‹ Les chemins de ferChapitre 108 sur 139 · TROISIÈME PARTIE. — RÉFECTION DE LA VOIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — RÉFECTION DE LA VOIE

millions! Mais ce qui t'intéresse, je le sais, n'est pas tant le combien que le comment.

— Au point où j'en suis de mon étude, reprisje, je désire particulièrement connaître ce qui est relatif à l'entretien et à la réparation de la voie et de son matériel, des rails, des traverses, de l'ensablement, des ouvrages d'art. Plus tard, je te prierai de me dire un mot du matériel roulant, locomotives, wagons et voitures.

— Volontiers. Suppose donc, pour plus de simplicité, qu'il s'agisse d'une ligne récemment ouverte à la circulation. Je devrais dire pour plus de méthode; car, en ce cas, contrairement à ce que tu pourrais croire, l'entretien exige souvent plus de soin et de travaux que s'il s'agit de lignes depuis longtemps exploitées. Tu vas en comprendre la raison. Dans un chemin nouveau, où les remblais sont d'une grande hauteur, où, par conséquent, les mouvements de terrains ont été considérables, l'inégal tassement des terres donne lieu, pendant les deux ou trois premières années, à des déformations presque journalières de la voie. La nature du sol influe beaucoup sur leur intensité, mais les causes en sont aisées à imaginer; par exemple : pressions exercées par le passage des trains, action des intempéries, brusques variations des phénomènes météorologiques, pluies, sécheresse, froids, dégels, etc. Avec le temps, l'équilibre s'établit.

« J'imagine donc que l'ingénieur qui a reçu la voie a examiné, vérifié, inspecté dans tous ses détails l'état de la ligne qu'on vient, sur son rapport, de livrer à la circulation. Par hypothèse, parmi tant et de si minutieux détails, tous importants pour la marche du service, aucun n'a échappé à son œil scrutateur, à sa sévère vigilance : on serait tenté de croire à la perfection de l'œuvre.

« Eh bien, tout n'est pas dit; et c'est vraiment le cas d'appliquer le précepte de Boileau — à supposer que Boileau, vivant à notre époque, eût cru devoir consacrer sa droite raison à rimer les règles de l'art du constructeur de chemins de fer :

Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez.

« La voie n'est pas plutôt livrée à la circulation que commence une surveillance de tous les instants, et qu'un service et un personnel spéciaux, sans cesse occupés à la recherche des points défectueux, fonctionnent partout régulièrement. Ces points défectueux, la marche môme de ce grand organisme les met en évidence. C'est un rail qui se brise sous l'énorme pression d'un convoi; des traverses qui se dérangent, des coins qui se desserrent, des chevillettes qui sautent... et plus tard, comme je te l'ai dit tout à l'heure, toutes les déformations que peuvent subir les remblais ou les parties de rails qui traversent des régions marécageuses.

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