‹ Les chemins de ferChapitre 131 sur 139 · QUATRIÈME PARTIE. — LES GARES · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — LES GARES

voyages, et par suite comme de l'argent placé à gros intérêt. Avant donc de demander, pour les salles de nos gares, des chefs-d'œuvre de tous les arts réunis, commençons par obtenir qu'on remplace ces vastes vestibules ouverts à tous les vents, chauds en été, froids ou humides en hiver, mesurant parcimonieusement les bancs de repos aux piétons que la crainte de manquer l'heure du convoi amène en avance à la gare. Pour moi, je l'avoue, ce n'est pas précisément le luxe qui me semble désirable : le luxe est loin de frayer toujours avec le beau. Comme le chemin de fer est avant tout une œuvre d'utilité, secondairement un moyen d'agrément ou de plaisir, ce qu'on doit lui demander, c'est la se* curité, la précision, le confortable qui prévient les fatigues. Provisoirement les merveilles de l'art lui sont étrangères. Mais est-ce à dire pour cela, que, dans les salles où affluent les foules, il n'y ait pas lieu de rechercher cette élégance de bon goût, cette beauté simple, cette grandeur même, qui résultent plus de la science des proportions que de la richesse des ornements? Je crois que c'est chose possible, non ruineuse.

Quel doit donc être, en résumé, le type de l'architecture des chemins de fer? Quels doivent être ses caractères distinctifs? Je l'ai dit : la simplicité, la solidité, la hardiesse. L'utilité du service, la savante distribution de toutes les parties du plan,

et leur convergence vers ce but premiep de toute entreprise, exigent de l'architecte une connaissance approfondie de l'exploitation et du mouvement. Ces conditions obtenues^ qu'il se livre à son aise à son imagination d'artiste, mais sans oublier jamais que c'est l'utile lui-même qui doit lui fournir les éléments du beau.

J'ai dit que l'architecture des chemins de fer avait inspiré l'industrie : je pense qu'on ne trouvera pas que je me sois beaucoup avancé, quand on visitera — je ne cite qu'un exemple entre cent — les belles halles qui abritent aujourd'hui le marché central de Paris. C'est un spécimen de ce qu'on peut faire, par l'emploi judicieux des matériaux que nos usines fournissent aujourd'hui si aisément à l'art de la construction.

Un mot maintenant sur l'aspect extérieur des gares, dont on vient d'examiner rapidement les dispositions internes.

Les façades extérieures des grandes gares terminales sur nos lignes de France méritent, la plupart sans doute, d'être remarquées. Mais, à mon sens, elles trahissent encore l'hésitation des architectes, que retient toujours une éducation par trop classique. Aussi je me garde de m'extasier devant cette monumentale façade de l'embarcadère de Strasbourg (fig. 94) dont les proportions gigantesques sont loin d'être justifiées par une

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