DEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE
gravir une rampe, par un temps humide, qui rend les rails glissants, ou bien encore qu'elle soit dans la nécessité d'accroître sa vitesse : dans tous ces cas, il s'agira de lui faire développer une puissance motrice plus considérable.
Enfin, en dehors de ces cas extrêmes, il n'est pas moins utile de pouvoir régler à volonté le degré de la détente. L'expérience a prouvé qu'en la combinant avec le maintien de la vapeur à la plus haute pression possible, on obtenait le maximum d'effet utile pour un poids donné de vapeur. A huit atmosphères, le travail utile d'un kilogramme de vapeur dépasse de plus d'un cinquième celui qu'on obtient par une pression de quatre atmosphères.
Avais-je raison de dire que ces problèmes d'avance et de recouvretnent, de détente fixe ou variable, qui ont si fort tourmenté le génie inventif des ingénieurs-constructeurs de locomotives, se traduisent, en Un de compte, par des solutions pratiques, par... le grand mot de l'industrie est lâché, de l'économie?
Un point important, quand une locomotive est en marche, c'est de savoir si l'eau est en quantité suffisante dans la chaudière. Comment s'en assure-t-on? Par des indicateurs à niveau (Veau, ou tubes en verre extérieurs, communiquant a^iec la chaudière au-dessus et au-dessous du niveau habituel de l'eau. 11 est important d'ajouter que si le tube se brise, on peut, en fermant deux robinets, intercepter cette communication. Dans ce cas, trois autres robinets d'épreuve, placés à diverses hauteurs, suppléent à l'indicateur, ou même servent à le vérifier, quand il fonctionne. H n'y a pas trop de ces moyens divers pour s'assurer que l'eau est en quantité suffisante ; car, si cette quantité devenait assez faible pour que le ciel du foyer fût à découvert, il en résulterait pour ce dernier de graves avaries.
Ceci nous amène à parler du mode d'alimentation de
la chaudière. Comment, à mesure que Teau se vaporise, arrive-t-on'à la remplacer el à entretenir, autant que possible, la constance du niveau ? Le voici :
L'eau en disponibilité pour cet usage est, comme on le sait, renfermée avec le combustible dans une voiture spéciale qui suit la locomotive, et qu'on nomme le tender. 11 s'agit de faire passer cette eau du tender dans la chaudière : c'est au moyen d'une pompe aspirante et foulante, dont le piston plongeur reçoit son mouvement, soit de la tige du piston, soit d'un excentrique, qu'on arrive à régler cette alimentation avec la précision nécessaire. Le corps de pompe dans lequel se meut le plongeur se bifurque en deux tuyaux : l'un, d'aspiration, communique avec le tender ; l'autre, de refoulement, avec les flancs de la chaudière, autant que possible loin du foyer, c'est-àdire en avant du corps cylindrique.
Il importe que le mécanicien s'assure de temps en temps du bon état des pompes alimentaires et puisse de sa place en surveiller le fonctionnement. Pour cela il existe, entre les deux soupapes du tuyau de refoulement, un tuyau d'épreuve muni d'un robinet que le mécanicien manœuvre par l'intermédiaire d'une tringle et de sa poignée. En l'ouvrant, l'eau s'échappe par jets, avec d'autant plus de régularité (jue les pompes fonctionnent mieux : c'est en outre un moyen de purger d'air, s'il y a lieu, le corps de pompe.
Le tuyau d'aspiration est divisé en deux parties, reliées par une partie mobile; cette dernière permet au tender et à la machine de suivre les faibles mouvement relatifs qui, en les déplaçant de leur position mutuelle, briseraient les tuyaux.
L'une des deux pompes d'alimentation est facile à distinguer dans la vue extérieure que je vous ai tout à l'heure mise sous les yeux {fig. 78). Le tuyau de refoulement descend de l'enveloppe du corps cylindrique, à peu près en-
DEUXIÈKE PARTIE. — lA LOCOMOTLVE. IW
lip les deux roues couplées, longe le châssis, et descend
- Coupe de rinjcclenr Giffai'd.
en se coudant vers le corps de pompe, au niveau de la I Sens con-
roue. Le tuyau d'aspiration se coude alors e
traire, et coiiit rejoindre le tender à Tarrière de la madiine. Entre l'excentrique et la pompe se voit la tige du piston plongeur.
Depuis quelques années, on a adapté à toutes les locomotives urf appareil très ingénieux, connu sous le nom iVlnjecteur Gif fard, du nom de son inventeur, ce qui a permis de supprimer les anciennes pompes d'alimentation. La vapeur, amenée du générateur par un tube de communicalion VV, s'échappe par un ajutage conique, entraîne l'air, fait ainsi un vide qui permet à Teau d'alimentation de monter par le tube EE qui l'amène en face de rorifice. La force d'impulsion du jet de vapeur projette alors cette eau même dans un autre conduit M situé en lace, et l'injecte de là jusque dans la chaudière.
La figure 80 donne la coupe de cet appareil, dont le mécanicien pont légler le jeu à volonté. Deux poignées à vis lui permettent, soit de rapprocher le bec de vapeur de celui qui lance l'eau, soit de faire varier l'ouverture du premier bec en avançant plus ou moins la tige à extrémité conique aa, pour régler la quantité d'eau qu'il veut injecter dans la chaudière.
^^otre description louche à sa fin : encore quelques accossoires curieux de la machine, et je termine.
Voici d'abord le sifflet et les soupapes de sûreté {fig. 81).
Les soupapes de sûreté ont pour but de donner issue à la va[)cur, quand elle arrive à prendre, dans le réservoir cylindrique, une pression dangereuse pour la machine. L'excf's de la vapeur s'échappe alors par les soupapes et prévient les accidents. 11 y a d'ordinaire, sur chaque Ic- ^iomotive, deux soupapes, le plus souvent disposées à l'arrière, au-dessus du foyer. On peut voir sur la coupe longitudinale comme sur la vue extérieure, le bras du levier qui presse la soupape sur son siège, sous l'action (l'un ressort à boudin, fixé veilicalement contre la chaudière. Le petit dôme qui s'élève au-dessus de la boite à
KEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOïlOTIVf. IWT
feu les contient toutes les deuï. Je n'insiste pas sur une disposition qui est, d'ailleurs, commune à toutes les machines à vapeur,
A côté des soupapes est placé le sifflet à vapeur. C'est lui dont le son strident et aigu retentit à chaque instant
Sifnel à vapeur n soupapes de eûrelé de la locomolivi
sur la voie ou dans les gares, tantôt donnant le signal du départ, tantôt annonçant l'arrivée, tantôt avertissant le garde-frein qu'il ait à serrer ou à desserrer l'appareil. Vous vous êtes demandé sans doute comment fonctionne ce petit instrument, sur les indications duquel nous rcviendratis. Rien n'est plus simple.
Le dessin qui précède nous en donne une coupe ou vuo intéri«ire, qui montre comment les choses se passent. Lue cloche de bronze, à bords inférieurs taillés en biseau, surmonte une sorte de coupe qui laisse échapper la vapeur par une fente circulaire étroite. Le jet de vapeur frappe le timbre, qui résonne sous le choc rapide, on produisant le silflement aigu que vous connaissez. Un robinet, que le mécanicien fait mouvoir par un levier, ouvre
OU ferme à volonté le conduit vertical qui communique avec le réservoir à vapeur de la chaudière. En faisant varier la forme et les dimensions du timbre, on obtient un son plus ou moins grave, et Ton peut distinguer ainsi les trains de voyageurs des trains de marchandises.
Que de détails encore j'aurais à vous faire connaître si je ne craignais d'abuser de votre attention et de lasser votre curiosité ! Mais
Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire,
a ditlepocte, et j'ai bien peur d'avoir failli déjà dans l'observation d'un précepte si sage.
Ne m'en veuillez donc pas si je vous signale en courant, et sans ordre, les appareils dont le but est d'arrêter les flammèches vomies par la cheminée, le registre modérateur du tirage, ouvert sur le flanc de la boîte à fumée ; les robinets de vidange au moyen desquels le mécanicien peut vider la chaudière ; le chasse-pierres, dont le nom indique assez l'usage et qu'on voit descendre à l'avant presque au niveau des rails; les robinets purgeurs et graisseurs des cylindres, les enveloppes en bois eten laiton qui recouvrent extérieurement les cylindres et la chaudière, ainsi protégée contre le refroidissement dû au contact de l'air ; si je passe sous silence enfin tant d'autres détails qui offrent, certes, un réel intérêt. Mais je parle à des gens du monde et ne me suis point proposé pour objet d'instruire de futurs mécaniciens, constructeurs ou conducteurs de locomotives.
Permettez-moi seulement, en vous présentant cette vue d'arrière de la locomotive, de supposer le mécanicien â son poste, sur la plate-forme, et de vous faire voir avec quelle précaution se trouvent réunis à sa portée tous les organes indispensables à la conduite de la machine.
Devant lui, au milieu de la plaque circulaire qui enveloppe le foyer, vous voyez {fig. 82) la porte par où le chauf-
DEUXIÈME l'AIlTIE. — LU. LOCOMOTIVE. dSS
feur introduit le coke; adroite, les trois robinets d'épreuve, qui servent à vérifier le niveau de l'eau dans la chaudière; à gauche, l'indicateur à niveau d'eau en cristal, destiné au même usage, et le manomètre qui mesure la pression
Fig. 8Î. -
de la vapeur ; en bas, près du plancher, vous pouvez voir la poignée d'une tringle qui, soulevée, renverse une moitié de la grille et laisse tomber le feu.
A peu près à la liaulcur de la tête, entre les deuK soupapes, aboutit la manette du régulateur, puis en descendant k droite, celles des tuyaux réchauffeurs, de l'arbre de relevage, des robinets purgeurs, dos tuyaux d'épreuve de la
20J i.ES CIIEUINS t)Ë VEH.
pompe ; à gauche enfin, la tringle qui ouvre ou ferme le registre de la boUe à fumée. Voyez encore, au-dessous de la traverse qui soutient la plate-forme du mécanicien, les orifices évasés des tuyaux d'aspiration de la pompe, et, attachées h cette traverse, les chaînes de sArelé et la barre d'attelage qui réunissent le teiider à la locomotive. Quant â la balustrade formée de plaques de tôles entourant la boite à feu, elle permet au mécanicien de s'avancer, pour son senice, à droite et à gauche du corps cylindrique.
J'arrive maintonantautendcr, qui est, comme on sait, le complément obligé de toute machine, chargé de porter l'eau, le combustible et les ustensiles nécessaires au service et à l'alimentation eu voyage'.
Procédons à notre manière ordinaire : faisons une coupe longitudinale du vèliicule. Voici la vue qui en résulte :
M^mt^
Voyez d'alioid comment le coke est accumulé à l'intérieur, dans une sorte de fer ù cheval, à la libre et facile dispoisilion du cliaufleur, l'ne caisse à eau entoure cet