PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
pris cette solidarité nécessaire, l'aient même contrariée, c'est ce qu'il est difficile de nier. Mais, comme c'est là une question qui est du domaine de l'économie sociale, passons encore.
Il y a aussi le point de vue gouvernemental, politique ou stratégique. Dans l'état d'antagonisme où se trouve l'Europe, au début de la seconde moitié du dix-neuvième siècle S peut-on négliger ce côté de la question? Non, malheureusement. Aussi a-t-on dû, surtout pour les lignes qui aboutissent aux frontières ou qui les longent, tenir compte des prescriptions du génie militaire.
Il y a enfin le point de vue technique, de la compétence exclusive de l'ingénieur, C'est le côté qui nous intéresse le plus, parce que c'est à lui que s'appliquent directement les règles de l'art et les préceptes de la science, science et art si admirablement perfectionnés aujourd'hui . Ce point de vue est lié à tous les autres, sans aucun
1 . Ceci est écrit depuis vingt-cinq ans. Les grands et douloureux événements qui se sont accomplis depuis n'ont fait qu'accentuer et aggraver l'état d'antagonisme dont nous parlions alors. Les chemins de fer ont joué un rôle important dans les dernières guerres, auxquelles, il faut bien le dire, grâce à l'imprévoyance coupable d'un gouvernement pris de vertige, nous étions mal préparés. Le tracé des lignes ou la détermination du réseau n'est, du reste, au point de vue militaire) que l'un des côtés de cette grave question djnt la solution intéresse à un si haut point la sécurité nationale. Nous y consacrons un chapitre dans le second volume de cet ouvrage.
doute; mais, en dernière analyse, c'est à ceux-ci de plier quand même devant ses inflexibles exigences.
Telles sont les conditions multiples dont tout tracé de chemin de fer nécessite l'étude. Mieux elles seront combinées et remplies, plus la ligne exécutée se rapprochera du type idéal que la théorie et la pratique ont insensiblement créé.
L'étude préliminaire, confiée à l'ingénieur en chef de la ligne, est surtout une étude de cabinet, facilitée par les plans et cartes topographiques. Quelques voyages sur les lieux, quelques mesures approximatives servent à rectifier ou à confirmer les résultats de ce premier travail, qui aboutit, comme je l'ai dit plus haut, à un ou plusieurs avant-projets. Vient alors l'examen du Conseil d'État et de la commission consultative nommée par le Gouvernement et la Compagnie concessionnaire. Cette réunion plus ou moins compétente d'économistes, d'hjommes politiques, de spéculateurs et d'ingénieurs, prononce sur l'ensemble général du tracé, laissant le plus ordinairement à la Compagnie le choix de plusieurs directions intermédiaires 1 .
i. Le prix de revient des frais d'étude du tracé varie beaucoup selon les lignes. Afin toutefois d'en donner une idée au lecteur, je dirai que ces frais s'élèvent en moyenne, pour les avant-projets, à 150 francs par kilomètre. À ce taux, c'est une somme de 75 000 francs environ pour une ligne d'une longueur