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TROISIÈME PARTIE. — RÉFECTION DE LA VOIE

francs-comtois, les fabriques de Mulhouse des forges et des houillères du Creusot.

Nous avions été, la journée entière, sous l'influence de ces idées, qui formèrent, on le devine bien, le thème de tous les discours officiels ; notre pensée était pleine des promesses de la haute prospérité dont la nouvelle route de fer devait combler les pays qu'elle traverse. Et cependant, tout en applaudissant, dans une certaine mesure, à cette transformation si radicale des modes de transport et de locomotion, qui contribueront à préparer un nouvel avenir social, malgré moi, je songeais au passé.

La poésie des vieux souvenirs, évoquée par une de ces belles et mélancoliques soirées, qu'un demiclair de lune rendait plus calme encore et plus touchante, retraçait à mon esprit l'image tantôt gaie, tantôt sérieuse, des vieilles coutumes du pays. « Adieu! pensais- je, les longues routes poudreuses bordées de hêtres ou de peupliers, et dont les zigzags d'un blanc jaunâtre, ici longeaient les rivières, là côtoyaient et gravissaient les collines, ailleurs faisant leurs trouées dans les bois ou descendant au fond des vallées! adieu les lourdes diligences, d'où l'on sortait les jambes engourdies, cuisant de chaleur, ou les pieds gelés! Je voyais passer devant moi, pour la dernière fois, les longues files de chars francs-comtois et leurs rouliers, crânement coiffés sur l'oreille de leurs

bonnets multicolores ; je m'arrêtais avec eux au Lion d'or ou au Cheval blanc, dans une de ces bonnes grosses auberges où fumait l'omelette au lard sur les tables luisantes... — C'en est fait de vous, m'écriais-je, la civilisation impatiente vous met au rebut, sans vous jeter seulement un regard de compassion... »

A cet instant, je fus tiré de ma rêverie par l'obligation où nous fûmes de traverser un passage à niveau : les barrières venaient de s'ouvrir après le passage d'un train; les lignes des deux voies semblaient des rubans d'un gris noir, rayant la chaussée blanchie par la lumière de la lune.

Il était impossible de ne pas admirer comme nous avions pu le faire dès le matin, en côtoyant la chaussée, d'une part la propreté de la voie, la netteté, la régularité du ballastage, de l'autre les ouvrages d'art immaculés, les bâtiments lustrés et coquets, surtout les machines et les voitures étincelantes sous leur vernis nouveau. C'était bien là un chemin vierge encore. Mais bientôt les rails devaient se polir et s'user sous le frottement et sous la charge des trains, la voie se noircir du coke que laissent tomber les locomotives, le maté riel entier se ternir enfin sous les empreintes impitoyables du service.

C'est qu'une fois livrée à la circulation, une ligne de fer est le théâtre d'un mouvement continuel, d'un va-et-vient sans relâche. Sans songer à con-

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