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DEUXIÈME PARTIE. — LES OUVRAGES D'ART

21 travées d'inégales largeurs dont la longueur totale ne mesure pas moins de 1100 mètres. Le tablier est formé par des longrines métalliques en cordes d'arc appuyées contre des piles cylindriques en fonte, plongeant jusqu'au tuf et remplies de béton et de briquetage. Un viaduc de 12 arches en maçonnerie et un pont tournant forment les deux extrémités de ce bel ouvrage, où n'entrent pas moins de 6800 tonnes de fer.

Le pont de la Tay, « the Tay Bridge » était plus considérable encore. 89 travées, dont 14 de 60 mètres, constituaient ce gigantesque pont tabulaire, dont la construction avait coûté les plus grands efforts. Sa longueur totale mesurait 3150 mètres. Construit de 1872 à 1876, il fut rompu sur une longueur de 900 mètres par la violence d'un ouragan, dans la soirée du 28 décembre 1879, et un train portant plus de 300 voyageurs, qui le traversait à ce moment, fut englouti avec lui dans les flots.

Le pont Victoria (fig. 44) qui, avant la construction de « the Tay Bridge », avait le privilège d'être regardé comme le plus grand pont du monde, et qui, depuis la terrible catastrophe cidessus mentionnée, a reconquis son titre, franchit le Saint-Laurent, près] de Montréal, au Canada. Nous extrayons du Tour du monde (1875, H, page 120) la description qu'en donne M. de Lamothe dans son Excursion au Canada et à la rivière

Rouge du Nord : « Nous voyons apparaître successivement les hautes constructions des manufactures d'Hochélaga, puis le pont Victoria, long de 3134 mètres, avec sa galerie tabulaire, véritable tunnel formé de 25 tubes en fer d'une longueur totale de 1871 mètres, soutenus à près de 20 mètres au-dessus du niveau du fleuve par 2 culées et 24 piles d'un calcaire noir qui semble du granit. Ces piles s'allongent dfiins le sens du courant et lui présentent une arête effilée en pointe aigùe, semblable à l'éperon d'un navire cuirassé contre laquelle d'énormes glaçons viennent se briser au moment de la débâcle. Disons-le de suite, cette merveille de l'art des ingénieurs impressionne plus vivement l'esprit que la vue, car la distance en réduit étrangement les gigantesques proportions. La longue ligne rigide de la galerie, les formes grêles et également rectilignes des arches vues de face, lui donnent de loin l'humble apparence d'un pont de chevalets, et cependant il a coûté trente millions. Combien je préfère les courbes harmonieuses de nos vieux ponts de pierre ! »

Le viaduc de Kinzua, qui franchit la vallée au fond de laquelle coule le torrent de ce nom, sur la ligne de New-York au lac Érié, n'est pas comparable aux précédents sous le rapport de la longueur. Il n'a, entre les culées, que 626 mètres. Mais il est remarquable par la hauteur de ses

- LES OUVRAGES D'AHT.

arches centrales, qui ne s 'élèvent pas à moins de 92 mètres au-dessus du lit de la rivière, de sorte qu'elles dépasseraient de 20 mètres le sommet des tours de Notre-Dame de Paris. Cet ouvrage dont le tablier et les piles sont métalliques, a ah-* sorbe 1500 tonnes de fer; sa construction n'a pas duré plus d'une année et it a coûté 300 000 dollars.

Le viaduc de Garabit, qui vient d'être construit en France, sur une des lignes de la Compagnie du Midi, ne le cède guère en hardiesse à celui dont nous venons de parler. Son tablier métallique, qui pèse 1350 tonnes, a 450 mètres de longueur. De chaque côté de la vallée, il repose sur un petit viaduc en maçonnerie. Un grand urc métallique de 156 mètres de portée et que supportent deux piles-culées de chacune 80 mètres d'élévation, en forme le centre. Il a coulé 5 100 000 francs.

De tous les ouvrages d'art de la voie, les ponls et viaducs en pierre, en moellons ou en briques, sont certes les plus imposants, sans doute môme les plus durables. Mais aussi il faut avouer qu'ils semblent empreints d'une originalité moindre que celle des pouls métalliques. Les anciens nous ont laissé des modèles si grandioses, qu'il ne manquera pas de gens tout prêts à rabaisser au profil des œuvres de l'antiquité les constructions mo

Parle-t-ou, devant ces fanatiques d'archéologie,

d'une œuvre nouvelle, vite ils vous citent les dimensions d'un monument égyptien,* romain ou grec : les Pyramides d'Egypte, le Cotisée, le pont du Gard et tutti quanti, voilà les objets de leur admiration exclusive. Nous n'avons aucune envie de ressusciter, si peu que ce soit, la vieille querelle du parallèle entre les anciens et les modernes, pas plus que de dénigrer les magnifiques constructions dont les ruines offrent un si réel prestige. Mais il faut être juste : il faut convenir que les Pyramides sont des masses fort inutiles", dont les dimensions font toute la grandeur, et où l'art a peu de chose à voir; que le Colisée était un monument bien fastueux pour les horribles spectacles auxquels il était réservé; que si le pont du Gard enfin a pour lui le mérite de l'utilité et des proportions colossales, le moderne aqueduc deRoquefavour ne lui cède, sous ces deux rapporte, d'aucune façon; le magnifique viaduc du Sœmmering, dont la figure 45 donne une vue d'efisemble, pourrait, sans désavantage, être mis eg parallèle avec le célèbre acqueduc construit jpifr les Romains. Si les voyageurs qui parcourait nos lignes de fer pouvaient contempler à ledf aise les ouvrages d'art, ponts, viaducs, qjfo franchissent les convois, ils seraient persuada que notre âge n'a pas déchu au point m.

vue de la grandeur des constructions de cet ordre.

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