‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 56 sur 227 · PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE

vrai dire qu'entre les piles extrêmes, est relié de chaque côté à la terre ferme. Deux ponts tournants en fonte, dont les axes de rotation sont adhérents aux culées, permettent d'interrompre ou de rétablir à volonté, sur chaque rive du Rhin, la circulation des voies. L'un d'eux est ici représenté dans sa position normale, espérons-le : c'est dire qu'il donne accès aux convois. L'autre, au contraire, interdit l'entrée du pont.

Avant de livrer à la circulation ce remarquable ouvrage, on lui a fait subir, en présence des ingénieurs, une épreuve solennelle. Les deux ponts tournants ont obéi, malgré leur masse, à l'action de quatre hommes ; alors, un train de cinq locomotives suivies de leurs tenders, du poids total de 175000 kilogrammes, s'est avancé sur la première travée du milieu; un autre train, composé de quinze wagons, a pris l'autre voie, puis cinq locomotives sur chaque voie ont marché de front, stationnant sur divers points. Enfin, quatorze locomotives et quatre-vingts wagons, formant un poids total de 960000 kilog. — c'était 8000 kilog. par mètre courant — n'ont pu faire fléchir le tablier que de 12 millimètres, et cela pendant une journée d'essais.

Je laisse au lecteur le soin de juger de la forme architecturale adoptée par les ingénieurs allemands. Il ne m'appartient pas de dire, si des pastiches de

l'art des quatorzième et quinzième siècles sont bien adaptés à une œuvre moderne , et si l'aspect extérieur du pont de Kehl est en harmonie avec le caractère de précision, qui semble devoir appartenir au style de l'architecture industrielle.

î>armi les ponts à treillis, je citerai encore, avant de passer aux ponts et viaducs en maçonnerie, celui qui traverse l'Aar; long de plus de 160 mètres, il supporte au-dessous de la voie ferrée un passage destiné aux piétons et aux voitures. Il a coûté onze cent mille francs environ.

De tous les ouvrages d'art de la voie, les ponts et viaducs en pierre, en moellons ou en briques, sont certes les plus imposants, sans doute même les plus durables. Mais aussi, il faut avouer qu'ils semblent empreints d'une originalité moindre que celle des ponts métalliques. Les anciens nous ont laissé des modèles si grandioses, qu'il ne manquera pas de gens tout prêts à rabaisser «u profit des oeuvres de l'antiquité, les constructions modernes.

Parle-t-on, devant ces fanatiques d'archéologie, d'une œuvre nouvelle, vite ils vous citent les dimensions d'un monument égyptien, romain ou grec; les pyramides d'Egypte, le Colysée, le pont du Gard et tutti quanti, voilà les objets de leur admiration exclusive. Nous n'avons aucune envie de ressusciter, si peu que ce soit, la vieille querelle du pa-

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