PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
tant et de si minutieux détails, tons importants pour la marche du service, aucun n'a échappé à son œil scrutateur, à sa sévère vigilance : on serait tenté de croire à la perfection de l'œuvre.
Eh bien! tout n*fest pas dit; et c'est vraiment le cas d'appliquer le précepte de Boileau — à supposer que Boileau, vivant à notre époque, eût cru devoir consacrer sa droite raison à rimer les règles de l'art du constructeur de chemins de fer :
Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage , Polissez-la sans cesse et le repolissez.
La voie n'est pas plutôt livrée à la circulation que [commence une surveillance de tous les instants, et qu'un service et un personnel spéciaux, sans cesse occupés à la recherche des points défectueux, fonctionnent partout régulièrement. Ceâ pbints défectueux, la marche même de ce grand organisme les met en évidence. C'est un rail qui se brise sous l'énorme pression d'un convoi; des traverses qui se dérangent, des coins qui se desserrent, des chevillettes qui sautent.... et plus tard, comtne je tê l'ai dit tout à l'heure, toutes les déformations que peuvent subir les remblais, ou les parties de voie qui traversent des régions marécageuses.
— Et qui charge-t-on du soin de reconnaître et de réparer ces accidents?
— C'est toute une hiérarchie : des gardes-voie, pour la surveillance journalière et les menues réparations; des cantonniers poseurs, pour les réparations urgentes, qui exigent un outillage spécial et l'habitude de ces sortes de travaux; des ateliers de démontage, de pose et de substitution, pour les remaniements qui se font sur une grande échelle ; des conducteurs^ à qui est confiée la surveillance des gardes-voie et des cantonniers, la visite de la voie et l'exécution des réparations indispensables à la sécurité des convois. Enfin, dominant tout ce personnel, prient Yingénieur de la voie. Une fois par mois, au moins, ce fonctionnaire doit inspecter la ligne entière, s'assurer de l'observation des règlements, prendre note des travaux extraordinaires, en rédiger les projets, et les faire exécuter, après autorisation de la direction.
Tel est le personnel attaché à la surveillance et à l'entretien de la voie.
Tu as pu remarquer, tout le long du chemin de fer, et de distance en distance, ces modestes employés, le plus souvent vêtus d'une blouse bleue, et coiffés d'un chapeau de cuir bouilli, sur le front duquel se détachent ces mots découpés dans une bande de cuivre : chemin de fer; postés près des passages à niveau, un petit drapeau roulé à la main, ils indiquent au chef de train que la voie est libre, quand ils tendent le bras dans une direction parallèle à la