DEUXIÈME PARTIE. — LES OUVRAGES D'ART
un cachet d'originalité bien tranchée. De nouveaux types, des procédés spéciaux, des méthodes jusqu'alors inconnues, voilà pour les moyens. Une physionomie monumentale, dépendant à la fois de la nature des matériaux employés et de la grandeur des proportions métriques, voilà pour la question d'art.
Mais arrivons aux exemples.
Je ne ferai que signaler les travaux de peu d'importance, petits ponts traversant un ruisseau, aqueducs en maçonnerie ou en fonte, passerelles légères qu'on rencontre à chaque instant, qu'il est aisé au voyageur d'examiner en voyage. Les types très variés de ces constructions secondaires se distinguent en général par une véritable élégance, qui n'exclut point la solidité.
Quant aux ouvrages de dimensions supérieures, il est une façon commode, sinon savante, de les classer : c'est de les ranger en trois catégories, selon la nature des matériaux qui les composent. On rencontre ainsi, dans la première, les ouvrages entièrement construits en maçonnerie, pierres de taille, meulières, ciments et briques; dans la seconde, les ponts ou estacades en charpente ; tous ceux enfin dans lesquels le fer, la tôle ou la fonte, jouent le rôle de matière principale, forment la troisième. Que dire des ponts en bois, sinon qu'ils ne sont plus guère en usage aujourd'hui, du moins en Europe? Les ponts en bois ont un double avantage ;
l'économie de la construction, la rapidité de la pose. Mais cet avantage est bien compensé par l'inconvénient d'une moindre durée, des réparations fréquentes, et par le danger d'incendie. En Angleterre et en Allemagne, ils ont eu une certaine vogue, mais c'est surtout en Amérique, aux États-Unis, que les voies ferrées, dont les travaux de premier établissement sont souvent provisoires, qu'on en trouve les exemples les plus nombreux.
La figure 37 suffira à donner une idée de la hardiesse de ces sortes d'ouvrages. Un des plus remarquables échantillons de ce genre de viaduc est le pont de bois de Western Fork, sur une ligne du Canada, à 5 kilomètres de Sligo. «Cet ouvrage, dit M. Bâclé, long de 4 kilomètres, élevé de vingt mètres au-dessus du niveau! de l'eau, forme en alignement une courbe de près de 90°, et il est bâti entièrement en bois, comme la plupart des ponts américains. On sait, en effet, que dans l'établissement des voies ferrées, les ingénieurs des États-Unis se sont préoccupés surtout de construire rapidement et à peu de frais les lignes utiles à la colonisation, et leurs ouvrages d'art sont presque tous en bois, seul ou associé avec le fer et presque jamais en maçonnerie. Les assemblages des pièces sont exécutés d'une manière très simple au moyen de chevilles et d'étriers en fer, et on n'y emploie pas les embrèvements, ni même les tenons et les mortaises de la charpente