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TROISIÈME PARTIE. — RÉFECTION DE LA VOIE

damment de ces causes de dégradations, il y en a d'autres qui font insensiblement subir leur influence, sur toute la ligne à la fois, à l'ensemble complet du matériel : telle est l'action des éléments et du temps comme celle du mouvement incessant des trains. Le frottement des roues sur les rails altère les surfaces de roulement : les trépidations qui en résultent modifient la composition moléculaire du métal, changent sa texture fibreuse, et de flexible qu'elle était, la rendent grenue et cassante. Peu à peu les coussinets, les chevillettes, les traverses se détachent, se brisent, se pourrissent.

« Aussi, au bout d'un temps donné, variable sans doute avec les diverses lignes et les divers systèmes qu'elles ont adoptés, faut-il renouveler le matériel de la voie. C'est ce qu'ont dû faire déjà plusieurs de nos grandes lignes.

« La Compagnie du chemin de fer du Nord, notamment, a procédé, à plusieurs reprises, à la substitution de nouvelles voies aux anciennes ; elle a même profité de cela pour faire de sérieux essais des nouveaux systèmes et pour modifier ses modèles de rails.

« Te dire au bout de combien d'années ce renouvellement devient nécessaire, est chose fort difficile, et d'ailleurs tu conçois que cette durée est extrêmement variable. Ici les rails sont légers, là beaucoup plus lourds : telle ligne emploie un

système, telle autre en emploie un tout différent; le poids des locomotives, celui des voitures et des wagons, le nombre et la charge des trains, tous ces éléments influent sur la plus ou moins grande durée du matériel, j'entends surtout des rails.

« D'après un récent rapport, les premières voies d'établissement du chemin de fer de Paris en Belgique n'ont fait qu'un service moyen de neuf années. Le nombre des trains de marchandises et de voyageurs qui ont, pendant cet intervalle de temps, parcouru la voie dans ses deux sens, a été d'environ 340 000 , c'est-à-dire d'environ 38 000 trains par an. Des ingénieurs ont calculé une durée moyenne de quinze années, à raison de 18 000 trains par an; mais énoncer de telles lois sans rien préciser sur les circonstances multiples qui les rendent si variables, c'est rester dans un vague dont l'intérêt est fort contestable 1 .

— Je suis de ton avis; mais comment procèdet-on au remplacement des voies sans interrompre le service, sans nuire tout au moins à sa régularité?

— Par une organisation toute spéciale, dont tu vas sans peine comprendre les voies et moyens... »

Mon frère se mit alors à m'expliquer la marche et la distribution du travail, dans les ateliers de

4. La substitution de l'acier au fer va modifier d'ailleurs d'une façon notable les chiffres qu'on vient de lire.

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