SITUATION ACTUELLE
sans doute à certains intérêts, tendait aussi à modifier ce qu'il y a d'anormal dans cet état (Tonrmiiqiiu. Lu change fias augmenté la puissance de la monnaie Étrangère, cl favorise les exportations. Là encore il fallait simplement laisser faire. Le gouvernement n'était pas convaincu de cette vérité ; au lieu de consacrer à des travaux utiles ce papier, tout déprécié qu'il Tût, el de faciliter par Jà l'exportation qui est la fortune du commerce du pays, il a entrepris île relever artificiellement le change. Voici ce qui a été imaginé dans ce but en 1837 et renouvelé depuis à plusieurs reprises. Le ministère envoyait sur les places étrangères des pièces d'or russes qu'il faisait ensuite revenir à Péfersbourg par une opération de banque dont il traitait les conditions avec lui-même. Ce voyage d'impériales à lYli'iiïigrr accompagné d'un marché fictif à la bourse pouvait-il influer sur le cours du rouble? Il n'eu résultait jamais qu'une oscillation passagère, et les cours, relevés pour un instant par celte opération imaginaire, retombaient bien vite à leur premier et véritable niveau sous la masse de remises provoquées dans fout le commerce par cette hausse inattendus.
Les emprunts du gouvernement ont aussi pour objet de relever le change. I! consolide dans les banques les capitaux qui j sont déposés en billets de crédit (I er septembre 1 859) ; ces capitaux sont reconnus comme dette de l'État. Pour litres de cette dette, le gouvernement émet des billets de banque portant nn intérêt jour par jour à a p. 100 palan. Par là il remplace un papier par un aulre sans qu'on voie en quoi la fortune publique y trouve son avantage. Puis commence la série des emprunts à l'intérieur et a l'étranger, à l'intérieur pour retirer les billets de crédit, à l'étranger pour appeler à soi des espèces sonnantes ; les
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intérêts de tous ces emprunte doivent être servis en or ou en argent. On croit jcler par la petit à pelit dans la circulation des espèces métalliques : it est probable qu'on n'y réussira pas. Les sommes payées en espèces par le gouvernement n'entrent pas dans la circulation, elles sont soigneusement enfouies ou passent immédiatement à l'étranger. De plus les emprunts intérieurs créent des (ilres dont le public ne tarde pas à se servir à l'égal des billets de crédit contre lesquels ils ont été échangés, de sorte que la quantité de papier reste toujours la même, tandis que la circulation métallique demeure toujours nulle.
Pour sortir de ce mauvais pas, il n'y a en réalité que deux méthodes. La première consiste à employer le plus utilement possible les valeurs-dont on dispose, à accroître la richesse générale, qui pourra un jour rendre bien légère la dette actuellement si lourde pour l'État. Dans cette voie le gouvernement ne peut tout faire, si la nation ne le seconde pas. L'affranchissement des serfs amènera saus doute dans le caractère national une transformation dont les finances publiques ne tarderaient pas a ressentir l'heureuse influence.
L'autre méthode, révolutionnaire, serait appropriée à Ja situation qui est révolutionnaire aussi. Elle consisterait a supprimer les billets de crédit, et à décréter que dorénavant tous les payements se feront en espèces. Celle mesure assez brutale ferait voir le jour à toutes les monnaies tenues en réserve par les particulière, et rien ne dit que ce n'est pas ainsi que doit finir la comédie jouée depuis deux cents ans par la Russie devant l'Europe, et par laquelle une nation pauvre et insouciante a réussi à faire croire qu'elle possédait d'énormes richesses, cl qu'elle méritait un ciédil illimité.