THÈSES DE DOCTORAT
La Faculté n'entend donner aucuhe approbation ni improbation aux opinions émises dans les thèses; ces opinions
doivent être considérées comme propres à leurs auteurs.
&es Chemins de fer en Afrique
et leur rôle dans l'expansion coloniale
k INTRODUCTION GÉNÉRALE
idées directrices de la politique coloniale française et étrangère en Afrique
Avant de rechercher les conditions dans lesquelles se poursuit l'expansion coloniale en Afrique et le rôle qui est assigné aux chemins de fer, il nous a semblé indispensable de montrer la route parcourue par les diverses nations colonisatrices.
Si nous examinons les différentes étapes de l'expansion coloniale, il nous sera possible de déterminer par quelles périodes ont passé les peuples colonisateurs, à quelles idées directrices ils ont obéi dans la lutte qu’ils ont livrée pour obtenir un maximum d'influence.
Aux trajets de cabotage des Phéniciens et des Grecs se sont substitués les trajets au long cours des Portugais et des Espagnols.
L'âge de la conquête matérielle touche à sa fin. On voit poindre celui de la colonisation pacifique et de la lutte commerciale. A la période des Grandes Compagnies coloniales a succédé le, système de colonisation d'Etat pratiqué par les officiers et les explorateurs qui font œuvre de savants, de diplomates et de conquérants tout à la fois.
Malgré la vaillance de navigateurs qui étonnèrent le monde par leur hardiesse et leur éducation navale, le Portugal et l'Espagne ne purent
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conserver longtemps leurs colonies. Trop pauvres d'argent pour soutenir des entreprises si lointaines, leur population était trop dense dans un territoire top petit. Ils ne pouvaient fournir des garnisons aux postes qu'ils occupaient ; la disproportion entre les forces du colonisateur et de la colonie étant trop considérable. Aussi la lutte fut courte et inégale, quand les Hollandais, les Anglais et les Français se jetèrent vers ces pays, avec tout le poids de leur richesse et de leur nombre.
La plupart des nations colonisatrices, France, Angleterre, Allemagne, paraissent arrivées à leur maximum de conquête, et, si la lutte pour l'occupation du territoire est à peu près terminée, une bataille plus sérieuse et plus ardente, lutte d'avenir, lutte économique et commerciale, est engagée. Cette lutte est constante. Elle demande, avec une continuité d'efforts et une accumulation de capitaux, l’aide puissante et efficace de la métropole. Le commerçant, l'agriculteur, l'industriel qui ont créé des comptoirs, des exploitations, des manufactures aux colonies, ne peuvent tenir tête avec succès à leurs concurrents étrangers, si leur nation n'intervient pas en favorisant leur commerce par des traités douaniers et des constructions de routes et de chemins de fer.
Les gouvernants ont fini par comprendre que leurs nationaux étouffaient dans ia trop petite sphère réservée en Europe à l'initiative des particuliers. Il fallait, dans la mesure’ du possible, éviter les piélinements sur place. Aussi la préoccupation essentielle a été de trouver par l’industrie de larges et nombreux débouchés. La concurrence très vive qui existe en Europe, par suite de la saturation des entreprises commerciales et industrielles, par suite également de l'entrée en scène de nouveaux peuples industriels et commerciaux en face des nations de la vieille Europe, a poussé ces mêmes nations à créer un domaine colonial qui soit en rapport el en conformité avec l'organisme national.
D'autre part, la mise en valeur d'un nouveau domaine est l’œuvre qui a pu allier et mêler, pour une action commune, des adversaires irréductibles sur un tout autre terrain. Et, sans vouloir nous étendre longuement sur les conditions dans lesquelles s’est faite l’évolution des 1dées directrices de la politique coloniale des divers peuples, il nous paraît indispensable d'examiner rapidement ce que, très juslement, où à appelé « Un siècle d'expansion coloniale ».
Colonisation Anglaise
L'Angleterre, que l’on considère comme le modèle des métropoles, a fondé et étendu son empire colonial aux dépens des autres puissances, Hollande, France et Espagne.
Il ne nous est pas possible d’en faire l’historique. Nous essaierons de montrer l'usage que la Grande-Bretagne à fait de ses forces dans le dernier siècle, sur quels principes elle s’est basée, quels résultats elle a obtenus, quel avenir les règles de l’évolution réservent à ses domaines d'outre-mer.
On a souvent prétendu que ce pays, vaste réservoir de fer et de houille au milieu de l'Océan, devait fatalement donner naissance à l'empire colonial et maritime le plus vaste du monde. |
Petit à petit et à mesure que la nécessité leur en a indiqué l'emploi, ies Anglais ont pris conscience de leur force. La position géographique de l'Angleterre n’a joué presque aucun rôle dans l’histoire avant le xvre siècle. Les effets de la richesse minérale de son sol ne se sont fait puissamment sentir sur l’industrie nationale qu'après la fin du xvIIIe siècle.
Avant 1550, l'Angleterre était essentiellement agricole, l exploitation de son sous-sol était restreinte. Nulle idée d’agrandissement du royaume au-delà des mers et d'expansion de la race sur les autres continents n'avait fait son apparition.
L'Espagne et le Portugal possédaient de vastes domaines au delà de l'Océan. L’Angleterre se rendit compte qu’elle n'avait plus rien à faire en Amérique et aux Indes. Elle commença à se spécialiser dans la contrebande des mers, en armant en course des bâtiments pour les prises et en transportant, malgré les Espagnols et les Portugais, des nègres en Amérique.
Les entreprises qui revêtaient un caractère privé, donnèrent à l'Angleterre un matériel de navigation et tout un contingent de corsaires et de flibustiers qui furent ses premiers marins.
Ainsi les Anglals commencèrent leur éducation de éolonisateurs € en se trouvant aux prises avec les difficultés que créait pour eux le négoce lointain. Philippe Il ayant fermé les fabriques des Pays-Bas, les Flamands émigrés transportèrent à Worwich leurs tissages pour jes laines anglaises.
L'industrie nationale était créée, l’acte de navigation de 1681, grace
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auquel le trafic des marchandises d'Asie et d'Afrique est exclusivement réservé à l'Angleterre, la guerre de 1672 oblige la Hollande, qui disposait de nombreux navires à se contenter d’une politique continentale. Insuffisamment peuplée pour lutter contre l'Angleterre, elle abandonnera le domaine des mers.
Nos voisins ont surtout recherché, à la fin du xvire siècle, en organisant contre nous des rivalités et des coalitions, la ruine de notre flotte et de « la plus grande France » Colbert personnifiait pour eux « la perversion de l'esprit commercial ». — (Seeleg. L'expansion de l’Angleterre p. 155.)
La guerre de la succession d'Espagne se termina par la perte de certaines colonies françaises.
En 1713, l'Angleterre est en excellente situation coloniale.
Grâce au privilège de l’osiento, elle possède le monopole des ravitaillements des possessions espagnoles par Porto-Bello et de la trâite des nègres.
Après la guerre de sept ans le traité de Paris nous enlève le Sénégal.
« Notre délaite s'explique par la division presque inévitable de nos forces, mais par ce fait aussi que, en France, les particuliers agirent sur l'Océan avec plus d’esprit de suite que l’État, tandis que plus nombreux chez nos adversaires à vivre, ils furent'en outre toujours aidés par lui. L'expansion était vraiment au delà de la Manche l’œuvre de tout le peuple ». (1) |
Les comptoirs de Guinée s'ajoutent, en 1815, aux possessions anglaises.
Sans doute les efforts accomplis étaient chèrement payés par une dette de 23 milliards, mais la situation géographique de ces colonies, leur variété de climats et surtout l'absence momentanée de rivaux maritimes font presque déjà un superbe avenir économique.
Et cependant l’Angleterre qui semblait, au début du xix° siècle, devoir occuper, pour toujours, la première et la plus grande place, qui s'était constituée un empire coloniai de tout premier ordre, impossible à ébranler en raison de la snpériorité navale de la métropole, possédant des richesses et des ressources proportionnées à son immense étendue, paraissant défier toute concurrence, a trouvé brusquement devant elle en Amérique les Etats-Unis qui constituent à côté du
(1) Marcel Dubois. — Systèmes coloniaux et peuples colonisateurs. (P. 115).
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Dominion of Canada l'empire industriel et commercial le plus puissant du monde, grâce à l'exploitation d'un territoire encore vierge où abondent toutes richesses naturelles. En Orient elle était en antagcnisme avec la Russie. Il paraissait incroyable tant étaient nombreux, en Asie, les points de contact el les occasions de conflit qu'une guerre pût être évitée.
En Afrique, l'Angleterre à qui les hésitations de la France avaient permis de prendre pied définitivement en Egypte, a rêvé d'un colossal empire allant de la Méditerranée au Cap de Bonne Espérance. Mais si elle a pu se faire reconnaître des droits sur le Bas-Niger et la Bénoué pour pouvoir alteindre le Tchad, si elle nous a interdit l'accès du bassin du Nil, des obstacles également sérieux l'ont arrêtée dans ses projets. L'Allemagne a considéré qu’elle devait avoir sa part à la politique coloniale, et, après avoir mis un pied en Chine, elle à occupé, en Afrique, dans le sud-est, le sud-ouest et le Cameroun, trois territoires importants.
Cette suite ininterrompue d'efforts, s'explique par l'intérêt sans cesse grandissant du négoce et de l'exploitation des terres étrangère $. Sans doute la création des monopoles et des prohibitions donne à cette expansion un caractère bien anglais mais les plus ancietis procédés coloniaux se retrouvent dans leur essence, ils ont une origine commune avec ceux que les émigrants espagnols et portugais mirent en pratique à l’époque des découvertes de l'Angleterre.
Actuellement des conquêtes continuent, des armements marilimes augmentent. Elle recherche des territoires riches en cultures et en mines; elle se rend maîtresse de toutes les routes d'Extrême-Orient par des points d'ap} ui qu’elle crée ; en un mot elle cherche à asscoir solidement son immense domaine, et, si elle réussit dans cette entrcprise, c’est à la suite de concessions qui ne sont pas la mise en pratique de théories libérales nouvelles, mais de sacrifices que l'intérêt mercantile anglais fait à la loi générale de la lutte pour l'existence.
C'est par peur de sécessions pareilles à celles des Etats-Unis d'Amé-, rique que l'Angleterre affranchit administrativement ses colonies. En exigeant pas une autorité politique, signe de sa suzerainelé ccmmerciale, elle espère conserver longtemps son monopole et préserver sa vieille tradition coloniale d'exploitation d'autrui.
L’aptitude de l'Angleterre, ses ressources, le théâtre de ses efforts, et ses efforts mêmes, ontichangé avec le lemps, mais sous ces transfcr-
mations, persiste toujours le principe d'action inavoué, le même intérêt d'argent qui dicta à Cromwel l’Acte de Navigation et qui inspire aujourd’hui les théoriciens de la plus profonde Bretagne dont l'idéal consiste dans le groupement en un empire fédéral, libre échangiste, de l'Angleterre et de ses colonies qui acquerraient toutes l'égalité de droits.
Les procédés anglais de colonisation n’entrent dans aucun cadre théorique, ils n’ont rien de fixe, rien d’ immuable ; ils varient selon les colonies, mais, au fond de tous, le même principe se découvre, le même souci domine, c’est le profit de la métropole et de ceux qui la servent.
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L'Allemagne, qui avait pris sa place en Europe vers le milieu du -xixe siècle, a longuement surgi parmi les puissances d'outre-mer il y a environ 10 à 15 ans.
Son œuvre coloniale est toute moderne. La brusquerie et la brutalité caractérisent l'expansion de ce pays, qui du jour au lendemain, par la force des évènements, ayant dû imiter les vieux Etats, s’est donné en peu d’années un domaine colonial considérable.
Après 1870, l'Allemagne s'étant trouvée à la tête de capitaux importants, a voulu les utiliser. Son industrie s’est fortement développée. Par un commerce très puissant elle a forcé et couvert les . marchés européens de ses produits.
Sans doute, l’émigration allemande que nécessitait une densité de population trop grande dans un pays d'agriculture pauvre, ne date pas d'hier. Les Etats-Unis, la République Argentine, le Canada, le - Sud-Afrique ont eu des colons de la vieille Allemagne.
Les marchés du monde s'étant à peu prés fermés, des. ue Ene nouveaux comme l'Autriche et la Russie ayant surgi, il y a eu absolue nécessité pour l'Allemagne, de vendre au delà des mers où d’aban” donner toute idée d'expansion. La jeune Deutschland a occupé des territoires plus ou moins vacants, en Afrique et dans les îles Océaniennes et nous avons vu un état essentiellement terrien et militaire devenir, grâce à sa houille, à ses navires de guerre et surtout à l'extrême développement de la natalité, un peuple navigateur et commerçant.
: Cette colonisation tout à fait moderne est celle. qui Cu le le plus haut et qui intimide même les Anglo-Saxons.
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Si nous recherchons un passé colonisateur pour l'Allemagne, c’est à peine si nous trouverons une tentative faite par le Grand Electeur sur la côte occidentale d'Afrique, en Guinée où il fonda un 1 comptoir “et rêva un compagnie de commerce. (1)
L'Allemagne, a été jusqu'en ces dernières années, plus qu'indifférente à la politique coloniale. On peut dire qu'elle l'a dédaignée.
Les entreprises coloniales françaises, notamment celle de Tunisie, passaient pour une folie.
= Après le traité de Francforl l'Allemagne s’est mise à produire. Son industrie, grâce aux richesses naturellles de son sol et son commerce, ont pris un essor prodigieux. Ayant imposé leurs marchands à l'Europe par des traités conclus, soutenus par leurs Ambassadeurs et leurs Consuls, ils transformèrent l'Europe et notamment la USE l'Italie et l'Autriche, en véritables Colonies allemandes.
Suivant la devise d'un Commissaire général d'exposition, ils vendaient ce qu'ils voulaient, Cillig und Selech. (à traduire).
L'Allemagne n'avait donc que faire des possessions d'outre-mer, étant maitresse absolue du marché européen. L' expor ation allemande fut en progrés jusqu’en 1883.
A ce moment, les nations de l'Europe, se défendent, el par suite de leurs tendances proteclionnistes, véulent se suffire. Les Allemands, songent à leur tour à déverser en Guinée, au Congo, en Indo-Chine, les cotonnades, bimbeloterie, et alcools de betteraves et de pommes de terre. Mais l'accès des colonies leur étant difficile ; il fallut coloniser par force, c'est-à-dire prendre à tout prix, parmi les régions d'outre-mer, celles qui restaient libres où plulot celles qui n'étaient pas revendiquées.
L'Afrique et l'Océanie possédaient des territoires encore inoccupés, n'ayant pas le choix, lesAllemands dûrent se hater.
L'Allemagne chercha à légitimer cette brusque expansion coloniale, en contradiction avec les déclarations forinelles du chancelier Bismarck qui avait dilen 1885 : « Je ne suis pas et ne serai jamais un homme colonial ». Ce füt dans un but humanitaire, et pour infuser la lumière dans le continent noir, que les Allemanis ont colonisé. (2)
Cependant au congrès de Berlin ils faisaient adopter la formule que
(1) Engelotaedt. — Retour historique sur la Coïonisation Allemani:le Gotha 1892,
(2) Fischer Mehr Lecht im Qunkeln Velheil Hambourg, 18€5,
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tout pays non effectivement occupé est considéré comme sans propriétaire.
Le caractère de l'expansion allemande est de procéder militairement et par ordre. Leur flotte augmentée de quelques unités, leur commerce passe brusquement du continent au delà des mers, appuyé par des soldats et des émigrants forcés, leur industrie couvre les grandes étendues de terres noires prisesenun an. ,
Tandis que devant cette invasion subite, l'Angleterre reste inquiète, l'œuvre de pénétration et d'infiltration continuait lentement et lourdement. Désormais il y a entreprise d'Etat, et entreprise privée, conforme au génie colonial allemand.
Les premiers actes eurent pour théâtre l'Afrique ou de vastes régions se trouvaient sans maîtres. Mais l'Angleterre par ses explorateurs, ses marchands des compagnies à chartes, était partout et l'Allemagne dût circonscrire tout de suite son influence. La France et l'Espagne se trouvaient déjà au Maghreb, les Allemands durent prendre ce qui s’offrait au hasard et coloniser sans même avoir un plan bien arrêté.
Jusqu’en 1885, l'Etat ne se met pas en avant. Il fait agir des particuliers, négociants prête-noms, que l’on met partout à l’œuvre. La maison Ludéritz de Brême possédait à Angra Péquena, un comptoir. Le 14 août 1884 des cuirassés parurent pour débarquer des produits d'usine et des missionnaires qui s’installèrent à Bethanie.
Le pavillon allemand flottait aussi au Caméroum, et la société commerciale germano-africaine de Hambourg, la société coloniale allemande étaient fondées et tenaient leur première réunion en août 1884 sous le patronage du gouvernement à Eisénach. Le 15 novembre 1884, à la conférence du Congo, les Allemands essaient de se préparer une voie vers un nouveau Soudan.
A la même époque, la Deutsche Ostafrikanische Gesellschaft fonde les premiers établissements marchands en Guinée, et sur les côtes orientales, soumises au sultan de Zanzibar.
En janvier 1885, le gouvernement allemand prend la tête du mouvement colonisateur. L’amiral Knorr,ayant livrébatailleauCaméroum, Bismarck prononce un discours au Reischtag, Il déclare qu'il faut protéger le commerce en Afrique en lui laissant suivre ses voies naturelles. Ce programme de surveillance qui en théorie, devait s'effectuer par des moyens tout nouveaux, ne fût en pratique que limitation de
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vieux procédés mercantiles. Les lettres patentes impériales, sont accordées à la société coloniale allemande, qui place ses territoires sous le protectorat de l'Etat le 25 février 1885. On évite ainsi l’occupation réelle, que définit le congrès de Berlin et l'envoi au Caméroum des régiments qui sont nécessaires en Europe pour maintenir la défense. Ce procédé ne diffère en rien de celui des Hollandais en 1602.
Le 17 mai 1885, des lettres patentes sont données à la société de la Nouvelle Guinée et plus tard à l’'Ostafrikanische Gessellschaft.
La conquête véritable commence.
Le 13 août 1885, l’'escadre allemande paraît devant Zanzibar et annexe toute la côte au sud de l’île, sous prétexte que la Compagnie de l'Est Africain, avait signé des traités avec les chefs indigènes de l'intérieur.
Depuis 1886 de nouvelles circonstances ont achevé de imodifier et de circonscrire l’œuvre allemande. Il y a eu un ralentissement d'intérêt au sud-ouest africain ; une partie du Damaraland ayant été cédée à une compagnie anglo-germanique, les Allemands se portent vers le Soudan et les sources du Nil.
Dans l'Afrique Orientale Allemande, une série de traités de 1886 à 1890, ont opéré le partage avec l'Angleterre des dépendances du sultan de Zanzibar.
L'Ostafrikanische Gesellschaft, est devenue fermière des terres.non occupées effectivement, par le gouvernement, au sud des possessions anglaises. Les Allemands sont au bord du Tanganycka et du Victoria, donnant la main à l'Etat du Congo, contrariant les visées britanniques, sur la route de l'Egypte au Cap. L'Allemagne a cherché un rapprochement avec la France. Les conventions de 1893-1894, relatives aux limites du Caméroum et des territoires de la compagnie royale du Niger, ont été de la part de la Grande Bretagne, une duperie aux droits que Flegel avait chèrement acquis.
L'Allemagne a conservé l’accès vers l’Adamoua et le Tchad, mais Yola et la Bénoué lui ont été fermés par les conséquences des princi- pes prétendus nouveaux, qu'avait proclamé le traité de Berlin.
Une des caractéristiques de la colonisation allemande c'est que jusqu’en 1895, l'empire colonial allemand n'était pas exploité, et l'objectif de la nation, a été de se procurer des débouchés indus'riels. On s’est contenté de débarquer des marchandises germaniques, en échange de produits indigènes. L'eau de vie entre pour 18 0/0, dans
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le frêt départ des bâtiments à destination des iles Samoa en. Océanie. Le reste des exportations consiste en armes, bimbeloterie, cotonnades.
En retour, très peu de produits sont donnés à la métropole. En Afrique, l'huile de palme de Guinée, s'est vendue en 1893-1894 pour 3.500.000 marks seulement.
Les récoltes spontanées, sont cueillies à la hâte, sans préoccupation de la plus-value future, de l'initiation et de la pénétration agricole. Ces entreprises, faites d'expédients, semblent créées pour sortir d'une crise économique.
Les Allemands, répondent à ces objections, qu'ils ont manqué de temps, pour mener à bien toutes ces tentatives, que l'Allemagne n'a fait qu'imiter ses devanciers, Angleterre, Hollande et France.
L’inconvénient, c'est que la plus grande Allemagne, n'a pas de variété, qu’elle est toute entière tropicale, et que, née la dernière à la vie coloniale, elle s’est constituée sans choix préalable, dans des régions absolument inhabitables pour ses nationaux.
L'émigration allemande, au lieu de se faire vers les colonies de la Métropole, se fait vers le Brésil et Les Etats-Unis, la République Argentine et l'Australie. C’est sur des terres mieux appropriées à la vie européenne, que l'Allemagne cherche à créer de véritables colonies. Dans ces pays seulement, on constate une colonisation germanique. C'est là seulement, où il est question de germanismus et de Kulturgeschiste et encore, tout cela est-il incomplet et imparfait, car à ces éléments germains viennent se mêler les Anglo-Saxons, les Latins et les Indigènes.
En outre, les colonies allemandes n'offrent pas de grandes ressources d'existence et de richesses. Les colonies africaines, quelque effort que fasse l'Allemagne, ne pourront obtenir les mêmes résultats que l'Angleterre a obtenus dans l'Inde, qui pourtant est une terre tropicale.
En résumé, l'Allemagne est venue trop tard en Afrique, comme puissance d'outre-mer, et comme, on ne s'improvise pas du jour au lendemain, surtout en l’état de la colonisation moderne, peuple colcnisateur, il faut qu'elle subisse les inconvénients d'une croissance trop rapide et que par conséquent elle se trouve arrêtée dans son essor.
Les petites nations européennes ont senti qu’elles s'étouffaient dans
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le vieux continent. Elles aussi, ont voulu coloniser pour permettre aux produits de la Métropole de s'expatrier, et obtenir en échange les produits exotiques que l'industrie nationale pourra utiliser et transformer.
Avant l'Angleterre, la France et l'Allemagne, le Portugal avait pris pied en Afrique. Son ambition s'était d'abord portée sur les Indes où il ne lui reste plus que Goa, Timor, Diu, Damaan et Macao, derniers vestiges de son ancienne domination, puis au Brésil qui dès 1815 après l'émigration de la Maison de Bragance, et le Congrès de 1822, se constitua empire autonome.
Le Portugal fut dès lors obligé, de devenir au commencement de ce siècle, puissance coloniale africaine.
Il conserve en Afrique non seulement un établissement sur la côte de Guinée du Nord, mais, jusqu’à une époque récente, il était consi-
déré comme propriétaire légitime d’une zone allant d’un Océan à l'autre, avec les grandes provinces d’Angola et du Mozambique.
Mais n'ayant pas une population suffisante pour fournir une armée capable de pénétrer à l’intérieur du Mozambique ou dans la haute Zambézie, jusqu'aux régions habitables pour ses nationaux, il a été spolié par l’Angleterre qui, sous l'influence de Cécil Rhodes a considéré qu'il était urgent d'établir: dans ia Zambèézie, une autorité plus respectée que celle des Portugais, en 1884, par l'Association internationale du Congo et par l'Allemagne dans l'Ouest, eñcore en 1885 et 1886. £
Un fait essentiel domine la colonisation portugaise, c’est la faiblesse
dela Métropole incapable à tous les points de vue d'exploiter, malgré son heureuse situation des colonies, enchassées dans une grande péninsule, et à plus forte raison dans un grand continent.
Le roi Léopold IT, souverain d'un pays neutre,, a constitué dans le bassin du Congo, l'Etat indépendant, établissant ainsi pour l’Angleterre au-delà du Nyanza et du Tanganyka, une barrière désormais difficile a franchir.
Les Anglais, afin de créer une sphère d'influence, qui favoriserait leur expansion au Congo Belge, se sont émus de la manière dont les Belges traitaient les noirs.
Quel rôle joueront ces deux états faibles, le Portugal et la Belgique dans la colonisation et l'exploitation de l'Afrique, où ils possèdent cependant de vastes domaines. Cela dépend de leur activité et de leur
persévérance, mais il est à craindre que, suivant une loi fatale, ils ne doivent céder un jour à de plus forts qu'eux, le fruit de leurs peines.
L'Italie, prenant pour prétexte l'insurrection madhiste, se lança, en 1884, dans la lutte pour les intérêts britanniques à Asmara. mais, quand l'échec de l'Angleterre devint décisif dans le Soudan Egyptien elle dut abandonner Khartoum et se contenter d'occuper Ia côte de la Mer Rouge, entre Souakim et les établissements français d'Obock, Massaouah et Assab.
L'Italie a ensuite essayé d'étendre sa zone d'influence en Abyssinie. Une convention plaçait cette région sous le protectorat italien. Le Négus Ménélick, ayant connu le document, le démentit avec des menaces.
L'expédition malheureuse contre Ménélick, a obligé l'Italie à renoncer à toute entreprise de ce côté, et à se contenter de son établissement à Olha et Magadoxo, sur tout le rivage de la cote Somalis, jusqu'à l'embouchure de la Djoula.
L'empire italien d'outre-mer offre quelques ressemblances avec celui de l'Allemagne. Il est aussi incomplet, et comme lui, a Île caractère des œuvres édifiées trop tard et à tout prix. La véritable expansion de la péninsule réside plutôt dans l'émigration de ses nationaux vers les pays tempérés et déjà civilisés de l'Amérique.
L'œuvre d'expansion coloniale de la France, malgré une tradition constante et fixe, a subi une évolution dans ses formes, au cours du dernier siècle.
Les esprits du xviue siècle n'étaient pas partisans d’une politique coloniale. Montesquieu avait écrit : « L'effet ordinaire des colonies est « d’affaiblir les pays d’où on les tire, pour peupler ceux où on les «envoie ». Voltaire regrettait que deux nations civilisées soient en guerre pour quelques arpents de terre au Canada. Il ignorait, il est vrai, que l'enjeu de cette lutte était la possession du bassin du Mississipi, où nos colons empêchaient les Anglais de pénétrer. Après la guerre de l'Indépendance, les Américains gardèrent la meilleure part des dépouilles de la France et la ville qui s'élève aujourd'hui à l'endroit où fut le fort Duquesne a reçu le nom de Pittsburg, en mémoire de l'illustre Lord Chattam.
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La doctrine révolutionnaire, quelque exagération qu'elle contienne el quelle que soit la réserve avec laquelle il fauten citer les termes déclarait : « Périssent les colonies, plutôt qu'un principe ».
La longue durée de l'état de guerre, de 1753 à 1800, les difficultés dans lesquelles les gouvernements de la période révolutionnaire et de l'empire ont dû se battre, nous obligent à nous montrer indulgents et à considérer qu'il êtait impossible, de songer à augmenter nos possessions d'outre-mer, lorsque nous avions toutes les peines du monde, non seulement à les conserver, mais même à défendre notre territoire, Napoléon dut vendre, aux Etats-Unis, la Louisiane et nous fit perdre définitivement Haïti, la perle de nos possessions anciennes en Amérique, pour y avoir voulu rétablir l'esclavage. Enfin, l’île de France, île Maurice, fut reconnue possession anglaise aux traités de 1814 et de 1815, Le gouvernement de la Restauration n’envisage que l'organisation politique et ne se préoccupe nullement des intérêts commerciaux ou agricoles de nos établissements. « La Restauration eût simplement la charge de la mise en état et de l’organisation des colonies qui restaient entre nos mains, ou que nous rendaient les traités (1) ».
Même sous le règne de Charles X, marqué par l'expédition d'Alger, il fallut soutenir une lutte incessante contre les partisans de l’absolu recueillement, et l'occupation d'Alger, combattue par plus d’un esprit, ne fut acceptée qu’à la condition qu’elle serait seulement une occupation de police. On alla donc à Alger, non pas dans le but d’assurer à la France les deux rivages de la Méditerranée occidentale, mais pour flatter, par une guerre extérieure, le sentiment patriotique et conjurer ainsi la Révolution menaçante.
Et cependant, dès cette époque, la Grande-Bretagne était maîtresse de Gibraltar et de Malte. Le gouvernement de Louis-Philippe délibéra
i longtemps, avant de conserver les territoires acquis et, seulement en 1834, se décida à l’organisation de l'Afrique française du Nord. Cette hésitation était partagée par le Parlement et la France entière. L'opinion finit par se ressaisir. Le gouvernement fut entrainé à accroître son domaine colonial ; la nécessité de résister aux prétentions croissantes de l'Angleterre susci'a une telle évolution. L’entente avec la Grande-Bretagne fut de bonne heure un fardeau. La situation
(t) Charles Roux. Conférence faite à l'Union Coloniale.