CONCLUSION
Cette revue sommaire des principaux faits de la vie des chemins de fer français dans les dernières années montre que cette période a été dans des sens divers, féconde en résultats intéressants.
Si du fait des exigences diverses des pouvoirs publics, à cause des améliorations apportées dans les situations du personnel, des charges nouvelles sont venues peser sur leurs exploitations, elles n’ont pas découragé leurs efforts pour améliorer sans cesse leurs services à l’égard du public sans compromettre l’économie de leurs gestions.
Le régime français des Compagnies concessionnaires subsiste encore pour la plus grande partie du réseau malgré l’atteinte partiellement apportée par le rachat de la Compagnie de l’Ouest. C’est ce régime si fortement loué par les économistes étrangers qui a permis en France, avec un réseau construit plus chèrement que dans les autres pays à cause du sol plus accidenté, avec un trafic kilométrique inférieur, avec des prix d’achat de matières : houilles, aciers, etc., bien plus élevés qu’en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, de réaliser cependant pour le public une organisation de trains dont la rapidité dépasse celle qu’on trouve sur tous les autres réseaux continentaux, des tarifs et des délais de transport plus réduits que partout ailleurs, et tout cela enfin, il faut y insister, avec un coefficient d’exploitation bien inférieur à ceux de tous les réseaux étrangers.
Les profits de l’Etat s’ajoutent à ceux du public ; sans compter le remboursement de la dette des Compagnies ou le partage de leurs bénéfices, il perçoit en effet des impôts sur les transports, sur les transferts de leurs actions et obligations et sur leurs revenus, des droits de douanes sur les charbons et autres matières, etc., il s’est assuré des prix réduits pour les transports de son personnel et de ses consom-
mations ; l’Etat réalise ainsi annuellement des recettes et économies considérables que les statistiques officielles ont évaluées pour 1907 à 271 millions pour les 6 grandes Compagnies, alors que leurs actionnaires n’ont reçu pour intérêts et dividendes que 149, 5 millions dont il y aurait encore à déduire les impôts payés sur ces revenus.
A un autre point de vue, l’Etat a participé dans les dépenses d’établissement de ces six réseaux pour une contribution totale s’élevant au 1er janvier 1904 à 4 milliards 600 millions.
Le profil direct de 271 millions qu’il tire ainsi de leur exploitation représente donc pour lui un revenu très rémunérateur de 5,59 °/0.
Mais ce profit si important qu’il soit, est cependant presque négligeable en regard de l’avenir à envisager, quant à l’expiration des concessions, celles-ci devront revenir à l’Etat nettes de toutes charges, après amortissement complet des obligations et des actions.
Cet amortissement se produit en effet automatiquement par les remboursements annuels d’un nombre déterminé d’actions et d’obligations; le tableau suivant en donne par exemple les résultats au 31 Décembre 1907 pour l’ensemble des 6 grandes Compagnies.