MIXTE
EKGERTH.
kit.
kil.
Comprend-on maintenant, à voir ces nombres énormes, pourquoi les rails ont dû atteindre les
poids de 30, 37 et 38 kilogrammes par mètre courant; pourquoi Ton a dû, en même temps, rapprocher peu à peu les traverses à une distance de 90 centimètres? Jadis, une machine pesait jusqu'à 5 tonnes! Quelle différence avec ces puissantes Engerth, qui en pèsent plus de quarante, et dont l'adhérence totale est mesurée par une pression' de 62 800 kilogrammes, près de 63 tonnes !
Il est vrai d'ajouter que des machines à voyageurs, d'un excellent service, créées pour le service du chemin de Rouen, les locomotives Buddicorti, ne pèsent pas 15 tonnes à vide, et chargées, plus de 17 tonnes. Vraie cavalerie légère de l'armée des railways, simples dans leur construction, économiques dans leurs réparations, elles exigent seulement une nourriture choisie, je veux dire du coke de première qualité.
Voyons maintenant comment ces masses, si différentes suivant les types, se traduisent en vitesse et en puissance. En d'autres termes, examinons quel service utile rend en réalité, l'action alternative de la vapeur sur l'une et l'autre face du piston. A ce propos, qu'on nous permette de rappeler quelques principes de mécanique.
Quand une force, quelle qu*en soit la nature, est employée à mouvoir un corps, comment peut-on se rendre compte de sa puissance? Ce n'est point par ce qu'on nomme, sans trop savoir ce qu'on dit, l'es-
sence de la force— que connaissons-nous de l'essence des choses ? rien —mais c'est par ses effets sensibles, c'est-à-dire mesurables. Deux éléments concourent à nous donner une idée nette de la puissante motrice : la quantité de la massé mobile ou le poids mû, et l'espace parcouru par seconde, c'est-à-dire la vitesse.
Le poids du mobile restant le même, la vitesse double-t-elle? La force motrice a pareillement doublé. De même, la vitesse triplée, quadruplée, décuplée,... correspond à une force triple, quadruple, décuple.... Si, au contraire, la vitesse reste la même, et que le poids entraîné double ou triple, l'expérience prouve qu'alors la force a dû croître en énergie de la même façon, absolument comme dans le premier cas. De ces deux ordres de faits, il résulte évidemment cette conséquence, que d'ailleurs l'expérience confirme :
Quand le poids du mobile et la vitesse varient en même temps d'une façon quelconque, la puissance motrice est constamment proportionnelle au produit de la multiplication du poids par la vitesse.
Ainsi les puissances de deux machines peuvent être regardées comme égales, non-seulement quand appliquées à deux trains, dans les mêmes circonstances, elles impriment à leurs masses des vitesses égales, mais encore, si, appliquées à deux trains de poids différents, les vitesses différentes sont telles
qu'il y ait égalité entre les deux produits des poids parles vitesses 1 .
— Nous savions tout cela, vous écrierez -vous peut-être.
— Tant mieux, lecteur. Mais combien de gens honnêtes, et d'ailleurs fort instruits, ont étudié tout autre chose que la dynamique. C'est pour eux que j'ai risqué la digression.
A quoi tient la puissance d'une machine? A la quantité de vapeur que sa chaudière peut produire en un temps déterminé, puis— condition tout aussi nécessaire — à la manière dont s'effectue la dépense de vapeur produite : la capacité des cylindres, la disposition des organes de distribution, lumières, condensateurs,... etc., tous ces éléments, concourent à utiliser d'une façon plus ou moins complète
1. Exemple : une locomotive Crampton remorque un train de 40 tonnes, avec une vitesse de 56 kilomètres à l'heure, et une locomotive à marchandises, dans les mêmes circonstances, remorque un train de 64 tonnes, avec une vitesse de 35 kilomètres.
Multiplions 40 par 56 : produit, 2240;
De même, 64 par 35 : produit, 2240. Concluons de là, que les deux machines développent en ce moment la même puissance,* bien qu'elles la manifestent par des résultats fort différents.
Veut-on connaître la puissance des locomotives évaluée en chevaux de force? Voici : fonctionnant dans les mêmes conditions que les machines fixes, les plus puissantes ne pourraient développer un travail supérieur à 20 ou 25 chevaux; mais, grâce à la pression élevée de la vapeur et à la vitesse considérable des pistons, leur travail est au moins de 200 à 300 chevaux, dont 150 sont appliqués au remorquage des voitures.