‹ Les chemins de fer (volume 2)Chapitre 43 sur 87 · CINQUIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE. ill · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE. ill

à la fatigue du service dont ils sont chargés ^ » On me permettra donc ici, sur la foi du certificat qui précède, de céder la parole à un de ces hommes, dont le pénible métier et la responsabilité n'ont de pareils que la responsabilité et la vie rude du pilote d'un navire en mer.

Je venais de visiter, en compagnie du sous-chef du bureau des études d'une de nos grandes lignes de fer, les ateliers de construction et de réparation des machines, sur lesquels j'appellerai plus tard votre attention. Je cheminais seul, le long des voies qui s'entre-croisent en tous sens, à l'approche de la gare des voyageurs, quand une machine vint à passer à dix pas de moi. Un geste d'invitation du mécanicien qui la conduisait, le temps de l'arrêter,* de la faire rétrograder à ma rencontre, ce fut l'affaire d'un instant. Et me voilà installé sur la plate-forme.

Je grillais d'envie d'interroger mon complaisant conducteur. Mais ce n'était pas le moment. Tout entier à sa manœuvre, à l'examen de ses signaux, au fonctionnement des aiguilles, la main sur la manette du régulateur, c'était merveille de le voir tantôt presser, tantôt ralentir la marche. Il allait prendre une file de fourgons vides pour, de là, les conduire à la gare des marchandises. Je profitai

i. Guide du mécanicien constructeur et conducteur de locomotives.

du silence que le bruit de la vapeur, s échappant par la cheminée, celui du roulement du véhicule, et les mille voix d'une grande gare, rendaient d'ailleurs forcé, pour voir de près la machine en mouvement. Je pris goût à cet examen, et comme je n'avais rien de plus pressé ni de plus intéressant à faire, je retournai jusqu'à la gare des marchandises, et de là à la remise, notre locomotive ayant, en ce moment, terminé sa journée de service.

Pendant que le chauffeur se préparait au nettoyage, et que le mécanicien procédait à une minutieuse visite du mécanisme, je m'empressai de faire part à ce dernier de l'intérêt réel que m'inspirait l'examen de toutes ces opérations. En homme qui aime son métier et qui s'attache à sa machine, il m'offrit spontanément ses services et son expérience.

C'était un homme de quarante à quarantecinq ans, robuste, un peu prédisposé à l'embonpoint. Sous la poussière qui noircissait son visage, et que la sueur y avait collée, on distinguait une physionomie énergique et fière, qu'assombrissait légèrement le noir cercle de charbon entourant ses yeux. Un front large, dont la blancheur contrastait avec la teinte brune du reste du visage, l'illuminait d'ailleurs d'un rayon de vive intelli-

gence.

« Voilà bientôt seize ans, me dit-il, que je conduis des locomotives. J'ai débuté au chemin d'Oi -

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