CINQUIÈME PARTIE. - LA LOCOMOTIVE
— Mais ne peut-on pas, dis-je, prévenir ces inconvénients par le mélange de substances chimiques dontla réaction précipite les sels?
— Sans doute. Malheureusement, il arrive qu'on attaque ainsi le fer. En somme, le meilleur et le plus sûr, c'est de purifier à l'avance les eaux des réservoirs. Voulez-vous, d'ailleurs, savoir à quelle économie conduit l'emploi d'eaux pures pour l'alimentation de nos machines? A dix centimes au moins par kilomètre parcouru, plus de 5000 francs par an pour chaque machine*.
Ce n'est pas tout que d'avoir une éau pure. Si l'alimentation a lieu l'hiver, les réservoirs, les conduits gèlent, les pompes elles-mêmes courent e risque de ne plus pouvoir fonctionner.
Que fait-on?
On chauffe l'eau dans des réservoirs spéciaux, ou encore, profitant de l'excès de vapeur des locomotives au repos, on envoie cette vapeur autender par les tuyaux réchauffeurs. Dans le premier cas, vous comprenez bien qu'on ne se sert pas, pour le chauffage, de coke de première qualité, mais de combustible de rebut. Indépendamment de l'économie, il y a cette raison que l'eau froide, envoyée dans une chaudière en activité, va tout à coup — je parle des machines en marche — abaisser la
1. On verra plus loin que le parcours moyen annuel d'une locomotive est, en France, d'environ 51 400 kilomètres : c'est donc une économie de 5140 francs par an, par machine.
IlÔ LES CHEMINS DE FER.
tension de la vapeur et mettre le mécanicien dans l'embarras.
Puisque je vous ai dit un mot du choix de l'eau, c'est le moment de parler de celui du coke.
— Une seule question, interrompis -je. Ne brûlez-vous donc jamais de houille ni de bois?
— De bois, cela ne m'est pas arrivé. J'ai ouï dire toutefois qu'à l'étranger, en Amérique, en Allemagne, on chauffe les machines au bois. Quant à la houille, si elle est un peu grasse, elle gônc le tirage ; dans tous les cas, elle donne trop de fumée. On la réserve pour la conduite des trains de marchandises. Jadis on nous donnait des cokes de médiocre qualité ; aujourd'hui les compagnies s'attachent à nous fournir les meilleurs combustibles : ce n'est pas nous qui nous en plaignons, demandez plutôt à mon chauffeur. Il faut que le coke soit dur, ni trop menu ni trop gros; la houille d'où il a été extrait par la carbonisation a été préalablement lavée, débarrassée des matières étrangères, terreuses, qui donnent trop de poussière et de cendres, schisteuses etpyriteuses,qui détériorent les foyers et les grilles. On fabrique maintenant avec les houilles menues des briquettes qui servent aux machines à marchandises.
Vous avez pu voir tout à l'heure comment était chargé le foyer; le coke doit avoir sur la grille une hauteur moyenne, plus grande près de la porte et sur les côtés, de façon à ne jamais inter-