‹ Les chemins de fer russes de 1857 a 1862 (volume 2)Chapitre 101 sur 118 · DES ASSIGNATS · texte numérisé non relu

DES ASSIGNATS

Poursuhvenir à des nécessités impérieuses auxquelles ne suffisaient ni les taxes ni les revenus de la couronne, ud a encore recours à la création île nouveaux assignais, sauf à les déprécier ilo plus en plus. Aussi la quantilé do papier en circulation s'accroît avec une vitesse (!e plus en plus grande. l'Ile moulait à 1 'M millions à la mort t\f Catherine; en 1800, elle dépasse 212 millions, et elle atteint 578 millions en 1810, deux ans avant la guerre ruineuse que la Russie allait avoir a soutenir. Alexandre I" avait annoncé à celle cporpie l'intention de travailler à l'extinction de la detle de l'État représentée parcelle masse de titres. ;ll fut forcé de l'augmenter, au contraire, pour se mettre en état de résister à iXapoléou. La dépréciation du roublo suivit la ruine des provinces ravagée* et l'interruption de tout commerce. En IHOIi, le rouille se négociait à3',30; ilesl tombé à 0',90 eu (816- Le ducat russe, pièce sonnante de 3 roubles d'argent, nes'écliange plus en 1 Kl 5 que contre 13 roubles en assignats.

Tout l'argent disparaissait. Le enivre avait déjà depuis longtemps disparu. Les monnaies d'appoint en cuivre, conservées comme nous l'avons vu par l'impératrice Elisabeth, étaient encore fabriquées sous le régne d'Alexandre sur le pied de 16 roubles par poud de cuivre. Or le prix du cuivre subit une augmentation notable en Hussio de 1802 à 1806, et atteignit bientôt I8 r ,40 k le poud. Toute la monnaie de cuivre devint aussitôt marchandise et fut exportée, et il n'y eut bientôt plus en Russie qu'une monnaie usuelle, l'assignat de la Couronne, avec ses contrefaçons. Le gouvernement accepta celle situation, et reconnut pour monnaie réelle l'assignat qui n'avait pas encore reçu de la loi ce caractère. Tous les comptes durent être établis en roubles assignais. Les délies stipulées en roubles

220 DÉsonnnu monétaire.

argent furent déclarées payables on roubles assignais an

cours du jour du payement.

Depuis Catherine 11, le gouvernement russe avait contracté à différentes reprises des emprunts étrangers dont les intérêts devaient èlro payés en monnaie de bon aloi.

l'altération des monnaies qu'il faisait frapper pour ces payements extérieurs. Il jugea toutefois néeessairepardeux fois de réduire le titre des petites monnaies d'appoint qui restaient encore en circulation: de I810à 1813, on frappa de la monnaie d'argent au titre de 72 (I), tandis que les roubles d'argent conservaient le titre légal de 83 1/3. Abandonnée lois de l'étni^i-.ilion presque complète du métal, eette mesure n'a été remise en vigueur qu'eu 1860, après des transformations diverses de la situation financière de l'empire. Les pièces de 5, 10, 13 et 20 kopeks reçoivent le titre de 72, inférieur de lii p. (00 au litre qui correspond a leur valeur nominale. Le litre des pièces d'or, 88, qui équivaut au titre 1 1/12 de la monnaie d'or anglaise, a été maintenu jusqu'à nos jours ; le rapport des valeurs de î'or et de l'argent fut seulement changé en 1839 et porté, comme nous l'avons vu, de 15 à 15 9/20.

Le cours variable du rouble assignat entraînait des difficultés très-graves dans les payements journaliers. On ne savait jamais au juste quelle valeur aurait demain sur le marché une pièce de monnaie ou un billet qu'on avait aujourd'hui dans sa bourse. Telle pièce qu'on acceptait au taux de 40 kopeks asstguat dans les magasins n'élait reçue

que pour 30 kopeks par les caisses publiques. C'était un désordre général que le gouvernement vonlul enfin faire

La richesse publique avait fait quelques progrès dans les premières années (Ju règne de Nicolas ; les exportations augmentaient d'année en année, les mines d'or et d'arpent de l'Oural commençaient à donner des produits, et, à la faveur de celle amélioration générale, on espéra sortir honorablement des embarras que les cuivres du Pierre le Grand et les assignats de Catherine II avaient accumulés autour des finances nationales. Le gouvernement de Nicolas commença par détruire un certain nombre d'assignat.': : it parvint de, celle manière à réduireà CÛO millions la dette de 836 millions que lui avait transmise Alexandre. Après celte première préparation, commence la série des réformes du ministre Cancrine. En 1 839, un manifeste impérial, " pour mettre un ternie a ces oscillations qui détrui- « sent l'unité et le bon ordre du système monétaire, el » occasionnent des perles el des difficultés de toute espèce a à toutes les classes de l'Empire. » retire aux assignats la qualification de, monnaie, réelle, pour leur conserver seulement la qualité de signe de monnaie, el fixe la valeur du rouble papier par rapport au rouble argent, qui redevient la monnaie véritable du pays. Le manifeste décrète que 3 roubles 1/2 en assignats vaudront t rouble argent. Les emprunts avaient fait entrer au trésor quelques espèces métalliques : le manifeste autorise en conséquence l'échange des assignats contre du numéraire, mais seulement jusqu'à concurrence de 100 roubles argent pour une même personne.

Il y a deux points a considérer dans celte mesure : 1" le remboursement de l'assignat est autorisé, sans que le gou-

reniement l'admette comme obligatoire pour lui; 2° le cours du rouille assignat est fixé au cours moyen du moment, et tout agio est sévèrement interdit. Le manifeste de 1839 ne disait pas autre chose, et n'eut en réalité d'autre résultat que de préparer à dis ti'iii^l'uniKiliuiis pi us radicales. En attendant, le gouvernement avait l'imprudence de créer une caisse de dépôt pour l'or et l'argent ; cette caisse devait émettre des hillels en échange des valeurs déposées. C'était ainsi, on !'a vu plus haut, qu'avaient commencé les assignats sous Calherine II. Le gouvernement détruisait d'uue main cequ'il faisait de l'autre, el la caisse de dépôt de 1839 était déjà grosse des billets de crédit, avant que la succession de l'assignat fût ouverte.

Le manifeste du i" juin 1843 posa bientôt les bases d'une réforme qu'on a crue un moment définitive.

Ce nouveau document constate que la masse des assignats en circulation s'élevait alors à 595,776,310 roubles qui, au taux légal de 3 roubles 1/2 assignat pour 1 rouble argent, équivalent à 170,221,802 roubles 85 kopeks 8/7. Le gouvernement se reconnaît débiteur de celte somme envers la nation; il annonce qu'il va retirer et détruire tous les assignats, et qu'il les remplacera par des bilhln du crédit représentant des roubles argent. Jusque-la, c'était substituer un papier à un autre. Mais le nouveau papier, d'après le manifeste, est garanti par les propriétés de l'État, et sera toujours écbangeable à bureau ouvert contre du numéraire; c'est un billet de banque. Pour assurer le remboursement des billets de crédit, il est établi au bureau d'expédition un fonds métallique égal au sixième de la somme émise en papier. Les futures émissions de billets seront consolidées rouble pour rouble dans le fonds de réserve, de sorte que la proportion du sixième n'est

qu'une limite inférieure et (toit s'élever avec le temps.

La substitution des billets de crédit aux assignats l'ut achevée dans tout l'Empire en 1 8-48.

La réforme de 1843 eut d'abord d'iieureuses conséquences, parce que li. 1 billet de crédit était garanti par l'Élat, parce que les développements du commerce accroissaient de jour en jour la prospérité générale, parce qu'enfin la confiance du peuple russe dans son gouvernement, augmentée par l'opinion un peu exagérée que l'Europe se faisait de son habileté et de sa force, limitait les remboursements métalliques à un petit nombre de billets, ce qui suffisait pour soutenir le cours de tous les autres sans épuiser la réserve.

L'échange au pair des billets de crédit contre des espèces dura ainsi jusqu'à la guerre d'Orient. Quand elle éclata, il fallut dépasser la limite fixée pour le rapport entre la réserve et le montant des billets émis. L'équilibre peu stable où l'on avait pu se înairilenir.jnsque-là fut brusquement rompu. D'abord on suspendit les remboursements métalliques ; après la guerre, on les limita a 60 impériales ou :i00 roubles par personne se rendant à l'étranger; on supprima même en 1800 ce petit appoint. La confiance diL public dans le billet de crédit avait subi un amoindrissement sensible (I]. La quantité de billets en circulation moulait alors à 080 millions de roubles, l'encaisse métallique officielle étant seulement de 90 millions. Aussi,

(I) Apres la guerre, on voulut essayer Les remimursemenb à bureau ouvert comme ils si! | ■ z- i . " L ■ ■ u ^ l ■ - ■ r - 1 uu;> u^anl ■ iii.u. il l'.iliui M un nie revenir sur celre iledsiini ir 1 1 [i :■ . u I i-jj r !-. nasillasses (h: [irrsonues si' pn'ripitaituil au Luiclii-L [mur rOelamer lei'hau^e. I,e ili'sonlre de la foule lin! Iii'iimis-i'uii'nt eu nide à lu réputation du ïnVfir. Du sirspi'inlii île iiuuvenu les remboursement; par mesure Je pulice. et un convoi aeconipaijiu- de Iroup.is n'riiinlui-il ;i lu l'in li i i s.i' ii s laissas ipji itaïmil censées luultuir lus richesses mêlai lie. un s île l'Élal.

quoique les lois défendent tout agio sur l'or et l'argent, (in no pouvait on l«u2 se procurer de pièces en échange de billets de crédit <]ii'en payant une prime do 8 à 10 p. 100; le change sur Paris, tombéà3 , ,75 en IHo", descend Îl3 f ,30 en 1859, remonte entre 3',30 et 3 f ,60 en 1 861 , et se trouve encore :wx on virons de ce taux à la (in de 1 803. à la suite des remhimrsements à prix réduit que le gouvernement opère a l'aide de ses emprunts en. Angleterre et en Hollande.

La Hussie en est ainsi à sa troisième liquidation ; sons Alexis, le retrait du cuivre, sous Nicolas, la création du rouble argent, qui réduit dans 1a proportion de 100 à 29 la dette nominale de l'État ; enfin maintenant le remboursement au-dessous du pair des billets de crédit. Mais la plus grande difficulté sera d'opérer ce remboursement jusqu'au bout, et de chasser définitivement te papier qui a une si déplorable histoire.

Si les métaux précieux étaient autrefois plus rares dans la Hussie que dans le reste de l'Europe, le gouvernement devait accepter avec franchise cette situation particulière qui portait en elle-même son correctif ; car la rareté de l'argent entraîne le bon marché relatif des produits, et provoque les achats de l'étranger et les importations de numéraire. Les mesures prises par le gouvernement ont, au contraire, augmenté le mal qu'elles devaient combattre : les métaux précieux se sont cachés devant le papier cl les cuivre, ou bien ont quitté le pays, les prix nominaux se sont élevés, 1a richesse publique n'en a pas été augmentée d'un kopeli, mais la monnaie a perdu tout caractère de fixité, et un négociant russe a pu chaque année voir ses inventaires s'améliorer, et son capital décroître.

La baisse du change sur l'étranger, très-préjudiciable

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