PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
jeu d'échec; les routes et les rivières deviennent des' rubans, les collines s'affaissent au niveau des plaines et des vallées. Plus vous montez, plus l'illusion grandit, plus l'image du sol placé sous vos yeux se rapproche de l'aspect qu'offre une carte, un plan topographique. Tous les points du terrain, quelles que soient leurs hauteurs verticales, se sont pour ainsi dire abaissés au niveau du plan de l'horizon.
Ce que ma comparaison ne saurait vous apprendre, c'est comment nos géomètres obtiennent un pareil tableau. Ils y parviennent au moyen d'une série de manœuvres et de calculs dont la pratique est longue et délicate, mais dont les principes sont assez simples, pour que j'essaye de vous en donner au moins une idée.
Retournons ensemble sur le terrain. Notons un certain nombre de points, arbres, clochers, maisons, jalons plantés exprès, sommets de colline, peu importe. Joignons-les deux à deux, en pensée, par des lignes droites.* Que formons-nous ainsi? Une série de triangles, dont l'ensemble est ce qu'on nomme un canevas topographique. Si, comme il est probable , tous les points que nous avons choisis ne sont pas de niveau, mais situés à diverses hauteurs, les lignes tracées dans notre esprit montent , descendent, restent horizontales, suivant les cas. Eh bien , sans que leur direction change, imaginez-les
toutes horizontales. Vous aurez fait comme le chasseur qui, visant d'abord un objet situé sur un monticule, rabat son fusil parallèlement au plan horizontal,
Fig. 1. Image de la réduction d'une ligne à l'horizon.
et vise le pied idéal de l'objet prolongé verticalement jusqu'à ce plan.
Cette réduction à l'horizon — c'est le terme employé—nous donnera une certaine figure, un -polygone, en terme de géométrie; et désormais, toute notre attention va être consacrée à obtenir sur le papier, une figure identiquement semblable à la figure réelle, de manière que les dimensions de chacune des lignes droites qui la composent con-