‹ Les chemins de ferChapitre 53 sur 54 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, BERNARDON. *

BERNARDON, entrant mvemenl du fond.

Le maire est absent! [A Ginginet.) Monsieur, vous (Mes conseiller municipal ?

GINGINET

Oui. monsieur.

BERNARDON.

Je vous requiers de me prêter main-forte pour appréhender un caissier infidèle.

TOUS

Comment?

GINGINET

OÙ est-il? [Lucien par aU à droite.)

BERNARDON, le désignant.

Le voilà !

TOUS

Monsieur Lucien!

BERNARDON, le prenant au collet. Mis(Table! (]u'as-tu fait de mes cent cinquante mille francs ?

* Clémence, Giugintn, Bcnianl<jn, .îiilcs, Jonny.

Oh! mais ne touchez pas!... Je les ai déposés chez vod-c Ijanqiiierî

BERNARDON.

C'est faux! Si vous les avez déposés, vous devez avoir un reçu?...

LUCIEN

Certainement.

GINGINET

Montrez-le! {A Bernardon.) On va vous le montrer.

LUCIEN, tirant son porte fpuille.

Il est là dans mou portefeuille. (Le feuilletant dans tous les sens.) Eh bien ! eh bien !

TOUS

Quoi ?

LUCIEN

Je ne le trouve pas.

BERNARDON.

Parbleu !

LUCIEN, se fouillant.

C'est qu'il n'y a pas à dire, pendant le voyage je n'ai tiré aucun papier de ma poche.

JENNY

Shallwesoontaketea? Ya-t-on bientôt prendre

le thé?

LUCIEN, Capercemnt et poussant un cri.

Ah!

TOUS

Quoi donc?

LUCIEN

Miss Jenny ! Je le lui ai donné pour sa laine. {A Jenny,) Paper ! paper !

JENNY

What? Quoi?

GiNGiNET, passant à Jenny.

Oui, je me souviens... à|^la gare de Paris ; je vais lui ex-

pliquer...* [AJenny.) Piper shall to be, or not to be, petite cruche.

JENNY

But what'^ Mais quoi?

GINGINET

Ah ! son sac à ouvrage ? (Il V arrache des mains de Jenny.)

JENNY, voulant le reprendre.

This bag is mine. Ce sac est à moi.

Blaguis mine tant que tu voudras. Il s'agit de l'honneur d'un homme, sacrebleu ! [Clémence emmène Jenny à l'extrême gauche.)

LUCIEN

Vite 1 le peloton de laine. ;

GINGINET, renversant le sac sur la table. Il y en a cinq.

LUCIEN

Lequel ?

GINGINET

Il faut les éventrer tous les cinq.

LUCIEN

Chacun le sien... ça ira plus vite. [Chacun des person^ nages, excepté hnny, prend un peloton et se met à le dévider.) ***

JULES, à part.

Sapristi! il va trouver mon billet! Si je tombe dessus... je le mange !

* Clémence, Lucien, Ginginet, Jenny, Bernardon, .Tules. ** Clémence, Lucien, Jenny, Ginginet, Bernardon, Jules. *** Jenny, Lucien, Ginginet, Clémence, Jules, Bernaadon.

JENNY, furieuse, cherchant à reprendre ses pelotons.

I want my wool... gite Je veux ma laine, rendezme back rny icool! moi ma laine !

Toi, fiche-nous la paix; il s'agit de l'honneur... (Toîis se mettent à dévider les pelotons.)

LUCIEN, qui a dévidé son peloton, montrant un papier.

Ah! le voilà! (Lisant.) '( Messieurs, l'homme éminent que je viens représenter et dont nous pleurons l'absence...»

BERNARDON.

Hein? mon discours !

JULES

Ah ! saprelotte !

BERNARDON, d J|i/e.S.

M'expliquerez-vous. monsieur.

CLÉMENCE, quia dévidé.

Ah ! le voilà !

JULES, bas à Clémence.

Mangez-le !

CLÉMENCE , lisant.

«Mademoiselle Potin , nourrice, tous les deux ans, à Bischeviller. »

GINGINET

Nom d'une bobinette! l'adresse de la nourrice!

CLÉMENCE

Et de votre écriture, monsieur!

JULES , à Clémence.

C'est infâme!

l'40 LES CHEMINS DE FER

CLÉMENCE

Monsieur, je vous donne ma parole d'honnête femme... que vous ne le porterez pas en paradis...

JULES, à part.

Oh! peu importe l'endroit, pourvu qu'il le porte.

GIN Gi NET, finissant son peloton.

Voilà le reçu ! je l'ai !

LUCIEN

Enfin !

GiNGiNET, lisant.

« Ne croyez pas un mot de ce que je viens de vous dire.»

JULES, à part.

Vlan! ça y est!

GINGINET, continuant à lire.

« C'était pour détourner les soupçons de votre mari... je vous aime toujours.»

CLÉMENCE , à Jules.

Monsieur, vous m'avez perdue!...

JULES, bas à Clémence.

Êtes-vous femme à fuir en Amérique ?

GINGINET, après s être recueilli.

Mais ce n'est pas un reçu, ça!

JULES, étonné.

Ah! bah!

GINGINET, à Jules.

Eh bien! et vous? votre peloton?

Voilà! voilà ! {A part.) Au fait, il n'y a plus de danger!

LES CHEMINS DE FER Ul

{Trouvant un papier et lisant. <^ Rora (le monsieur LucifMi Faillard... »

LUCIEN, avec joie.

Le reçu! le reçu! {Il danse de joie et embrasse Ginginet.) Non! pas vous, mademoiselle! Il embrasse Jenny, qui se débat.)

JULES , dansant aussi.

Quel bonheur! le reeu! le reçu! (// embrasse Clémence.

Mais, monsieur...

JULES

C'est comme frère...

BERNARDON. examinant le reçu.

Le voilà bien!... Qu'est-ce que me chantait donc Marécat?... [Lisant. « Reçu de monsieur Lucien Fnillard la somme de cent cinquante mille francs, pour être verses au compte de monsieur Ginginet. » (Par/eV Comment! Ginsinet?

GiNGiNET, prenant le reçu.

A mon nom! *

Ah! j'y suis! comme au chemin de fer... pour mon bordereau. [A Ginginet.) Votre bête de nom ne me sort pas de la me.

GINGINET, à Bernardon,

Rassurez-vous, je ne serai pas moins scrupuleux que monsieur Lucien.:, je pourrais garder celte somme, qui m'est légitimement acquise, puisqu'elle a été versée en mon nom.

BERNARDON.

Ah ! permettez.

* Jetiiiy, Lucien, Clomenco. Giaginet, Jules, BernarJon.

Ili2 LES CHEMINS DE FER

GINGINET

Pas de discussions! je ne les aime pas. Raplapla! l'honneur et la position que j'occupe dans ce département me dictent mon devoir... Une plume!

LUCIEN et TOUS.

Que va-t-il faire?

BERNARDON, lui donnaut une 'plume.

Yoici !

G I X G I >■ E T , écrivan t.

Passé à l'ordre de monsieur Bernardon, et je signe d'une main ferme !

TOUS

Ah! très-bien!

Ce n'est pas un voleur.

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