IH NOTICE
Villon sut le firerjiier, dans ces siècles grossiers, D'^iruinller l'art confus de nos vieux romanciers... Enfin Malherbe vint et, le premier au France, Fit sentir dans les vers une juste cadence. D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir, Et réduisit la Muse aux règles du devoir. Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée,...
Entre les deux premiers de ces vers et les suivants, il y a l'incroyable jugement sur Ronsard que nous retrouverons tout à l'heure. Mais déjà Bertaut est vengé, par une simple comparaison de textes, de l'emprunt que Boileau lui a fait, sans lui emprunter toutefois sa ferveur, son souffle ni ses images, en un mot sa poésie.
Mlle de Gournay (1566-1645), la fille adoptive de Montaigne, défendra de même la langue et le lyrisme du chef de lu Pléiade: "Je sors d'un lieu, écrit-elle, où j'ai vu jeter au vent les vénérables cendres de Ronsard et des poètes ses contemporains, autant qu'une impudence d'ignorants le peut faire, brossant en leurs fantaisies, comme le sanglier échauffé dans une forêt." Et plus loin, toujours dans sa Défense de la Poésie et du Langage des Poètes : " Voilà donc que, si ces écrivains nouveaux-venus aff'ectent en leur travail autre chose qu'une épineuse et triste difficulté, c'est de parler en Poésie à la mode qu'une fillette parle en prose, sinon plus servilement et scabreusement.''
Oh ! la belle colère ! Et pour juste récompense l'ombre de Ronsard inspirera un jour à son enthousiaste championne un quatrain admirable sur .leanne d'Arc, quatre vers dignes de l'immortalité.
Nous ne savons pas grand chose du poète Claude Garnier, si ce n'est que, ayant dans sa jeunesse connu Ronsard, il lui voua un culte toute sa vie; qu'il fut le premier à recueillir, pour l'édition posthume de 1603, les vers retranchés par Ronsard de la dernière impression de ses œuvres; qu'il écrivit un pieux commentaire sur les Discours ; enfin qu'il composa, pour l'édition définitive en deux volumes in-folio de 1623, un sonnet qui y fut
NOTICE liii
imprimé sous les portraits accolés de Ronsard et de Cassandre. Ce sonnet n'est pas indigne de terminer notre recueil, où il fallait que le dernier mot fiit un hommage au Maître, rendu jiar le dernier disciple élevé directement à son école.