DEUXIÈME PARTIE. — LES OUVRAGES D'ART
ilement delà vapeur, suffisent à vous avertir que, comme les taupes, vous voyagez sous terre.
Mais si, grâce à de magnifiques constructions architecturales, vous franchissez les vallées, les canaux, les routes et les fleuves, parfois môme jusqu'à des bras de mer, que pouvez-vous voir, du haut de votre wagon, de ces intéressants travaux? Rien. Yoilà pourquoi c'est plus que jamais démon devoir de cicérone de vous les faire connaître, pourquoi je vous invite à venir, en simple piéton, les visiter avec moi. Ce sont d'ailleurs les ouvrages d'art de la voie qui vont faire de notre ligne en construction, avec ses remblais, tranchées et tunnels, un champ de traction ininterrompu. Une fois ces travaux terminés, nous pourrons, d'un bout à l'autre du chemin, circuler sans encombre, pour ainsi dire à pied sec.
Tout le monde sait que les ponts et les viaducs, d'origine aussi ancienne que les routes ellesmêmes, ont pris sur les chemins de fer une importance exceptionnelle. Pourquoi? Rien n'est plus facile que de s'en rendre compte.
D'abord, les voies ferrées, comme les routes de terre, doivent laisser le passage libre aux rivières, aux canaux, aux fleuves, que dis-je! aux moindres filets d'eau. Autant de cours d'eau, autant de ponts. N'a-t-il pas fallu même, sur certaines lignes, franchir le bras de mer qui séparait les deux tronçons du raibvay?
Viennent maintenant les routes, les chemins, les rues des villes traversées. C'est un viaduc à construire, toutes les fois qu'une de ces voies de communication rencontre et coupe le tracé, à moins que les deux chemins ne se trouvent de niveau. Dans ce cas relativement plus rare, on établit un passage spécial dont il sera question plus loin.
Enfin, la ligne de fer traverse-t-elle une vallée, une gorge profonde, on ne peut songer à édifier un remblai, dont la hauteur et la largeur énormes rendraient la construction difficile et coûteuse. C'est alors que les viaducs prennent des proportions gigantesques, et que les longues files de hautes arcades remplacent, heureusement pour le paysage, les lourdes et disgracieuses masses de terre.
Ce sont là autant d'exigences auxquelles ne sont point soumises les simples routes. Libres dans leurs allures, comme les véhicules et les voyageurs dont elles sont sillonnées, elles savent, par une habile combinaison de pentes et de courbes, se plier à tous les accidents du terrain.
Toutefois, n'oublions pas que ces conditions, particulières aux voies ferrées, ont été, par leurs difficultés mêmes, une occasion de triomphe pour la science de l'ingénieur. L'art architectural n'y a pas moins gagné. A des problèmes nouveaux il a fallu trouver des solutions nouvelles, et les constructions des chemins de fer ont reçu de la sorte