DEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE
position extrême, et c'est le contraire qui aura lieu : je veux dire que, la vapeur entrant par l'autre lumière, le piston marchera en sens inverse, et la manivelte de Tessieu prendra le mouvement rétrograde ou de marche en arrière ^
Tel est, en peu de mots, l'ingénieux appareil dont Tinvention première remonte à Stephenson, et qui porte encore son nom.
La coulisse de Stephenson n'est pas seulement utilisée pour obtenir à volonté le changement de marche de la machine ; elle sert encore à modifier la longueur de course du tiroir. Il suffit pour cela d'arrêter, par Tintermédiaire des leviers et des arbres de relevage, la bielle du tiroir en un point situé à une certaine distance des extrémités de la coulisse, ou, si l'on veut, plus ou moins rapproché de son point milieu. L'amplitude des oscillations devenant moindre pour l'exlrémité de cette bielle, on voit que la course du tiroir sera par là diminuée.
Dans quel but, c'est ce que je ne puis me résoudre à passer sous silence. Que diraient, je vous prie, les savants ingénieurs, auprès de qui vous pourriez vous renseigner de l'exactitude des explications qui précèdent, s'ils savaient que je n'ai dit mot de Xavance et du recouvrement^ de la détente fixe et de la détente variable ? Sans nul doute, ils hausseraient les épaules et n'auraient pas tort. Ici, en effet, il ne s'agit point d'une de ces questions théoriques qui intéressent la science seule et la pure
en marche, de manière à produire le môme effet que par le serrage (les frems.
* La coulisse que nous venons de voir, dont la courbure ou mieux la concavité est tournée vers le cvlindre, se nomme coulisse renversée. La coulisse ordinaire, de moins en moins appliquée, est tournée vers l'essieu : en outre, c'est elle qui reçoit le mouvement du levier et de la barre de relevage, de manière à présenter l'une ou l'autre de ses extrémités à la tige du tiroir; mais le principe étant le môme, je n'en dirai pas davantage.
curiosité des fanatiques de formules ; pas n'est besoin pour la résoudre d'analyse transcendante ni d'algèbre : c'est avant tout une question pratique, un problème d'économie, dans toute l'acception du mot.
Rappelez-vous seulement ce qui se passe dans le cylindre, lorsque le tiroir est placé au point milieu de sa course. Vous avez vu qu'alors le piston est à la fin de la sienne, sur l'une ou sur l'autre face du cylindre. Supposons-le au fond, à l'avant: il va maintenant rétrograder, pendant que le tiroir continuera son mouvement dans le même sens, puis en sens inverse, et nous savons par quel mécanisme du tiroir la vapeur sera admise d'un côté et s'échappera de l'autre : à la rigueur, dans la position relative occupée par le tiroir et le piston, il suffirait que les bords du premier fussent précisément d'une épaisseur égale à la largeur des deux lumières, pour que le mouvement eût lieu comme nous l'avons décrit plus haut. Mais qui ne sait que* dans une machine, les organes n'ont point une perfection absolue? qui ne sait combien le mouvement finit par altérer une perfection même relative? Si l'égalité dont nous venons de parler existait, le jeu dos pièces amènerait bientôt un retard ou une avance à l'admission de la vapeur, lesquels auraient au- contraire pour correspondants une avance ou un retard à l'échappement. De là une contrariété dans le jeu de la vapeur^ une réelle déperdition de force.
Comment parvient-on à faire disparaître ce grave inconvénient? Premièrement, en opérant le montage du tiroir dételle façon, que la vapeur soit admise un peu plus tôt; pour obtenir ce résultat, il suffit de caler l'excentrique, dans une situation convenable, sur l'essieu. Mais si l'admission de la vapeur est plus prompte, il en est nécessairement de même de l'échappement ; c'est une circonstance favorable à la sortie de la vapeur qui, sans cela refoulerait le piston dans son mouvement. Enfin pour que
r échappement se fasse encore plus vile, on augmente l'avance correspondante, en accroissant à Textérieur l'épaisseur des bords du tiroir, de sorte qu'ils recouvrent en partie les lumières. Il y a donc avance à V admission, plus forte avance à V échappement , et recouvrement. Or ces seules modifications suffisent à produire une grande économie dans la dépense de vapeur, ou, ce qui revient au même, un réel accroissement de puissance de traction et de vitesse.
Ce n'est pas tout. Elles produisent une économie plus grande encore, par ce que Ton nomme la détente. Imaginez que la vapeur, au lieu de pénétrer à l'intérieur du cylindre pendant toute la durée de la course du piston, ne soit réellement introduite que pendant la moitié de cette course, qu'arrivera-t-il ? Qu'elle se dilatera, mais sans cesser de produire un effet utile : tel est le phénomène qu'on nomme la détente de la vapeur. Or, quand on calcule quel est l'effet utile produit par la détente, pour une même quantité de vapeur dépensée, on trouve que cet effet s'accroît jusqu'au triple de sa valeur, si Tadmission a lieu pendant un dixième de la course, et la détente pendant les neuf autres dixièmes.
Par le fait de l'avance et du recouvrement, dont il vient d'être question, il est clair qu'il y a détente, mais détente fixe qui, dans la pratique, ne s'élève guère qu'au cinquième. Le résultat est toutefois encore une augmentation de puissance d'environ un quart.
Pour obtenir une délente variable, ce qui peut être utile dans diverses circonstances, on emploie le mécanisme particulier de la coulisse. On a vu que l'action de cette pièce sur le tiroir consiste dans la variation de la longueur de courte de ce dernier, ce qui permet de diminuer à volonté le temps do l'admission, c'ost-à-dire d'accroître la détente de la vapeur.
Qu'une machine ait à remorquer un lourd convoi ou à