‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 55 sur 227 · PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE

les fissures de ses bords inférieurs, et enfin mettra à nu, pour ne pas dire à slec, le lit du gravier sur lequel il repose. Seul, le cylindre du milieu, qui pénètre jusque dans le gravier, continuera à être rempli d'eau.

C'est alors, que les ouvriers descendent dans la chambre d'air comprimé. Mais pour que la transition de l'atmosphère libre à cette atmosphère factice ne donne lieu à aucun accident, on a imaginé un système de chambres intermédiaires, munies de soupapes, véritables écluses à gaz, qui surmontent les cheminées latérales, et donnent ainsi passage aux ouvriers.

. L'opération efct maintenant aisée à comprendre. Sous la protection d'une pression de deux où trois atmosphères, qui les garantit contre l'envahissement des eaux du fleuve, nos hommes fouillent le gravier, qu'ils rejettent vers la partie centrale. Une drague, dont les godets remontent le long de la cheminée pleine d'eau, déverse à l'extérieur, dans un bateau, les déblais des fondations. Peu à peu donc, le caisson descend, pressé d'ailleurs par le poids de la maçonnerie qu'on construit à mesure, à l'air libre, sur son plancher supérieur : des engins spéciaux le guident dans sa descente. Arrivé à la profondeur voulue, chaque caisson et ses trois cheminées sont remplis de béton : les fondations sont ainsi terminées.

Le pont de Kehl est formé de deux culées et de quatre piles, dont les deux extrêmes ont des dimensions plus fortes que les deux autres; aussi, tandis que les fondations de ces dernières reposent sur trois. caissons, les piles extrêmes sont fondées sur quatre»

Il ne faut pas croire que le travail, dans des cavités remplies d'air à une telle pression, s'exécute sans peine ou même sans danger. Pour un grand nombre d'ouvriers, le passage trop rapide de cette atmosphère artificielle à l'air libre, a été la cause, soit d'affections passagères, soit de maladies qui ont profondément altéré leur constitution. Des soins spéciaux, des précautions louables avaient sans doute été prises, à la décharge des entrepreneurs et des ingénieurs, chargés de cette belle construction. Mais, sans vouloir rien ôter à la légitime admiration, que nous inspire la vue des monuments dus au génie industriel de l'homme , ne faut-il pas déplorer le sort de ces victimes obscures du travail?

Le pont de Kehl a coûté huit millions. C'est aux ingénieurs français qu'est due la construction des piles ; les ingénieurs badois ont eu en partage la construction des tabliers et des ponts tournants. On peut voir, sur le dessin qui précède, comment le pont tubulaire, dont les deux galeries^ avec leurs trottoirs latéraux pour les piétons, ne régnent à

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