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CHAP. VIII. — ABRIS CONTRE LA NEIGE

lignes des États-Unis, et ils suffisent généralement, même à la traversée des Alleghanies, où certains points, en raison de leur altitude, sont particulièrement exposés aux encombrements de neige, pour assurer la permanence de l'exploitation, à la condition de le pratiquer en temps opportun.

Au Canada, cette permanence est plus difficile à oblenir. La neige, dans certaines parties du Bas-Canada et du Nouveau-Brunswick, recouvre complètement le sol, depuis le commencement jusqu’à la fin de l'hiver, avec une épaisseur moyenne de 1 mètre à 1",20. Sur les bords de l'Atlantique, notamment dans la Nouvelle-Écosse et dans l’île du Prince Edward, il y a des alternatives de gelée et de dégel; mais la neige tombe avec plus d’abondance, et elle est plus sujette à s’amonceler sous l’action du vent.

Le meilleur préservatif qu’on ait contre ces amoncellements est le voisinage des forêts, qui les prévient d'une manière presque absolue ; malheureusement, à mesure que la colonisation fait des progrès, les forêts tendent à disparaitre, et aucun obstacle n’arrètant plus la neige, chassée par le vent sur les terrains cultivés, il n’est pas rare, pour peu que le terrain s'y prête, de rencontrer des amoncellements de neige de 3",50 à 4 mètres de hauteur.

Ces amoncellements occasionnent chaque hiver sur les chemins de fer canadiens des dépenses et des interruplions de service très considérables. L'exploitation du Grand Trunk Railway en a longtemps souffert; ils ont entravé d’une manière très sérieuse l’exploitalion de l’Intercolonial Railway pendant les premières années, et forcé d’ajourner, pendant tout un hiver, l'ouverture du chemin de fer à voie étroite de l'île du Prince Edward.

La ligne du Pacifique ayant à franchir, au passage des Montagnes Rocheuses et de la chaîne du Nevada, des altitudes dépassant de plus de 1000 mètres les plus considérables qu'on ait atteint peur les chemins de fer en Europe, devait être plus que toute autre exposée à ce grave inconvénient, malgré la plus grande élévation de la région des neiges perpétuelles, qui ne commence guère qu’au-dessus de 3000 mètres. Nous avons déjà vu toutefois que ces deux chaînes de montagnes, qui atteignent sensiblement les mêmes hauteurs, présentent au point de vue du climat des différences très grandes. L'hiver, dans les Montagnes Rocheuses, est beaucoup plus court et moins rude que dans les montagnes du Nevada, où, sur le parcours de la ligne du Central Pacific, il arrive fréquemment de rencontrer

de la reige en juillet et août, et où les tourmentes de neige ont souvent une extrême violence.

On a eu recours, pour se garantir coutre la neige, à des systèmes d’abris variant suivant les cas. Ces abris consistent, ainsi que ceux qui ont été établis en Europe à la traversée des Alpes et notamment dans diverses régions montagneuses de l'Allemagne du Sud et de l'Autriche, soit en écrans destinés à empêcher l’amoncellement de la neige chassée par le vent, soit en galeries couvertes résistant à la charge verticale de la neige, soit enfin en toitures sur lesquelles passent les avalanches entrainées sur des pentes plus ou moins abruptes.

Écrans. — Le système des écrans (Snow fences) a été surtout employé au passage des Montagnes Rocheuses, où, malgré le soin qu'on a pris de les éviter, se trouve un certain nombre de tranchées.

Ces écrans, au lieu d’être verticaux et pleins comme ceux que l’on trouve en Eurcpe, où ils consistent souvent en murs en maconnerie, sont en bois, inclinés et à claire voie, avec un retour d’équerre à la partie supérieure (pl. XXVI, fig. 7 et 8). Les flocons de neige, au lieu d’éprouver un choc brusque ayant pour effet de les forcer à se déposer en masse de part et d'autre de l’écran, sont progressivement infléchis et partiellement renvoyés vers le côlé opposé de la tranchée; ceux qui se déposent du même côté que l'écran forment une couche d'épaisseur plus uniforme, et la tranchée est ainsi moins sujette à être envahie par leur amoncellement.

Les écrans sont généralement établis sur des files parallèles, et ils forment des panneaux amovibles de 5 à 6 mètres de longueur, qui peuvent être placés dans diverses directions, de manière à briser les courants d'air et à retenir entre eux les masses de neige, ainsi qu'on le voit par les figures 9 et 10 de la planche XXVI.

Leur légèreté permet de les enlever pendant l'été, et de reslituer alors à la culture les terrains sur lesquels ils avaient été implantés.

Ce système d'écrans, bien qu'offrant des dispositions très rationnelles, ne paraît pas toutefois avoir complètement répondu à son objet, la neige étant souvent chassée sur le même point dans des directions très variables, ce qui l'empêche d’être suffisamment efficace dans un grand nombre de cas. Il tend aujourd’hui à dispa-

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