DEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE
de la chaudière : le métal s'oxyde, des fuites se déclarent. C'est la plus détestable chose du monde.
— Mais ne peut-on pas, dis-je, prévenir ces inconvénients par le mélange de substances chimiques, dont la réaction précipite les sels?
— Sans doute. Malheureusement, il arrive qu'on attaque ainsi le fer. En somme, le meilleur et le plus sûr, c'est depurifier à l'avance les eaux des réservoirs, youlez-vous, d'ailleurs, savoir à quelle économie conduit l'emploi d'eaux pures pour l'alimentation de nos machines? à dix centimes au moins par kilomètre parcouru, plus de 2000 francs par an pour chaque machine * .
Ce n'est pas tout, que d'avoir une eau pure. Si l'alimentation a lieu l'hiver, les réservoirs, les conduits gèlent, les pompes elles-mêmes courent le risque de ne plus pouvoir fonctionner.
Que fait-on?
On chauffe l'eau dans des réservoirs spéciaux , ou encore, profitant de l'excès de vapeur des locomotives au repos, on envoie cette vapeur au tender par les tuyaux réchauffeurs. Dans le premier cas, vous comprenez bien qu'on ne se sert pas, pour texhauffage, de coke de première qualité, mais de combustible de rebut. Indépendamment de l'économie, il y
1 . On verra plus loin , que le parcours moyen annuel d'une locomotive est, en France, d'environ 21200 kilomètres; c'est donc une économie de 2120 francs, par ao «t par machine.
a cette raison, que l'eau froide, envoyée dans une chaudière en activité, va tout à coup, — je parle des machines en marche — abaisser la tension de la vapeur, et mettre le mécanicien dans rembarras.
Puisque je vous ai dit un mot du choix de l'eau, c'est le moment de parler de celui du coke.
— Une seule question, interrompis-je. Ne brûlezvous donc jamais de houille, ni dé bois?
— De bois ; cela ne m'est pas arrivé. J'ai ouï dire toutefois qu'à l'étranger, en Amérique, on chauffe les machines au bois. Quant à la houille, si elle est un peu grasse, elle gêne le tirage; dans tous les cas, elle donne trop de fumée. On la réserve pour la conduite des trains de marchandises. Jadis, on nous donnait des cokes de médiocre qualité; aujourd'hui les compagnies s'attachent à nous fournir les meilleurs combustibles : ce n'est pas nous qui nous en plaignons, demandez plutôt à mon chauffeur.
Il faut que le coke soit dur, ni trop menu ni trop gros ; la houille d'où il a été extrait par la carboni* sation, a été préalablement lavée, débarrassée des matières étrangères '.terreuses, qui donnent trop de poussière et de cendres; schisteuses et pyriteuses, qui détériorent les foyers et les grilles.
On fabrique maintenant avec les houilles menues, des briquettes qui servent aux machines à marchandises.
Vous avez pu voir tout à l'heure, comment était