‹ Les chemins de fer (volume 3)Chapitre 9 sur 99 · LES TUNNELS · texte numérisé non relu

LES TUNNELS

<:omment on perce un souterrain; puits et galeries transversales. — Prix de revient de divers tunnels, par mètre courant. — Souterrains de Blaisy, de la Nerthe. — Le percement du col de Fréjus (mont Cenis); emploi de l'air comprimé; état actuel des travaux. — Les tunnels au point de vue artistique ou pittoresque.

Une des plus vives, sinon des plus agréables impressions, qu'éprouve le voyageur en chemin de fer, c'est à coup sûr la traversée de ces longues galeries souterraines, que nos ingénieurs ont baptisées de leur nom anglais de Tunnels. Au sifflement des locomotives qui retentit ■plus bruyant sous la voûte profonde, au courant d*air froid qui saisit le visage, quand on se hasarde à mettre le nez à la portière, vient se joindre l'obscurité, à peine tempérée par la lumière jaune des lampes. On a peine alors à se défendre d'un sentiment d'impression pénible, et Ton se prend involontairement à songer aux masses énormes de terres et de roches qui surplombent ce convoi rempli d'êtres vivants. Que la faible maçonnerie vienne à céder sous le poids, et c'en est fait : les malheureux sont broyés à moins d'êlre enterrés tout vifs.

Mais, heureusement, ce n'est là qu'un jeu de Tiniagi-

nation ; et Thumaine nature est ainsi faite, qu'elle se familiarise bien vite avec les faits les plus étranges, passant avec une égale facilité de la crainte ou de l'incrédulité systématique à la confiance la plus absolue : la science de l'ingénieur a ses moutons de Panurge, ce dont il ne faut certes pas se plaindre en cette occasion.

C'était, il y a peu d'années encore, une curiosité assez rare, qu'uii souterrain de quelque longueur, consacré aux routes de terre. Seuls, les pays de hautes montagnes en offraient quelques exemples, dont les touristes ne manquaient jamais de noter les particularités. Je me souviens d'avoir ainsi contemplé, comme une merveille, le pittoresque passage que se frayait au travers du roc la route de Lyon à Chambéry, par Pont-Beauvoisin et les Échelles. 11 était de mode alors de vanter le prince qui avait ordonné les travaux, et mené à bout le percement.

Aujourd'hui, de tels ouvrages sont un jeu pour les ingénieurs de nos voies ferrées, et, rien qu'en Europe, on les compte par centaines *.

Ajoutons que, aujourd'hui, il ne s'agit plus seulement de percées de trois à quatre centaines de mètres, mais de trois à quatre kilomètres, et, bientôt, si le grand souterrain de Bardonèche à Modane se termine, on pourra citer des tunnels de douze mille mètres de longueur. La vapeur mugira dans la profondeur des chaînes alpestres. Œuvre grandiose, s'il en fut, qui témoignera hautement de la puissance de l'homme, quand, pour vaincre les obstacles qui s'opposent à la fusion des intérêts et des races, il sait

* Les canaux offraient cependant un assez grand nombre de souterrains, parmi lesquels il faut placer en première ligne le souterrain de Noirieu, au canal de Saint-Quentin, ifa longueur dépasse un myriamètre ; il a été en grande partie exécuté par les prisonniers de guerre espagnols. Mais ces sortes de tunnels ne sont guère connus que des mariniers ou des gens du pays, et c'est par ouï-dire qu'en parle le gros du public.

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