‹ Les chemins de fer en 1862 et en 1863Chapitre 1 sur 58 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Interrogé en 18.61 par la commission d'enquête des chemins do for, nous avons résumé dans les termes suivants les services rendus au pays par le réseau français :

« La recette des chemins de fer en exploitation aura été, en 1861, de 461 500 oou francs, qui sont le produit d'un tarif inuyeu de 6 à 7 centimes par voyageur el par tonne de marchandises transportés à l kilomètre.

« Le iransport d'une tonne de marchandise sur les roules de terre coulait, à l'origine des chemins de fer, 80 centimes à 1 franc par lieue de 4 kilomètres. Il coûte encore 7a à 85 centimes, soit 20 centimes par kilomètre.

• Ainsi, l'économie produite par les chemins de 1er

sur la somme des transports de marchandises effectués par eux est, dès aujourd'hui, dans la proportion de 20 à 65. Plus des deux tiers de la dépense est ainsi épargné au pays.

- La recette des chemins de fer atlribuable aui transports des marchandises étant 56,5 pour 100 de la recelte totale, 260 millions de francs représentent cette part sur 461 500000 francs; de telle sorte que, dans la proportion de 65 à 20, le pays a économisé 585 millions de francs, en 1861, sur le transport des marchandises seulement.

« Rappelons en outre qu'aujourd'hui les voies navigables transportent un tonnage beaucoup plus considérable qu'avant l'établi ssement des chemins de fer.

« On ne peutétablir avec aulanlde précision l'économie réalisée sur les transports des voyageurs par les chemins de fer. On peut seulement admettre qu'elle est proportionnellement aussi forte que la précédente, et que, si l'on y fait entrer l'économie de temps, elle doit la dépasser.

■ On peut alors conclure que les chemins de fer font gagner, au minimum, à la production du pays, sur les transports de marchandises et de voyageurs, une somme annuelle déplus d'un milliard.

• En d'autres termes, il faudrait aujourd'hui dépenser 1 milliard 425 millions de francs pour effectuer sur les routes de terre les transports que les chemins de fer ont accomplis en 1861 pour 460 millions.

* Cela signifie simplement que, sans les chemins de fer, ces transports ne seraient pas nés.

DEVANT L'ENQUÊTE ET LES CONVENTIONS. 5 c Voilà le bénéfice du pays; ei alors, faut-il s'étonner que ses facultés de production se soient accrues au point que son commerce avec l'étranger a passé du chiffre de 2 milliards 413 millions, en 1846, au chiffre de 5 milliards 342 millions, en 1860? 11 n'y a pas d'autre explication rationnelle d'un pareil résultat que l'établissement des chemins de fer. -

Ces faits sembleraient devoir assurer, en France, aui grandes associations qui ont établi les chemins de fer, les mêmes sympathies, le même respect qu'elles rencontrent dans les pays qui ont atteint le même degré de civilisation que nous. Il n'en est point ainsi cependant. Nous nous demandons si cela ne provient pas d'une disposition antipathique aux grandes associations, disposition dans laquelle les esprits auraient été entretenus par tes défiances mêmes de l'Administration publique.

En France, l'esprit de centralisation, qui tend à donner et à réserver l'initiative et l'action à l'Administration publique, s'est étendu plus qu'ailleurs. Le gouvernement et les fonctionnaires ont cet esprit au plus haut degré, non-seulement parce que l'initiative et l'action sont la vraie source de l'influence sur les populations, mais par sentiment du devoir et des services a rendre. Quoi qu'on en dise, les tendances loyales et dévouées prédominent toujours dans une société civilisée comme la notre, et le fonctionnaire y obéit volontairement ou involontairement, en cherchant à utiliser son savoir et son zele, ce qui est aussi la plus sûre et la meilleure manière d'accroître sa sphère d'attributions.

Le public encourage cet esprit. 11 )'a lui-même; d'abord, par l'habitude d'un contact permanent avec l'Administration publique dans tous les actes de son existence: la religion, l'instruction et l'enseignement; l'hygiène et la santé; le travail, le métier ou la profession; le logement, la viabilité, toutes les sources d'activité, en un mot, sont, jusqu'au décès, organisées el réglementées.

Il l'a aussi par intérêt, parce que ce contact se montre, la plupart du temps, par une aide, un concours, une protection, un secours en un mot, qui ne pourrait élre obtenu autrement que par une régénération complète de nos idées et de nos mœurs.

Celte régénération, l'association seule pourrait la réaliser, parce que seule elle peut se substituer à l'Administration publique. Rlle le peut et elle le fail dans les deux pays où la civilisation est plus également répandue qu'en France : en Angleterre et aux Étals-Unis.

C'est parce que cette faculté, celte puissance de l'association a été comprise par les hommes habiles qui ont créé et constitué chez nous l'Administration publique ; c'est parce qu'ils se sont bien aperçus que l'initiative, l'action, partant l'influence qu'ils voulaient lui réserver, s'alfaiblirait par la substitution de la libre initiative de l'association a l'autorité organisée administrative m eut, qu'ils ont tenu les grandes associations en détiance.

Aussi l'Administration publique a-t-elle toujours tendu a maintenir l'individualisme entre les citoyens, parce que l'initiative de l'individu isolé est, la plupart du temps,

DEVANT L'ENQUÊTE ET LES CONVENTIONS. 7 impuissante; parce qu'elle est toujours facile à dominer; on peut l'éteindre quand elle est mauvaise, on peut la recueillir et se l'approprier quand elle est bonne- Ce sentiment n'est, dans l'esprit des fonctionnaires, provoqué ni par une doctrine économique, ni par l'intérêt, ni par l'ambition, ni par l'ignorance. Il y a dans l'Administration un choix d'hommes d'élite dont les lumières et les convictions présentent la même variété do direction que dans les classes et les prnfessinns les plus éclairées. Il n'y a pas, ou plutôt il n'y a plus d'esprit de système; le progrès de la centralisation y dérive simplement de la tendance du devoir.

Constituez en Angleterre ou en Amérique une Administralion publique aussi forte qu'elle l'est en France, cette Administration arrivera au même résultai , avec plus de temps sans aucun doute, mais aussi sûrement, si le pouvoir politique, le pouvoir supérieur à tous, lui donne l'appui de son autorité, de ses moyens de compression, c'est-à-dire de police et de juridiction.

L'alliance absolue entre !e pouvoir politique et le pouvoir administratif conduira fatalement à la même organisation sociale, c'est-à-dire à substituer l'Administration publique régissant l'individu à l'association des individus eux-mêmes.

Quelle que soit cependant la loi d'organisation des sociétés, ce qu'il nous importe ici de constater, c'est que l'établissement des chemins de fer, qui est, dans le monde civilisé, le fait matériel le plus grand, le plus important au bien-être de l'humanité, qui est la plus grande entreprise des temps passés el présents, celle

qui demandait de lelles ressources financières, que tous les budgets du monde réunis n'auraient pu l'accomplir avec les excédants des années les plus prospères, a été accompli comme par enchantement par les grandes associations. Ce que nous constaterons encore, c'est que, malgré l'extrême différence de nos institutions avec celles des peuples où ces associations remplacent l'Administration publique, elles ont apporté en France un concours dont personne n'avait prévu ni l'ensemble ni la puissance.

Voilà le fait simple.

La création des grandes Compagnies considérées comme mo;en d'exécuter les chemins de fer, eu France. a été le résultat d'une nécessité unanimement reconnue Klles ont accompli ce qu'on attendait d'elles dans toutes les conditions qu'un bon gouvcrnemi'ni, secondé par une forte et habile adminislranon et une puissance financière suffi faillir, pftt pu attendre de lui-même : habilement, au grand jour, honorablement et honnêtement; à travers les épreuves de la publicité, du libre contrôle de l'opinion publique, malgré l'indifférence des intérêts satisfait» et les attaques des intérêts insatiables.

Les gouvernements qui se sont sucrédé en Franco depuis vingt-cinq ans ont toujours soutenu cette féconde création .

Ils ont résisté, en cela, au travail souterrain d'un petit nombre d'hommes convaincus que l'Administration publique eût fait aussi bien, sinon mieui que l'association, et qui pensent encore qu'elle est appelée à lui succéder bientôt au grand avantage du pays.

Les actes du gouvernement actuel sont certainement à cet égard les pins intéressants à considérer.

On ne peut nier que la centralisation administrative n'ait Tait plus de progrès depuis dix ans que pendant les quarante années qui ont suivi le premier empire. Cela tient a deux causes ; en premier lieu, à la force politique du gouvernement; en second lieu, à l'activité, h l'habileté de l'Administration publique dans la voie de la réglementation.

C'est cependant le gouvernement le plus sollicité de tous par sa propre Administration de lui laisser tout faire, tout diriger sans partage, qui, dans les deux circonstances les plus graves, de 1B&9 à 1863, lorsqu'il a voulu donner au pays, comme satisfaction légitime, de nouveaux réseaux de chemin de fer, c'esl ce gouvernement qui a reconnu, sans réserve et sans hésitation, l'impérieuse nécessité de confier celte Llche aux Compagnies, et, poui cela, de les constituer plus fortement que jamais.

l'.e gouvernement en a, d'ailleurs, été bien récompensé, puisque dans une période de dix ans, le pays a pu être engagé dans cinq guerres de politique générale, sans que les travaux nécessaires h la prospérité matérielle du pays aient été un instant ralentis.

En ce moment même, sous l'influence de l'atteinte qui les événements d'Amérique portent à noire commerce, devant l'incertitude que les conséquences du traité de commerce font encore peser sur certaines de nos grandes industries, devant l'inopportunité évidente de demander aux ressources du budget un sacrifice nouveau

et immédiat pour les travaux publics, ce sont encore les grandes Coin pag nies de chemins de fer qui sont l'instrument ii l'aide duquel le gouvernement agit, sans fallut pour les finances, comme si le budget donnait de

Pour la seconde fois, il revient sur les traités dans lesquels s'étaient glissées des erreurs, peut-être inévitables, sur l'appréciation de la dépense el des produits du de uxiéme réseau, erreurs qui cngagcait'iil assurément sa responsabilité; el il répète à. ce propos, et à quatre années d'intervalle, dans nos Chambres législatives, la signiticative déclaration qu'on va lire :

« S'il importe aux assemblées délibérant des choses de l'État de couserver à leurs résolutions l'autorité qui leur appartient, qui a droit au respect de tous; si elles ont la mission de détendre la majesté de la lui i l les intérêts du trésor public, il est aussi de leur devoir de sauvegarder l'esprit d'association, de ne pas décourager l'ardeur de l'esprit d'entreprise, de ne pas faire assister le pays au douloureux spectacle de grandes associations convaincues d'imputssini'f . frappées de discrédit, en condamnant peut-être û la ruine des capitaux qui ont, en définitive, ajouté a la prospérité du pays, à sa grandeur, à ses éléments de puissance et de civilisation. >

L'importance des services publics dont il est question ici se prouve par le bul même des conventions suceessi- vement intervenues entre le gouvernement et les compagnies.

Voici ie relevé des concessions faites par le gouvernement impérial :

kii.

Lu réseau ui>nct!de" ataot 185!.. .;. i

— lS. r >4e[1855 2898

— 1856 et 1857 2595

— !858, 59, 60, 61 Ct62. 2443

L l'ilv"

Ce réseau a subi en 1863 diverses modifications qui sont indiquées dans le tableau suivant :

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