PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
céments et traversées de voie, pour les plaques, pour les signaux; tant il importe que tout soit en ordre dans la grande machine, avant de la livrer au mouvement. 11 y va de la sécurité, de la vie des voyageurs et des employés ; sans compter que tout cela intéresse fort la bourse de la compagnie.
Rien n'empêche plus maintenant, de fixer le jour de l'inauguration de la ligne.
Dispensez -moi seulement' de la description de ces fêtes, qui ressemblent plus ou moins à toutes les fêtes, et que d'ailleurs vous connaissez sans doute, soit pour y avoir assisté, soit pour en avoir lu, dans les journaux, la pompeuse narration. J'aime mieux vous faire le récit d'une visite et d'une conversation, qui se rapportent l'une et l'autre, à l'un des plus importants chapitres de cette explication des chemins de fer.
Nous venions d'assister, mon frère et moi» à l'inauguration du tronçon de Dijon à Dôle. C'est une petite ligne sans doute, si l'on en mesure l'importance aux dimensions kilométriques; mais on en apprécie mieux la valeur commerciale, industrielle et stratégique, quand on songe qu'elle relie à la grande voie de Paris à Marseille, Ja Franche-Comté et la Suisse.
Il nous semblait d'un bon augure pour la fusion, imparfaite encore, des provinces de l'Est, de voir
marier de la sorte les vignobles de la Côte-d'Or aux coteaux du Jura, et rapprocher tout ensemble, les tonneliers bourguignons des vignerons franc-comtois, les fabriques de Mulhouse des forges et des houillères du Creuzot.
Nous avions été, la journée entière, sous l'influence de ces idées, qui formèrent, on le devine bien, le thème de tous les discours officiels ; notre pensée était pleine detf promesses de la haute prospérité dont la nouvelle route de fer devait combler les pays qu'elle traverse. Et cependant, tout en applaudissant, dans une certaine mesure, à cette transformation si radicale, des modes de transport et de locomotion, qui contribueront à préparer un nouvel avenir social, malgré moi je songeais au passé,
La poésie des vieux souvenirs, évoquée par une de ces belles et mélancoliques soirées, qu'un demiclair de lune rendait plus calme encore et plus touchante, retraçait à mon esprit l'image, tantôt gaie, tantôt sérieuse, des vieilles coutumes du pays. « Adieu! pensais-je, les longues routes poudreuses bordées de hêtres ou de peupliers, et dont les zigzags, d'un blanc jaunâtre, ici longeaient les rivières, là côtoyaient et gravissaient les collines, ailleurs faisant leurs trouées dans les bois ou descendant au fond des vallées! Adieu les lourdes diligences, d'où Ton sortait les jambes engourdies,