PREMIERE PARTIE. — LA VOIE
sur une grande échelle; des conducteurs^ à qui est confiée la surveillance des gardes-voie et des cantonniers, la visite de la voie et l'exécution des réparations indispensables à la sécurité des convois. Enfin, dominant tout ce personnel, vient Vingénieur de la voie. Une fois par mois, au moins, ce fonctionnaire doit inspecter la ligne entière, s'assurer de l'observation des règlements, prendre note des travaux extraordinaires, en rédiger les projets, et les faire exécuter, après autorisation de la direction.
Tel est le personnel attaché à la surveillance et à l'entretien de la voie.
Tu as pu remarquer, tout le long du chemin de fer, et de distance en distance, ces modestes employés, le plus souvent vêtus d'une blouse bleue et coiffés d'un chapeau de cuir bouilli, sur le front duquel se détachent ces mots découpés dans une bande de cuivTe : Chemin de fer ; postés près des passages à niveau, un petit drapeau roulé à la main, ils indiquent au chef de train que la voie est libre, quand il tendent le bras dans une direction parallèle à la voie', le drapeau déployé, vert ou rouge, en travers du chemin, est au contraire un signal de ralentissement ou d'arrêt. Ce sont les gardes-voie.
Enlever de la voie — du moins dans la partie qui leur est confiée — tous les objets qui pourraient entraver ou seulement gêner la marche des trains, donner ou transmettre les signaux, ouvrir et fermer les barrières, écarter les bestiaux, nettoyer à fond les
* Les gardes de station se placent au contraire à angle droit sur la voie, annonçant ainsi au train qu'il doit s'arrêter.
rainures sous les passages à niveau, constater les ruptures de rails, les éboulements, donner, s'il y a lieu, le signal de ralentissement ou d'arrêt, ramasser avec soin le coke tombé sur leur triage, les effets, les ballots échappés des wagons et des voitures, tel est le service assigné aux gardes-voie. Les règlements les rendent responsables des retards occasionnés par un embarras qu'ils n'auraient pas fait disparaître, ou au moins signalé.
Voyageurs, chaudement renfermés dans vos voitures bien closes, à l'abri du mauvais temps, songez quelquefois à ces vigilants gardiens, dont l'active surveillance est la sauvegarde de votre sécurité. Une pauvre guérite, voilà tout ce qu'ils ont pour se garer des plus violentes bourrasques. Lisez l'article 16 du règlement de la ligne de Strasbourg à Bàle : « La pluie, la neige ou autre intempérie ne peut être un prétexte d'absence pour les gardes, et ils ne peuvent s'éloigner du chemin de fer en aucun instant de la journée, sous peine de renvoi immédiat. »
Lorsque les compagnies, pour récompenser des services si pénibles, donnent au garde-voie, pour lui et sa famille, la jouissance d'une maisonnette et d'un coin de jardin qu'd cultive à ses rares moments de loisir, songez que ce n'est pas générosité, mais justice.
— Tous ne sont pas aussi heureux, dis-je. Je me rappelle avoir vu le long des solitudes pierreuses de la Cran d'Arles, de pauvres femmes en guenilles, remplir les fonctions de garde-voie, loin de toute maison, de tout abri. Depuis, on aura fait construire quelques maisons, je pense, pour loger ces pauvres gens.