Religion
QUELLE es-tu, dis-le moi, si pauvrement vêtue? Je suis Religion, fille de Dieu connue. Pourquoi l'habit as-tu d'une si pauvre laine ?
L'ECOLE DE RONSARD
Pour ce que je méprise une richesse vaine. Quel livre portes-tu ? Les loix de Dieu mon père, Où de ses Testaments est compris le mystère. Pourquoi l'estomac nu ? Découvrir la poitrine Convient à moi qui veux une blanche doctrine. Pourquoi sur cette Croix t'appui'-tu charitable ? La Croix m'est un repos qui m'est fort agréable. A quelle fin es-tu de ces ailes pourvue ? J'apprends l'homme à voler au dessus de la nue. Pourquoi si rayonnante es-tu de belles flammes ? Les ténèbres je chasse au loin des saintes âmes. Pourquoi ce mors de bride ? Afin que par contrainte J'arrête la faveur de l'âme en douce crainte. Et pourquoi sous tes pieds foules-tu la mort blême ? A raison que je suis la mort de la mort même.
AMADIS JAMYN
A V énus^ pour in Paix
FILLE de Jupiter, mère d'Amour vainqueur, O des hommes et dieux la volupté féconde, Qui de tant d'animaux repeuple tout le monde, (Monde sans ta liesse un solitaire horreur !)
Bride, si tu le peux, la terrible fureur Qui court dessus la terre et sur la mer profonde ; Et avec les rayons de ta lumière blonde Tempère de ton Mars l'audace et la terreur.
Quand tout souillé de sang et de sueur poudreuse Ses armes il dépouille et sa colère affreuse. Pour boire avec ses yeux tes beautés à longs traits
AMADIS JAMYN
Quand il baise ton col, lors avec telle grâce Pri'-le s'en retourner aux montagnes de Thrace, Qu'il laisse notre France en un siècle de paix.