TROISIÈME PARTIE. — LES GARES
Dans un chemin de fer, — au point où nous en sommes de notre explication, c'est chose bien reconnue — tout doit tendre d'abord à la plus grande somme d'utilité: l'économie de ressorts, de moyens, l'ordonnance, la régularité, la symétrie doivent passer avant tout. Dans la construction d'une gare, on doit donc chercher d'abord l'utile; le beau viendra par surcroît. Faut-il s'étonner de ce qui est la loi môme de l'art sous toutes ses formes? Et n'y a-t-il pas dans ce fait, une simple paraphrase de l'aphorisme de je ne sais plus quel poète philosophe : « Le beau est la splendeur du vrai. » Voyez le corps humain, ce type d'éternelle beauté : quelle harmonie résulte des rapports nécessaires entre les fonctions des organes, leur disposition et la forme extérieure qui recouvre l'ingénieuse charpente! Artistes, soyez d'abord vrais, sincères; et vos travaux, s'ils ne sont pas tous des chefs-d'œuvre, conquerront, à défaut d'une vogue éphémère, une estime sincère et durable, éomme la pensée qui les aura produits.
L'aspect extérieur d'une gare, le caractère de son ornementation doivent donc refléter, et la destination du monument, et sa distribution interne. La légèreté, la hardiesse des formes, une certaine simplicité qui n'exclut point la grandeur, et qui croîtra d'ailleurs à mesure que diminuera l'importance de la localité desservie : telles sont, ce me semble, les
qualités qu'on doit exiger de l'architecture nouvelle.
On a déjà compris d'ailleurs, quelle variété résultera pour les gares des divers ordres, sur les différentes lignes de fer, de la diversité combinée des matériaux employés, des climats de chaque région, enfin du génie propre à chaque peuple.
Mais quittons les généralités, et passons en revue quelques-uns des monuments les plus remarquables en ce genre.
L'intérieur nous occupera d'abord ; et quand je parle de l'intérieur, j'ai surtout en vue, on le conçoit, les grandes halles couvertes destinées à l'embarquement et au débarquement des voyageurs et de leurs bagages, les salles de distribution des billets, enfin les salles d'attente.
La grande halle sous laquelle viennent s'abriter les convois est évidemment, pour chaque gare, et surtout pour les têtes de lignes ou gares extrêmes, le morceau capital du monument, centre autour duquel convergent toutes les autres parties de l'édifice. C'est lui qui donne le style à tout le reste. Le fer et la fonte, le bois et la pierre, concourent à sa construction. C'est là que le génie des architectesingénieurs s'est vraiment donné pleine carrière. Quelle hardiesse dans ces arcades que supportent d'élégantes colonnes de fonte, dans ces nefs aux nervures déliées, où chaque ornement a sa raison