TROISIÈME PARTIE. — BIATÉRIEL ROULANT
Quant à la graisse, elle ne sert que dans le cas, dangereux pour la conservation de l'essieu, où l'huile, devenue trop fluide par un échauffement excessif, ne reste plus interposée entre les surfaces frottantes. Qu'arrive-t-il alors, en effet ? Que le métal se grippe ; et, sicet accident se produit sans qu'on s'en aperçoive, dans l'intervalle de deux stations, la fusée peut être coupée, l'essieu brisé, et la voiture sous le coup d'un grave accident.
La graisse \ient alors suppléer à l'huile, et voici comment : le réservoir à graisse communique avec la fusée par des conduits, d'ordinaire fermés par des bouchons de métal fusible ; la chaleur augmente-t-elle? les bouchons fondent, et la graisse vient alors enduire les surfaces en danger do gripper.
Les modèles de boîtes à graisse ou à huile sont trèsnombreux. .Lai voulu seulement, en vous décrivant un des meilleurs, vous donner une idée de ces appareils, dont sont munis tous les véhicules qui se meuvent sur les voies ferrées.
Sur les routes ordinaires, les voitures sont aussi graissées; mais il est aisé de voir, par la complication du système adopté sur les chemins de fer, que là, comme en une foule d'autres circonstances, ce n'est ni par la simplicité ni par l'économie que se recommande le matériel nouveau. Qu'y a-t-il là d'étonnant? la vitesse considérable, le poids des voitures, les charges qu'elles transportent, rendent indispensables ces moyens coûteux de conservation.
Une boîte à graisse coûtant de 18 à 27 francs, la dépense, pour une voiture à six roues, varie entre 108 et
162 francs* ; mais cette dépense de premier établissement est peu de chose, si on la compare à l'entretien journalier, pendant toute la durée du service.
Quant au métal qui les compose, c'est ordinairement la fonte de fer, pour le corps et le fond de la boîte; le coussinet seul est en bronze.
Il me resterait à parler des freins; mais ces appareils méritent un examen spécial. Ce sera donc l'objet d'une étude à part.
Tout ce que nous venons de dire concerne le train des voitures, sans distinction de genres : or, c'est par la forme des caisses que diffèrent surtout les nombreuses sortes de wagons qui roulent sur presque toutes les grandes lignes, et dont les dispositions varient avec l'usage auquel ils sont destinés.
Je doute fort que vous soyez curieux de passer en revue cette longue nomenclature de wagons, de fourgons, de trucks, qui composent l'immense matériel d'un chemin de fer^ Les uns servent uniquement au transport des voyageurs, et vous les connaissez à ce titre même, soit que votre fortune vous permette l'accès de ces voitures luxueuses ou confortables qui forment la première et la seconde classe, soit que, par économie forcée ou par fantaisie, vous vous enfermiez
' Pour une ligne qui, comme le chemin de l'Est, possède un matériel roulant de 13,952 véhicules, c'est au minimum, en ne donnant que quatre roues à chacun d'eux, hypothèse au-dessous de la vérité, c'est une dépense moyenne de 1,900,000 francs. Le prix que j'ai cité plus haut ne s'applique point aux boîtes à graisse des locomotives, plus volumineuses, et dont la fabrication exige d'ailleurs un soin tout particulier.
- Le tableau suivant, qui présente l'état du matériel roulant appartenant au clicmin de Lyon au l""^ janvier 1801, locomotives ri tenders