QU EST-CE QUE LA LOCOMOTIVE
Mécanismo de la distribution de la vapeur ; coulisse de Stephcnson.
— La coulisse considérée comme appareil de changement de marche.
— Ce qu'on entend par avance et recouvrement ; détente fixe et détente variable. — Mode d'alimentation de la chaudière; les pompes; l'injef^teur Giftard. — Sitflet à vapnir, soupapes de sûreté. — La locomotive vue d'arrière; le mécanicien à son poste. — Le tender; description intérieure, freins.
Je ne sais ce qu'on doit le plus admirer, quand on se donne la peine d'étudier la locomotive, de la complexité des oriïanes qui concourent à produire ce résultat, en apparence si simple, le mouvement, ou de l'incomparable harmonie de l'ensemble. Certes, il y a loin de ce mécanisme automatique à l'être organisé, à la vie; mais on a peine à se défendre d'une comparaison, où d'ailleurs les analogies abondent, entre l'animal et la macbine, et Ton arrive de la sorte à se faire une haute idée de l'intelligence qui a su combiner dans un tout harmonieux les lois de la physique,
les données de l'expérience et les conceptions abstraites de la mécanique et de la géométrie.
Les deux points importants, dont il me reste à vous entretenir, achèveront, s'il en est besoin, de vous convaincre. Je veux parler, et du mécanisme qui permet à la locomotive d'avancer ou de rebrousser chemin à volonté, et de celui qui sert à l'alimentation continue de la chaudière. Tous les deux se voient extérieurement sur notre machine : c'est ce dont vous allez pouvoir vous assurer, en jetant les yeux sur le dessin delà page *227.
La forme extérieure de la chaudière accuse nettement les trois parties principales qui la composent : boîte à feu, corps cylindrique et boite à fumée. En avant, et légèrement incliné à la hauteur du châssis de la machine, apparaît le tiroir et sa tige; un peu au-dessus, une portion du tuvau d'échappement, et, dans une direction oblique à celle de ce dernier, l'un des deux tuyaux d'admission. A la partie supérieure du corps cylindrique, vous apercevez la tringle du régulateur, qui se perd dans la boîte en fonte où se loge ce dernier. Une seconde tringle se voit un peu au-dessous : elle sert à régler le tirage, en ouvrant ou fermant les valves mobiles dont nous avons parlé plus haut. Quant au cylindre, à la tige du piston et à la bielle motrice, comme ils sont placés à l'intérieur des roues, on ne peut s'attendre à les trouver ici; mais notre coupe longitudinale, si vous en avez souvenir, nous les a déjà fait voir.
Des trois paires de roues de la machine, c'est celle du milieu, qui reçoit ici directement l'action de l'ap-
pareil moteur: de là, leur nom de roues motrices; les roues d'avant, accouplées à celles-ci par des bielles horizontales qui les rendent solidaires, ont un diamètre pareil, tandis que les roues d'arrière sont indépendantes et d'un plus petit diamètre. Les roues accouplées permettent d'utiliser, pour l'adhérence, une plus grande partie du poids de la machine.
Voyons maintenant le mécanisme de la coulisse, dont les pièces sont visibles entre l'essieu moteur et le tiroir.
L'essieu dont il s'agit, au lieu de porter de chaque côté un seul excentrique, en possède deux, juxtaposés, dont les barres font entre elles un certain angle et sont articulées aux extrémités d'une pièce métallique de forme circulaire : c'est à cette pièce qu'on donne le nom de coulisse. La coulisse est ici fixée par son milieu au bâti de la locomotive; elle reçoit, dans une rainure qui court dans toute sa longueur, l'extrémité mobile de la bielle du tiroir. Dans le mouvement de rotation de l'essieu, que devient la coulisse? Il est clair que chaque bielle d'excentrique concourt à la faire os ciller autour de son point milieu ; mais il est également facile de comprendre qu'une .seule agit sur le tiroir : c'est celle dont l'extrémité aboutit directement à sa tige.
Yeut-on que le tiroir reçoive son mouvement de l'autre barre d'excentrique, il suffira d'amener la bielle du tiroir en regard de celle-ci, mouvement que le mécanicien imprime à volonté par une série de bras de leviers et de tringles. On voit, sur le dessin, l'extrémité du levier de changement démarche, à l'arrière