‹ Les chefs écossaisChapitre 3 sur 23 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

tf Parut alors \\'illiam Wallace. Sa fortune n'était pas cousidéraLle , mais il descendait d'une ancienne famille dans l'ouest de l'Ecosse. Son courage lui inspira le hardi dessein d'affranchir sa patrie du joug de l'étranger, et le conduisit à achever cette grande entreprise. Cet homme , dont les exploits, fort exagéréi dans les traditions de ses compatriotes, sont dans leur réalité le sujet d'une juste admiration, avait été provoqué par l'insolence d'un, officier anglais, à lui donner la mort. Exposé par cette violence aux poursuites du gouvernement, il se réfugia dans les forêts et s'offrit pour c^ef à tous ceux que leur mauvaise fortune, quelqu'attentat, ou leuranimosité contre les Anglais , avaient réduits à la même nécessité. A la force d'un géant, il joignait un courage héroïque; il était désintéressé, magnanime : sa patience et son aptitude à supporter la faim, les fatigues et les rigueurs des saisons, étaieut incroyahles; et hientot il acquit, sur ces fugitifs désespérés, lautorité à laquelle ses vertus et ses qualités extraordinaires lui donnaient de si justes droits. Il débuta par de petites tentatives, qui toutes lui réussiront, et furent suivies d'entreprises plus importantes ;

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et toujours il montra autant de prudence pour la sûreté des siens, que de valeur contre Tennemi. La connaissance parfaite qu'il avait du pays, lui donnait la facilité d'échapper aux poursuites dans les marais, les forêts et les montagnes; et, réunissant sa troupe dispersée, il reparaissait à l'improviste dans quelquautre canton , surprenait les Anglais , les mettait eu déroute , ou les passait au fil de l'épée. Cliaque jour il n'était bruit que de ses hauts faits, qui excitaient des transports de joie parmi ses compatriotes, et remplissaient l'ennemi de terreur. Tous ceux qui ambitionnaient la gloire militaire voulaient avoir part à sa renommée. Sou heureuse valeur semblait effacer la honte dont la nation s'était couverte par sa lâche soumission aux Anglais; et, quoiqu'aucun grand seigneur ne se hasardât encore à embrasser son parti, il fut bientôt en possession de cette confiance et de cet attachement général , que la naissance et la fortune ne font pas seuls ob-^ tenir.

K Quand Wallace, par une continuité de succès , eut enflammé ses troupes d'un courage qui répondait au sien , il résolut de frapper un coup décisif conti'e le gouvernement an-^

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glaîs,eic. » David Hume, Hist, of England, Y. II ,p. 299. Edition ia-B°- de Londres, 1791.

Un homme, dont le judicieux Hume parle eu ces termes, était sans doute très-propre à figurer avec avantage dans nu roman historique ; et il était hien permis à miss Jane Porter d'ajouter quelques ornemens à la peinture fidèle de son héros , pour le rendre plus intéressant. Il nous semble qu'elle l'a fait avec succès : nous craignons cependant que ceux des lecteurs qui ne se transporteront pas en idée au treizième siècle, ne trouvent ce héros bien religieux. En tout, TOuvrage s'écarte rarement du ton grave; mais nous pensons qu'il fera verser quelques larmes. Il n'est, pour ainsi dire, qu'une suite de scènes dramatiques, dont plusieurs sont fort belles. Nous ne saurions dire s'il vaut mieux ou moins que tel autre roman ; mais il ne ressemble à aucun que nous connaissons, et il doit être distingué dans la foule.

Dans la peinture de la conduite d'Edouard I " envers l'Ecosse, les couleurs sont un peu chargées; mais il faut observer que ce sont des Ecossais d'alors qui parlent. Il est certain que les agens de ce prince se rendirent coupables de grands excès; néanmoins, on ne doit pas

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le jnger lui-même, lout-à-fait, d'après cette partie de son histoire, et nous allons encore citer Eume à son sujet.

« Les entreprises aclievéespar ce prince , et celles qu'il mena tout près de leur conclusion, furent plus sages, mieux conduites et plus avantageuses à l'intérêt permanent du royaume, qu'aucune de celles de ses ancêtres ou de ses successeurs. Il rendit au gouvernement le nerf que la faiblesse de son père lui avait fait perdre ; il maintint les lois contre tous les efforts de ses barons lurbuleus. Il réunit entièrement à la couronne la principauté de Galles, et prit avec intelligence et vigueur des mesures pour y réunir aussi l'Ecosse. Quoique Téquité de cette dernière entreprise puisse être raisonnablement niise en doute, les circonstances des deux royaumes rendaient le succès en apparence si certain , les avantaî^es de la réunion de toutes Us parties de file sous un même gouvernement étaient si évidens, que ceux qui , dans la conduite des princes , accordent beaucoup à la raison d'état , ne blâmeront pas sévèrement colle d'Edouard en cette occurrence. Mais quelque reproche qu'on puisse faire à ce prince sur ses principes de justice^ il est 1©

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modèle d'un roi politique et guerrier. A une grande activité , il joignait beaucoup de pénétration; il était courageux , vigilant cteutreprenant ; économe dans les dépenses qui n'étaient pas nécessaires , il savait ouvrir à propos le trésor public; il punissait sévèrement le crime; il était gracieux et affable avec ses serviteurs et ses courtisans; etc. » page 3 18.

Nous rapporterons ici un passage d'Hector Boetius ,que Tauieur a mis en note a la fin de l'ouvrage , et qui nous parait mieux placé au frontispice.

«Vers la fin de l'année 1480, le roi Jacques lier, revenant de Perth à Saint-Andrews, eut la curiosité de voir une dame extrêmement âgée de la maison d'Erskine, qui demeurait au chateau de Kinnoul. De tous ses sens, elle n'avait perdu que la vue, et elle conservait encore beaucoup de vigueur. Elle avait vu Wallace et Robert Bruce , et en racontait souvent des particularités. Le roi , qui avait beaucoup de vénération pour les grands hommes , désira entendre de la bouche de cette vieille dame, des détails sur ces deux héros. Il la fit prévenir qu'il irait lui rendre visite le lendemain. Au moment où elle fut avertie de l'approche du

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roi ; elle alla au-devant de lui dans la grande salle du château , suivie d'un cortège de matrones 5 dont la plupart étaient de sa liguée. Elle se présenta à lui avec tant d'aisance et de grâces, qu'il douta qu'elle fût aveugle. Sa Majesté l'embrassa , la prit par la main, et la fit asseoir à son côté : ce prince eut avec elle une longue conversation , et lui fît beaucoup de questions sur d'anciens événemens.Entre autres choses , il la pria de lui décrire la personne de William Wallace ^ et l'interrogea sur sa figure, 6on courage , et la force extrordinaire dont il avait été doué. Il en fit autant relativement à Robert Bruce. Robert , dit-elle , était beau et de bonne mine. Sa force était telle , c^uïi aurait ai^ sèment vaincu à la lutte, tout homme de son temps. Mais Wallace le surpassait en stature €$ en vigueur , autant que lui-même surpassait tous les autres j et il aurait fait tête j avec avantage, à deux hommes comme Robert,

Il fallait , soit dit en passant , que cette dame fût presqu'aussi âgée que Thomas Parr, qui mourut à Londres , sous Charles 1er ^ à cent cinquante-deux ans et neuf mois, et qui, probablement, aurait vécu plus long-temps, si on l'eût laissé chez lui , dans le nord de TAngle-

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terre, au lieu de le conduire dans la capitale, pour lui faire honneur , et le montrer au roi. C'est de tous les exemples de prodigieuse longévité 5 le mieux constaté. Ce patriarche avait conservé tous ses sens. On a recueilli de lui des particularités curieusos ; et l'on conserve le procès-verbal de louverture de son corps par le célèbre Harvée, ainsi que son portrait peint par B-ubens. Mais nous revenons à notre sujet, dont nous ne nous sommes écartés que pour engager le lecteur à ne pas rejeter comme absurde le récit d'Hector Boetius. On en est fort tenté , quand on se rappelle que Wallace mourut en i3o5.

Ce roman a trouvé beaucoup de lecteurs en Angleterre : en trouver a-t-il un aussi grand nombre en France? C'est ce que nous n'oserions assurer. Dans le pays où il a d'abord été publié^ les personnages mis en scène sont très-connus ; leurs noms sont familiers a tout le monde. Les descendans de plusieurs de ces personnages existent , et occupent un rang considérable dans la société. Au contraire, la plupart de ces noms, plus ou moins ignorés des Français , sonnent mal àleur oreille; et, par leur multiplicité, ils se confondent, et mettent de la confusion dan»

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Tesprit du lecteur. Cette observation s'applique plus exactement encore aux détails topograpliiques qui ont pu être dun grand intérêt, particulièrement pour les Ecossais, et qui se-^ rout souvent rebutans pour un lecteur à qui les lieux décrits, ou simplement nommés, sont tout- à-fait étrangers.

Cette cause, mallieureusement, ne sera peutéiace pas la seule qui afifa blira l'inlérêt de ce roman. Il est bien rare qu'un ouvrage ne perde pas beaucoup à être traduit, et nous ne nous flattous pas d'avoir conservé à celui-ci cette partie du mérite qui tient au style. Il est si difficile de bien écrire; et de plus, il est si diflerent décrire ce qu'on a pensé? ou de chercher des expressioQS pour reudre la pensée d'autrui, que nous serons piobablement restés fort audessous de notre auteur, qui, lui-même, n'est pas toujours sans re| roche. C'est à ceux à qui les deux langues sont également familières, à prononcer entre l'original et la traduction. Nous dirons seulement que nous avons été fidèles au texte , sans pousser le respect pour notre auteur, jusqu'à la superstition. Nous ne nous sommes jamais permis de lui rien prêter du notre; nous avons seulement élagué quelques

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longueurs. Peut-être l'avons nous fait avec trop de sobriété ; mais nous aurions craint , en retranchant inconsidérément des passages entiers , de supprimer des détails essentiels à rintelligence de la suite , ou de nuire à des effets que ces détails sont destinés a préparer. Kous avons évité, autant que nous l'avons pu, de faire du français tellement anglais , qu-il fallût être familiarisé avec ce dernier idiome pour nous comprendre ; c'est une nécessité que nous avons éprouvé nous-mêmes en lisant certaines traductions. D'un autre côté, nous avons pensé qu'il était à propos de laisser subsister quelques traces de la langue originale. Xes gens de goût décideront si nous nous sommes tenus à cet égard dans un juste milieu.

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