PREMIERE PARTIE. — LA VOIE
— Au point où j'en suis de mon étude, repris-je, je désire particulièrement connaître ce qui est relatif à l'entretien et aux réparations de la voie et de son matériel, des rails, des traverses, de l'ensablement, des ouvrages d'art. Plus tard, je te prierai de me dire un mot du matériel roulant, locomotives, wagons et voitures.
-— Volontiers. Suppose donc, pour plus de simplicité, qu'il s'agisse d'une ligne récemment ouverte à la circulation. Je devrais dire, pour plus de méthode; car, en ce cas, contrairement à ce que tu pourrais croire, l'entretien exige souvent plus de soins et de travaux que pour les lignes depuis longtemps exploitées. Tu vas en comprendre la raison. Dans un chemin nouveau, où les remblais sont d'une grande hauteur, où, par conséquent, les mouvements de terrains ont été considérables, l'inégal tassement des terres donne lieu, pendant les deux ou trois premières années, à des déformations presque journalières de la voie. La nature du sol indue beaucoup sur leur intensité, mais les causes en sont aisées à imaginer ; par exemple : pressions exercées par le passage des trains, action des intempéries, brusques variations des phénomènes météorologiques, pluies, sécheresse, froids, dégels, etc. Avec le temps, l'équilibre s'établit.
J'imagine donc que l'ingénieur qui a reçu la voie, a examiné, vérihé, inspecté dans tous ses détails l'état de la ligne qu'on vient, sur son rapport, de livrer à la circulation. Par hypotbèse, parmi tant et de si minutieux détails, tous importants pour la marche du service, aucun n'a échappé à son œil scrutateur, à sa
sévère vigilance : on serait tenté de croire à la perl'ei tion de l'œuvre.
Eh bien, tout n'est pas dit ; et c'est vraiment le cî d'appliquer le précepte de Boileau — à supposer qi Boileau, vivant à notre époque, eût cru devoir cous; crer sa droite raison à rimer les règles de l'art du coi structeur de chemins de fer :
Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse et le repolissez.
La voie n'est pas plutôt livrée à la circulation qu commence une surveillance de tous les instants, i qu'un service et un personnel spéciaux, sans cesse oi cupés à la recherche des points défectueux, fonctioi nent partout régulièrement. Ces points défectueux, marche même de ce grand organisme les met en év dence. C'est un rail qui se brise sous l'énorme pre sion d'un convoi ; des traverses qui se dérangent, d( coins qui se desserrent, des chevillettes qui sautent, et plus tard, comme je te l'ai dit tout à l'heure, toi tes les déformations que peuvent subir les remblais ou les parties de voie qui traversent des régions m^ récageuses.
— Et qui charge-t-on du soin de reconnaître et d réparer ces accidents ?
— C'est toute une hiérarchie : des gardes-voie, pou la surveillance journalière et les menues réparations des cantonniers-poseurs , pour les réparations urgente; qui exigent un outillage spécial et Thabitude de ce sortes de travaux ; des ateliers de démontage, de pos et de substitution, pour les remaniements qui se fou