‹ Les chemins de fer (volume 4)Chapitre 12 sur 136 · PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE

ment de percées de trois à quatre centaines de mètres, mais de trois à quatre kilomètres, et, bientôt, si le grand souterrain de Bardonèche à Modane se termine, on pourra citer des tunnels de douze mille mètres de longueur. La vapeur mugira dans les profondeurs des chaînes alpestres. Œuvre grandiose, s'il en fut, qui témoignera hautement de la puissance de l'homme, quand, pour vaincre les obstacles qui s'opposent à la fusion des intérêts et des races, il sait plier à sa volonté et à la réalisation de ses desseins les lois mêmes de la nature!

Dans quelle partie du tracé d'un chemin de fer le percement d'un tunnel devient-il obligatoire? Toutes les fois, évidemment, que, la profondeur d'une tranchée à ciel ouvert dépassant une certaine limite, les travaux de terrassement seraient réellement plus coûteux que l'établissement d'un souterrain. Souvent il arrive que toute évaluation comparative de ce genre est superflue, la hauteur de la montagne à traverser étant de beaucoup supérieure à la profondeur maximum des plus grandes tranchées. 11 faut dans ce dernier cas, si l'on ne |)eut tourner l'obstacle, percer coûte que coûte un souterrain, à moins d'arrêter là le chemin de fer. Telle est précisément l'alternative qui se présente pour le chemin de fer Victor-Emmanuel, dont les deux tronçons sont provisoirement séparés par les contre-forts du mont Cenis.

Une fois le percement décidé, il est aisé de comprendre que le problème à résoudre est susceptible de solutions diverses. Telles inclinaisons, tel système de pentes, de rampes et de paliers, combinés suivant

la nature des couches traversées, peuvent diminuer les difficultés du travail, par suite la dépense. Mais ce sont là, nous l'avons vu, des études qui sont du ressort du tracé définitif, et dans ce qui va suivre, nous avons surtout en vue l'exécution.

Voici comment on procède :

Une série de signaux, piqués sur le sommet el sur les flancs du massif, donnent l'alignement extérieur du souterrain. Voilà pour la direction.

Les profils consultés permettront de déterminer aisément les profondeurs de la galerie en ses différents points, et l'étude géologique du sol sous-jacent fera connaître la nature des couches qu'elle doit traverser. On pourra commencer alors à creuser, de distance en distance, un certain nombre de puits situés en ligne droite, tantôt dans l'axe du tunnel projeté, tantôt à quelques mètres de cet axe — nous verrons tout à l'heure pourquoi cette seconde méthode est préférable. — Quant à la distance des puits entre eux, elle est très-variable, et dépend surtout delà rapidité qu'on veut imprimer au travail : ainsi, tandis que les dix puits du tunnel de Saint-Cloud ne sont guère espacés que de cinquante mètres en moyenne, le souterrain de Blaizy a été percé au moyen de vingt et un puits, distants d'environ deux cents mèti'es. La durée de la conslruction a été, il est vrai, de quinze mois pour le premier, de trois ans et demi environ pour le second.

Une fois les puits creusés, chacun jusqu'au niveau de la voie, un atelier armé de pioches, muni de lampes et de boussoles — ces dernières servent à

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