QUATRIÈME PARTIE. — LES GARES
qui offre à l'observateur le spectacle le plus piquant, les scènes les plus intéressantes. L'ancienne cour des Messageries, dont je parlais tout à l'heure, avait jadis une physionomie analogue à celle du vestibule d'une tête de ligne; mais elle s'en distinguait toutefois par un plus grand calme, un laisser aller tout plein de bonhomie. On y voyait bien, comme aujourd'hui, les voyageurs s'y partager en trois classes', celle des gens inquiets, qui arrivent volontiers deux ou trois heures avant le départ, dans la crainte de le manquer; celle des retardataires, qui accourent tout essoufflés, au moment même où le fouet du postillon claque, ou bien où le sifflet de la locomotive retentit; enfin, la classe beaucoup moins nombreuse des hommes exacts, qui tirent triomphalement leur montre de leur poche, en vérifient l'exacte concordance, à une demi-minute près, avec l'heure de la gare, puis s'asseyent, avec confiance, sûrs de leur fait, et satisfaits de leur méthodique exactitude, à côté des bagages qu'ils font enregistrer.
Mais en revanche, combien de scènes curieuses ou touchantes échappent, au milieu de l'empressement général, là ou le départ du train est fixé avec une précision qui n'attend pas les retardataires! Les adieux que se faisaient jadis les parents, les amis, avant de monter en voiture, se répétaient vingt fois au moment du départ, et les mouchoirs agités par la portière, à l'angle de la
rue où la diligence finissait par disparaître, étaient un dernier échange de sentiments, que ne permet plus le chemin de fer avec ses salles d'attente, véritables salles de séparation.
La gare de Lyon passe pour une des mieux disposées en vue du service, et mérite, à cet égard, d'être prise comme modèle pour des gares à établir. Continuons donc à la parcourir dans ses dernières parties : nous nous ferons ainsi une idée de ce qu'est une gare de premier ordre.
Des salles d'attente passons sur le trottoir du départ, qui règne tout le long des bâtiments de ce côté de la voie, c'est-à-dire tout le long de la grande halle couverte où viennent s'abriter et d'où partent les trains de voyageurs. Six voies parallèles sont ainsi protégées par l'immense toiture, à charpente de fer, recouverte de verre transparent. En face, et de l'autre côté des voies, régnent les bâtiments d'arrivée, symétriques de ceux du départ. Avant de leur donner un coup d'œil, achevons de passer en revue le côté où nous sommes. Tout près des salles d'attente, voici le buffet qui communique avec la cour du départ; puis plus loin, au fond de la salle, le petit entretien, qui se compose, outre une forge et un atelier, de magasins pour les huiles, les graisses et les pièces de rechange, et, au premier étage, d'un atelier pour les tapissiers. Voici, entre le buffet et la remise des trucs pour chaises de poste, un
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