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SCÈNE II

LE CHEF DE GARE, LA DEMOISELLE DE COMP- TOIR, puis BERNARDON, puis LE CHEF DU BUFFET.

LE CHEF DE GARE, à la Demotselle de comptoiv. La journée est finie, il ne passera plus de trains avant demain matin six heures huit. [On entend partir le train.)

LA DEMOISELLE

Voilà le train qui part.

LE CHEF

Bonsoir, je vais faire mon bézigue au café des Arts. [Il va pour sortir au fond à droite.)

BERNARDON, entrant vivement par la porte du fond à droite.

Ah ! Monsieur le chef de gare , je vous trouve. *

LE CHEF

Monsieur Bernardon... vous paraissez ému !

Je vous en réponds... Arrêtez le train !

LE CHEF

Impossible ^ monsieur. . . il est parti .

BERNARDON.

Nom d'un petit bonhomme! [Il s assied près du guf^ridon, premier plan à droite.)

LE CHEF

Qu'avez- vous?

BERNARDON.

Je cours après mon caissier... qui m'emporte cent cinquante mille francs.

" Le Chef, Beroaidon, la Demoiselle (au comptoir).

LE CHEF

Ah ! mon Dieu !

BERNARDON, à la Demôïselle.

Mademoiselle, faites-moi un verre d'eau sucrée... j'ai le gosier brûlant. [Au Chef.) Figurez-vous que le polisson... mon caissier... devait déposer cette somme dans la journée chez Marécat, mon banquier. [A la Demoiselle.) Un peu de fleur d'oranger, je vous prie, ça calme... (Au Chef.) Précisément j'y dînais... chez Marécat... Au dessert, je lui parle de ce versement , il me répond qu'il n'a rien été déposé à mon compte.

LE CHEF

Sacrebleu î

BERNARDON.

Ma digestion s'arrête... [A la Demoiselle.) Vous y joindrez un verre de kirsch... ça précipite. [Au Chef.) Je demande à voir les livres, nous descendons dans les bureaux... et en effet rien n'avait été déposé! Mon sang se glace... {A la Demoiselle.) Un peu de cognac, ça tonifie. {Au Chef.) Alors je me souviens que le soir môme j'avais rencontré le polisson... mon caissier... à la gare... prêt à partir... Je me rappelle son air embarrassé, ses mensonges. .. plus de doute ! c'était une fugue! Mais je savais quelle ligne il avait prise; j'adressai un télégramme à tous les chefs de gare. Je fis chauffer une machine... service de l'administration, et je montai dessus... Eh bien? l'avez- vous vu? oii est-il?

LE CHEF

J'ai bien reçu une dépêche : « Arrêtez caissier; » mais vous avez oublié de me donner le signalement. BERNARD ON, vivemetit.

Ah! c'est vrai ! le trouble... l'émotion... Et vous dites que le train vient de partir?

LE CHEF

A l'instant.

BERNARDON.

Le polisson se dirige vers la frontière, mais j'y serai avant

lui. {Se dirigeant vers la porte au fond, à droite.) Jf remonte sur ma locomotive.

LA DEMOISELLE, l'arrêtant.

Monsieur, et votre mélange?

Est-ce que j'ai le temps?... buvez-le. {Il sort vivement, au fond à droite.)

LE CHEF, prenant le verre destiné à Bernardon

et le buvant.

Tiens, ce n'est pas mauvais !

LE CHEF DU BUFFET, veste et tOQue de cuisinier y entrant par la porte de gauche, deuxième plan.

Tout le monde est parti?

LE CHEF DE GARE

Oui.

LA DEMOISELLE, à part.

Ah ! c'est monsieur... le maître du buffet.

LE CHEF DU BUFFET

Je viens d'éteindre mes fourneaux. (A la Demoiselle.) Vous pouvez fermer la caisse et vous retirer.

LA DEMOISELLE

Bien, monsieur. {Elle sort au premier planta droite.)

LE CHEF DE GARE

Venez-vous faire votre bézigue au café des Arts? *

LE CHEF DU BUFFET

Non, pas aujourd'hui... J'ai une soirée chez la marchande de tabac. [Il ôte sa veste et sa toque, il est habillé dessous.)

LE CHEF DE GARE

Ah 1 mon gaillard ! on commence à jaser.

LE CHEF DU BUFFET

Il n'y a rien, parole d'honneur! Cette jeune dame a quel- * Le Chef de gare, le Maître dn buffet.

ques considérations pour moi, parce que je fume des cigares à deux sous.

LE CHEF DE GARE

Après ça... ça ne me regarde pas. Adieu! [Il sort y au fond à droite. ]

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