‹ Les chemins de fer AmériqueChapitre 153 sur 198 · CANADA · texte numérisé non relu

CANADA

î^s premiers chemins de fer à voie étroite du Canada ont clé construits dans la province de Toronto. Jusqu'en 1866, les chemins de fer avaient fait peu de progrès au Canada* où les capitalistes anglais, qui avaient fourni les fonds pour rétablissement des premières voies ferrées, avaient été promptement découragés par le faible rendement qu'elles avaient donné. On dut donc se préoccuper des moyens de rendre cet établissement plus économique.

M. Edmond Wragge, Tun des ingénieurs qui ont acquis le plus d'autorité en matière de chemins de fer au Canada, rappelle, dans un rapport publié en 1871, que M. G. Laidlaw, qui est devenu le promoteur des premiers chemins de fer à voie étroite dans ce pays, ne crut pouvoir mieux faire, pour obtenir des informations sur le meilleur système de voies ferrées économiques, que de s'adresser aux journaux, et que c'est à la suite des réponses qui furent faites à son appel par M. Cari Pihl, ingénieur norwégien, et par divers ingénieurs anglais, qui avaient construit des chemins à voie étroite aux Indes et en Australie, qu'il sollicita et finit par obtenir, non sans difficulté, la concession des deux chemins de fer à voie étroite de l'",05 de largeur, de Toronto, Grey et Bruce, et de Toronto et Nipissing.

Ontario.

Les deux chemins de fer à voie étroite de l'Ontario sont tous deux destinés à relier à Toronto, capitale de cette province, une région en partie boisée, en partie cultivée, qui confine au lac Huron, et où Ton ne compte pas plus de 4 habitants par kilomètre carré.

GHÂP. XXXI. — EXEMPLE». 519

Ligne de Toronto^ Grey et Bruce. — La ligne de Toronlo, Grey et Bruce comprend deux embranchements de 116 kilomètres l'un et l'autre, venant aboutir, au Sud à un tronc commun de 80 kilomètres do longueur, partant de Toronto, et au Nord, au port d'Owen Sound et à la ville de Teeswater. Ce réseau, de 312 kilomètres de longueur en totalité, a coûté 21374000 francs, soit 68500 francs par kilomètre ; il a été construit par une Compagnie avec le concours du gouvernement provincial et des comtés traversés, qui y ont contribué pour une somme de 7 millions ; il a été livré à l'exploitation avec son développement actuel à la fin de 1874.

Le tracé a présenté quelques difficultés à la traversée de THumber River, à 24 kilomètres de Toronto, et à la montée des Caledonian Hills, qui commencent 12 kilomètres plus loin, où l'on a dû recourir à une combinaison de courbes de faible rayon et de fortes pentes, entraînant de profondes tranchées et de hauts remblais. Les terrassements s'élèvent en moyenne' à 5 mètres cubes par mètre courant de voie. La plus forte déclivité est de 0'",02 par mètre et règne sur 4 kilomètres ; le rayon minimum des courbes est de 138 mètres.

Le poids des rails, qui était d'abord de n^^b, a fini par être porté à 29 kilogrammes par mètre coûtant.

Le matériel roulant consiste en 20 locomotives, dont le poids varie de 16 à 42 tonnes, 12 voitures de voyageurs, et 424 wagons de marchandises. Le prix moyen du kilomètre construit, y compris le matériel roulant, ressortait, en 1874, à 47 700 francs, se décomposant comme suit :

Terrassements, clôtures, traverses et ouvrages d*art. . . Ik 864 fr. 50

Rails et éclisses 13 6S6 50

Pose et ballastage de la voie 5 124 40

Bàlimenls des stations 1 844 50

Indemnités de terrains 186 00

Télégraphe 120 00

Surveillance des travaux 2 280 00

(Commissions et direction 1 168 70

Frais législatifs 297 60

Matériel roulant 7 936 00

Divers ; 191 80

Total par kilomètre 47 700 fr. 00

Des dépenses complémentaires ont fini par porter le prix de revient par kilomètre au chiffre précité de 68 500 francs, ce qui

prouve bien qu'au Canada, comme aux États-Unis, un chemin de Ter livré à l'exploitation est loin d'être terminé.

Il y a sur cette ligne des trains de voyageurs, des trains mixtes et des trains de marchandises. La vitesse des premiers ne dépasse pas 23 kilomètres; celle des autres se tient au-dessous de 20 kilomètres. Les marchandises consistent principalement en farines, graines et bois.

Le chemin de fer de Toronto, Bruce et Grey a transporté, dans l'exercice finissant au 30 juin 1879, 92855 tonnes de marchandises et 118 652 voyageurs. La recette kilométrique a été de 4640 francs, dont :

Voyageurs 1640 francs

Marchandises.., 2680 »

Produits divers 320 »

La dépense kilométrique s'est élevée à 3290 francs, laissant ainsi une recette nette de 1350 francs.

Cette recette nette est insuffisante pour payer les intérêts des obligations de la Compagnie, qui a suspendu ses payements depuis 1878; ce qui ne Tempôche pas de se préoccuper depuis plusieurs années d'élargir sa voie pour la porter à la largeur normale. Celle conversion, dont les frais ont été évalués à 4 millions de francs, y compris diverses améliorations, est retardée par les embarras Gnanciers de la Compagnie.

Ligne de Toronto-Nipîssing. — La ligne de Toronto au lac Nipissing, située au Nord-Est de Toronto, qui doit s'étendre sur une longueur de 368 kilomètres, a été commencée en 1869 ; elle est achevée aujourd'hui sur 170 kilomètres jusqu'à Coboconk, et traverse, comme la précédente, un pays agricole et forestier.

Les pentes et les courbes de rayon minimum ne diflèrent pas sensiblement de celles qu'on rencontre sur la ligne précédente, et le prix de revient de construction du kilomètre est sensiblement le môme.

L'exploitation en est également faite dans les mêmes conditions.

L'exercice terminé en juin 1879 a donné un produit brut kilométrique de 6665 francs, avec une dépense de 4898 francs, pour les 128 kilomètres exploités ; il a été transporté 89 600 voyageurs et 84 694 tonnes de marchandises.

GHAP. XXXi. — EXEMPLES. 521

Pour cette ligne, comme pour la précédente où Ton a progressivement accru le poids des rails et des machines, il n'est pas douteux qu'il n'y eût eu avantage à donner tout d'abord k la voie la largeur normale. A côté de ces deux lignes, le Middland R.R. construit sur 224 kiioniëtres dans la même région, avec la voie normale et où l'on trouve des courbes de 180 mètres de rayon et des pentes maxima de 0"',012, a coûté 92000 francs par kilomètre.

La dépense d'exploitation par kilomètre a été sur cette dernière ligne en 1879 de 4169 francs, pour un produit brut de 5508 francs.

Le prix du train kilomètre y est ressorti à 2 fr. 06, tandis que ce môme prix s'est élevé à 2 fr. 14 sur le Toronto Grey et Bruce R.R., et à 2 fr. 01 sur le Toronto Nipissing R.R. pour la même année. On voit, par là, qu'au point de vue de l'exploitation, l'adoption de la voie étroite ne paraît pas avoir procuré d'avantage sensible.

Ile da Frinee-Édoluird.

L'île du Prince-Edouard, située à une faible distance des côtes du Nouveau-Brunswick, et mesurant une longueur de 300 kilomètres environ» sur une largeur de 25 kilomètres, contient une population de 94000 habitants, tant agriculteurs que pécheurs. Sa configuration, très Tavorable à la navigation côtière, qui trouve d'excellents ports le long de son littoral profondément découpé, l'est beaucoup moins par cela même à la prospérité d'une ligne de chemins de fer. Néanmoins le gouvernement local y a entrepris, il y a dix ans environ, l'établissement d'un chemin de fer à voie étroite, et, quand rile est entrée plus tard, en 1873, dans la confédération des possessions britanniques de l'Amérique du Nord, il a été décidé que ce chemin de fer serait repris et payé par le gouvernement général de la Confédération, qui s'indemniserait de la dépense en percevant dans l'île un impôt calculé & raison de 250 francs par tête de la population comptée en 1871, soit de 23 millions et demi de francs en totalité, à répartir sur un certain nombre d'années.

Le chemin a été officiellement repris par le gouvernement canadien le 29 décembre 1874, et il devait être ouvert au public en juin 1874; mais il n'a pu l'être que Tannée suivante.

Les ingénieurs du gouvernement fédéral, en raison des circonstances défavorables que devait rencontrer le trafic, avaient compté, pour les 320 kilomètres de la ligne totale, sur un déficit minimum annuel de 390000 francs ainsi calculé :

4)22 r^EUYIÈME PARTIE. — CHEMINS DE FER A VOIE ÉTROITE.

Recettes.

kO 000 voyageurs à 5 f r 200 000 fr.

160 000 kilog. de marchandises à 3 f r 480 000

Divers.. .^ 40 000

Dépenses.

Entretien et surveillance de la voie ^80 000 fr.

Traction 300 000

Exploitation proprement dite 360 000

On laissait complètement décote rintérèt du capital de construction, estimé dans les premiers projets à 50000 francs par kilomètre, soit près de 4000 francs de moins que le prix réel.

Ce chemin de fer, construit avec des pentes qui no dépassent pas 0",0]4. et des courbes dont le rayon ne descend pas au-dessous de 170 mètres, suit généralement la ligne de faîte séparant les deux versants peu accidentés que présente Tile.

Il est établi avec plate-forme de 3"\60 en remblai et de 4'",20 à A", 80 en déblai, suivant le degré de consistance du terrain.

Les rails en fer, du poids de 20 kilogrammes par mètre courant, sont portés par des traverses en pin, cèdre, mélèze et frêne de 2'",00X0™,20X0™,1^5; ces traverses reposentsur un ballast en grès cassé et sable.

On compte sur la ligne 6 stations principales, 12 ordinaires et 47 haltes, espacées en moyenne de 5 kilomètres. Il n'y a de halles couvertes qu'aux 6 stations principales. Les autres stations consistent en un seul bâtiment en bois de 12"',60 sur 6"',60, contenant une salle d'attente, un bureau et un hangar pour marchandises. Un abri pour les voyageurs et un quai en bois de 30 mètres de long constituent une halte. Tous les bâtiments sont en bois, sauf ceux de la gare de Charloltetown, capitale de l'Ile.

11 existe sur toute la ligne 878 passages ù niveau, dont 49 seulement sont gardés.

L'exploitation de ce chemin de fer, dont les nombreuses tranchées n'étaient pas protégées contre l'amoncellement des neiges, a -rencontré de sérieuses difficultés dans les premiers temps.

Pour l'exercice clos le 80 juin 1879, où la ligne a transporté 105046 voyageurs et 38 668 tonnes de marchandises, le déQcit prévu

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