‹ Les chefs écossaisChapitre 22 sur 23 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

« Je r gnore , » dit Termite. « C'est hier que j'ai vu pour la première fois votre 'caillant libérateur. A rentrée de ma cellule, a llieure de matines, j^ adorais le dispensateur de la lumière , quand un bruit soudain m'a frappé. J'ai vu un chevreuil , percé d'une flèche qu'il portait dans son flanc, se précipiter du sommet du rocher, et demeurer étendu, en se débattant. J'ai entendu des cris de joie audessus de moi , et j'ai vu un jeune guerrier, tenant son arc en main , franchir de rocher en rocher, et du dernier bond, arriver auprès de la bêle blessée. »

«A sa toque, à son /?/aû/ flottant, je l'ai reconnu pour un Ecossais. Je suis sorti de ma retraite et lui ai adressé la bénédiction du matin. Bientôt après, ses gens moins agiles que lui sont arrivés, et de quelques coups de leurs éj^ées ont achevé l'animal palpitant. Le chef les a laissés le préparer pour leur repas, et s'est rendu à mon invitation à venir dans m» cellule partager la chère d'un ermite.

« Je lui ai dit qui j'étais , et ce qui m'avait conduit dans cette retraite. J'ai appris de lui que son dessein était de stimuler les chefs des environs , et de les engager à fiiire quelques efforts en faveur de leur patrie souffrante. Mais il ne s'est jamais nommé : j'en ai conclu qu'il voulait demeurer inconnu , et je me suis interdit toute question à cet égard. Je lui ai exprimé mes doutes sur la probabilité de Texécution de son dessein. Je lui ai dit qu^il me paraissait bien difficile que seul il pût réveiller le courage endormi de ses conci'ojens , et tirer l'Ecosse de sa léthargie. Ses discours m'ont bientôt fait changer de pensée. Ses argumens ont été en petit nonibre, mais concluans. Il m'a représenté la perfidie du roi Edouard, qui, considéré comme un prince rempli d'honneur , avait été choisi pour arbitre entre Bruce et Ealiol. Edouard accepta l'arbitrage en qualité d ami de lEcosse; mais dès qu'il eut pénétré dans le coeur du royaume, à la tête d'une i^randc armée , au'il avait insidieusement introduite , sous prétexte d'un appareil de représentation, il déclara que le droit de juger ce différend lui appartenait comme seigneur suzerain du royaume. Cette fausseté, immédiatement démentie par nos traditions et nos annales, ne fut pas sa seule perfidie : il acheta la conscience de Baliol , et

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lui adjugea le iroue. Ce laclie prince , déserteur de nos droits, le reconnut pour son maître ; et dans l'avilissante cérémonie de l'hommage, il fut su^vi par la plupart des pairs Écossais qui se trouvaient présens. Mais cette honteuse soumission ne leur procura pas la paix. Edouard exigea du roi services sur services -, il demanda que les châteaux forts des nohles fussent remisa des gouverneurs anglais. Quelques-uns de nos chefs, les plus hardis ^ parmi lesquels voire illustre père, noble dame, se fit distinguer, ayant fait des représentations contre ces injustes demandes , le tyran les renouvella , j ajouta encore d'autres réquisitions, et se prépara à faire peser sur toute la nation son ressentiment.

« Tro s mois se sont à peine écoulés depuis la fatale bataille de Dunbar. Nos nobles indignés des outrages continuels faits à leur passif monarque, se soulevèrent pour faire valoir leurs droits ; mais ayant été défaits dans cette terrible journée ,Baliol fut pris , et eux-mêmes contraints de se soumettre à leur ennemi. C'est alors que nous vîmes le pillage des trésors de nos monastères, l'incendie de nos archives, la confiscation de nos propriétés, lebannissesement de nos chefs , le viol de nos femmes , l'esclavage et le massacre des malheureux attachés à la glèbe. La iampêie de la désolation

soufflant ainsi avec fureur sur toute la contrée , ( ma dit le jeune guerrier) , comment aucun de ses enfans pourrait-il craindre de prendre part à la gloire de sa restauration 7 II m'a alors informé qne le comte de Warenne , qu'Edouard avait laissé gouverneur- général en Ecosse, s'étajt retiré malade à Londres, laissant Aymer de Valence pour commander en sa place ; qu'à ce nouveau tyran, de Warenne avait envoyé depuis peu une armée de mercenaires, pour tenir dans la soumission le sud de l'Ecosse , et pour renforcer Cressingliani et Ormsbj , qui commandent dans le nord, depuis Stirling jusqu'au rivage de Sutherland.

tt En me représentant cette conduite de nos oppresseurs, ce brave chevalier me démontra la facilité avec laquelle un peuple courageux et résolu devait vaincre des étrangers enivrés de leurpouvoir, et gorgés de rapines. L'absence d'Edouard, qui est acUiellement en Flandre, ajoute àla probabilité du succès. Le projet du chevallier est d'inspirer ses propres sentimens aux chefs des nombreuses tribus de cette partie du royaume , et de s'emparer, avecleur assistance , des forteresses dans le bas pays , pour former une barrière contre l'entrée de nouvelles troupes anglaises. En même temps il engagera les chefs , dans la haute Ecosse , à se soulever ; et les Southrons qui y sont eu gar-

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iiison ; ne recevant plus de secoais , seront aisément saisis et (lésai niés. Les gens de marque qui sont parmi eux, pouiront alors être échangés contre les prisonniers que nous a\ons en Angleterre. Tout ce qu'il désire eu ce moment , c'est de réunir des troupes suffisantes pour semparerd'une place forte qui puisse inspirer de la confiance au parti. Il ne doute pas que ce premier succès n'occasionne un soulèvement général , qui accablerait les garnisons quEdouard tient dans les différentes parties du royaume.

)) Tel est le plan du clievalier, et j'espère ^ pour votre intérêt comme pour le sien, que la première place dont il s'emparera sera celle de DnmLarion : elle a toujours été considérée comme la clé du pays. «

« Puisse le ciel le vouloir ainsi ! » dit Hélène ; « et puisse-t-il guider toujours le bras de ce chevalier, quel qu'il soit! »

« Il ne m'appartient pas de pénétrer son secret, puisqu'il juge à propos de ç|»cher son nom; » reprit l'ermite ; « mais, si j'osais former un soupçon , je penserais que ce noble front est destiné à porter une couronne. »

« Comment! » dit Kélène , « vous croyez que ce chevalier est Bruce , du sang de nos rois ? »

.— K Je nç sais qu'en croire, mais son air

annonce un prince ; et il est eufîanimé d'un tel amour pour son pays, qu'il me semble que des senlimens si ardens ne peuvent partir que du cœur royal qui doit le protéger et le rendre heureux. »

« Mais n>st-il pas trop jeune , » demanda Hélène, « pour être l'un ou l'autre des Bruce ? J'ai souvent ouï dire à mon pc^e qi^e lord d'Anuandale, le compétiteur de Baliol à la couronne , était beaucoup plus âgé que lui ; et que son fils , le comtede Carrick, devaitayoii: cinquante ans. Si je ne me trompe , ce chevalier en a à peine vingt-cinq. »

— « Tout cela est vrai, madame; et cependant ce peut être un Biuce; car ce n'est aucun des deux que vous venez de nommer que j'ai en idée , mais le petit-fils de l'un , et le fils de Tautre. Vous pouvez juger par cette barbe blanche , que je ne suis pas d'hier dans l'hiver de ma vie. Le vieux Bruce, Robert, lordd Annaudale , était mon contemporain. Nous avons été élevés ensemble au collège d'Icolmkill. Il était brave ; il employa sa jeunesse à visiter dillerentes cours. Il épousa une princesse de la Maison de Clare , etla conduisit en France» où il laissa son fils unique ponr y être élevé sous les yeux de saint Louis. Le j-'une Robert se croisa; n'étant encore qu'adolescent. Il porta labannièrc du saint Roi de France, dans le«

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plaines de la Palestine , et se couvrii de gloire. Un jour, en escaladant les murs d'une forteresse des Sarrazins , par un acte extraordinaire de bravoure , il sauva la vie au prince Edouard d'Angleterre. Ce tyran, qui foule aujourd'hui aux pieds toute»les lois divines et humaines , inait alors à la fleur de son âge , et défendait la cause de la chrétienté. Voyez, madame, cet exemple; et ne vous étonnez plus des changemens qu'opèrent le pouvoir et l'ambition.

« Depuis ce moment, les deux jeunes Croisés se lièrent de la plus étroite amitié; et quand Edouard retourna en Angleterre, et monta sur le trône ; comme il était alors l'allié de l'Ecosse, le comte d'Annandale , par complaisance pour sa femme et pour son fils, établit sa résidence à la cour de Londres. La postétérité mâle de David vint à manquer par la xnort prématurée de notre roi Alexandre III. Bruce, Baliol et d'autres, firent alors valoir leurs droits au trône vacant.

tt Nos plus vénérables chefs , les gardiens de nos lois, et ceux qui avaient été témoins de la substitution par des actes du parlement àfti maison de Bruce, durant la vie du feu roi , se déclarèrent pour lord Annandale. Non seulement il était héritier du sang; mais son âge •on expérience, ses vertus , les rendaient tous Siidens à le porter au trône.

« Cependant Edouard , trahissant l'ami' ié , "violant sa foi envers un allié fidèle, travaillait secrètement a miner le crédit de Bruce , et à troubler la paix du royaume. La plupart des rivaux de notre prince favori lui étaient trop inférieurs pour pouvoir soutenir leurs prétentions ; mais le roi d" Angleterre , à force d intrigues, de promesses et de corruption, parvint à élever une telle opposition en faveur deBaliol y que nous étions menacés d'une guerre civile. Bru ce ^ confiant en ses droits, et ne voulant pas faire nager sa patrie dans le sang de ses concitoyens, écouta la proposition qu'Edouard lui fit faire insidieusement par une de ses créatures ^ de rer^uérir ce monarque d'élre arbitre entre lui et Baliol. C'est alors qu'Edouard , recevant d'abord cette invitation comme une chose dontil était honoré, déclara ensuite que c'était son droit , comme seigneur suzerain de l'Ecosse. Le comte d'Annandale refusa de reconnaître cette usurpation. Baliol s'y plia: et pour récompenser son obéissance, ce juge inique lui adjugea la couronne. D'après cet indigne procédé , Bruce refusa de reconnaître sa juridiction ; et pour se soustraire au pouvoir du E.oi , qui avait violé et trahi ses droits, et à la jalousie de celui qui les avait usurpés , il passa la mer pour rejoindre soq fils, qui était alors à Paris. Mais hélft^ ! celle

consolation lui fut refusée: il mourut de chagrin sur la route.

« Quand son (ils Robert ( f|ui était comte de Carrick aux droits de sa femme) , retourna dans la Grande-Bretagne , il suivit l'exemple de son père , et ne reconnut pas Baliol en qualité de Roi; mais plus irrité contre cet heureux rival , que de la trahison de son faux ami Edouard, il prêta Torcille aux discours adroiî s que celui-ci lui tint pour la colorer ; et je ne puis vous dire comment il se laissa séduire au point d'établir sa rés dence à la cour de ce monarque. Cet oubli de son sang royal , et de l'indépendance de 1 Ecosse , Fa presqu'entièrement eÛ'acé du cœur des Écossais ; car lorsque nous voyons Bruce le courtisan , nous oublions Bruce le descendant de Saint-David, Bruce le vaillant chevalier de la Croix,qui a répandu son sang pour la vraie liberté , devant les murs de Jérusalem.

» I/aîné de ses fils doit être du même âge que le chovalier qui vient de nous quitter : et quand je considère le port vraiment royal de celui-ci , et la ferveur de son patriotisme , je ne puis me défendre de croire que c'est l'esprit de son grand-père qui revit en lui; et qu'abandonnant son père à son indolence et à son vasselage duus les délices du palais d'E-^ douard, il est venu ici secrètement pour soulever l'Ecosse, et faire valoir ses droits. »

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« Cela est très-probable , » reprit Hé ène; « et je fais des vœux pour que le ciel récompense ses vertus en lui rendant la couronne de ses ancêtres ! «

« Puissent ces vœux être exaucés! «dit Termite, « mes mains seront jour et unit élevées vers le ciel pour qu'il Tobtienne. Puissé-je, ô mon Dieu I » s*écria-t-il en pressant la croix contre son cœur, « voir ce héros victorieux, et l'Ecosse libre ; et puisse ton serviteur mourir alors en paix ! »

« Quant à sir William Wallace , y> ajouta Termite , « je ne l'ai jamais vu; mais j'ai beaucoup entendu parler de sa grace et de ses succès , lorsque tout jeune encore , il se distingiia dans les simulacres de sruerre et les tournois qui eurent lieu à Berwick, en Thcnneur d'Edouard ; quand, sous le masque de Tamilié, cet usurpateur entra dans ce royaume. D'après ce que vous m'en ayez dit , je ne doute pas qu'il ne soit digne de seconder Bruce. Cependant 5 ma chère fille , puisque nous ne pouvons que soupçonner, sans en avoir de certitude , que ce chevalier n'est autre que ce jeune prince, gardons-nous de prononcer son nom , de peur de IVxposcr à des dangers , et de compromettre le succès de son entreprise. Ne le dites pas même à vos parens, quand vous les rejoindrez, ni au jeune homme que son humanité a mis sous ma protection. Jusqu'à ce que lui-

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ijiême révèle son secret , il ne serait ni prudent, ai confurme à l'honneur (le le divulguer. »

Hélène s'inclina, exprimant ainsi sou assentiment; et Termite lui apprit alors que le jeune homme qui lui avait été donné par le chevalier pour la servir , était le fils du pauvre Hay, dans la cahane duquel elle avait passé la nuit précédente. U lui racoiita comment ce chevalier l'avait trouvé blessé , et sur le point de périr de froid et de besoin , et Favait conduit à cet ermitage, lui promettant de le prendre à son service dès qu'il serait rétabli. Il entra dans le détail de sa généreuse conduite en cette circonstance, et finit en présageant encore que ce héros était destiné â être le libérateur de l'Ecosse et son Rci.

11 se leva, prit Hélène par la main^ et la conduisit vers un réduit qu'il avait préparé pour elle. « Reposez-vous , » lui dit-il: « demain j'attends un frère lai du monastère de Saint-Oran , qui vient me visiter un jour de chaque semaine. Vous pourrez faire porter par lui un message partout où vous voudrez. Maintenant dormez ; etque les anges protègent votre sommeil ! »

Hélène , accablée de fatigues de corps et d'esprit, remercia le bon ermite, qui se retira pour la laisser reposer.

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