‹ Les chemins de fer (volume 3)Chapitre 41 sur 99 · DEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE

changement de marche au point mort, la consommation est presque nulle ; et nous pouvons attendre ainsi près d'une journée, prêts à partir pour un nouveau voyage. Voilà pour le cas où la machine reste au service.

Si au contraire — et c'est notre cas — son service est terminé, nous commençons par jeter le feu au-dessus d'une fosse. C'est ce que vous venez de nous voir faire. Vous avez pu vous assurer aussi du soin avec lequel j'en ai visité toutes les parties; mais cette première visite ne suffit pas, et je me réserve d'y revenir quand ma machine sera lavée et nettoyée à fond. Une machine sale est couverte çà et là de couches de crasse qui dissimulent les défectuosités survenues et empêchent de procéder aux menues réparations, si indispensables au bon entretien. Voyez, du reste, comment se fait la partie du nettoyage qui concerne le chauffeur.

En ce moment, le chauffeur, qui venait d'ouvrir toute grande la porte de la boîte à fumée, s'armait d'une longue tringle flexible qu'il passait successivement dans tous les tubes. A chaque l'ois, un mélange de cendres, de noir de fumée, d'escarbilles de coke calciné, sortait du tube et démontrait toute l'urgence de l'opération. Notre homme balaya ensuite toutes les parties de la boîte à fumée, puis nettoya le tuyau d'échappement et Tintérieur de la cheminée.

— Ceci terminé, reprit le mécanicien, ce sera le tour de toutes les parties du mécanisme, dont l'examen minutieux devient ainsi très-facile. C'est à nous, d'ailleurs, que sont confiées toutes les petites réparations journalières» toutes celles qui n'exigent pas la rentrée aux ateliers. Cylindres, pistons, bielles, excentriques, garnitures de chanvre et graissage des presse-étoupes, coulisse, tout doit être visité, nettoyé, réparé ou entretenu. D'ailleurs, c'est notre intérêt, comme celui des compagnies, comme celui du public.

Quelle différence pour le ser\ice, monsieur, quelle différence aussi pour l'économie du combustible, entre une machine entretenue avec soin et une machine négligée ! Pour moi, je vous Tavoue, intérêt à part, j'éprouve un vrai plaisir, un plaisir d'artiste, à voir la mienne luisante et polie, nette au dedans comme au dehors. Je sens que je m'y attache, à la fin, comme un cavalier à son cheval.

— Je vous comprends sans peine, dis-je : à l'outil, on connaît l'ouvrier. Mais vous ne me parlez pas du tender.

— Le tender, reprit-il, demande aussi à être visité et entretenu en bon état de service. Seulement, vous concevez que c'est beaucoup plus facile que pour la machine. Quand on a ^é^flé l'état du frein, celui des boîtes à graisse, les soupapes et le tuyau d'alimentation, tout est dit. Ah ! j'oubliais nos outils. Vous voyez ici la pelle à coke, le pique-feu, la lance pour jeter le feu en route en renversant la grille, la tringle à nettoyer les tubes, la tringle qui sert à les tamponner, la raclette. H y a aussi, dans les caisses du tender, tous les agrès et outils utiles à l'entretien, ou nécessaires en route pour les cas d'accident. Mais je ne vous fatiguerai pas de tous ces détails.

— Vous parlez d'accidents : dites-moi, je vous prie, quels sont les plus fréquents et les pins dangereux? je veux parler, bien entendu, des accidents qui concernent ia machine.

— Les avaries d'une bonne locomotive, bien entretenue et bien conduite, sont heureusement rares, reprit-il. Il en est peu de vraiment dangereuses ; et souvent encore, dans ce dernier cas, on peut en éviter les consécjuences.

Je vous signalerai, parmi les plus légères et les plus fréquentes, les fuites dans le foyer ou dans les joints des entretoises, les fissures de la chaudière, un tube crevant dans ces parties usées, sous la pression de la vapeur, un barreau de la grille qui tombe en roule, des fuites dans les tuyauxdedistribution,une rupture de la cheminée, etc., etc.

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