‹ Les chemins de fer russes de 1857 a 1862 (volume 2)Chapitre 97 sur 118 · II. — LE ROUBLE · texte numérisé non relu

II. — LE ROUBLE

Nous voulons donner dans ce paragraphe une histoire abrégée du rouble : voici tout d'abord comment elle est résumée par un de nos amis, sujet russe, à qui nous empruntons la plupart dus détails qu'on va lire. « L'histoire du rouble, dit-il, est celle d'un coquin qui, « depuis son apparition dans le monde, trompe, vole, fait •t deux fois banqueroute, entraine d'honnêtes gens dans « la misère, s'amende enfin pour quelque temps, puis ■1 disparaît comme s'il avait honle de son passé, et laisse h à sa place un fondé de pouvoir, le billet de crédil, enci core plus mauvais sujet que lui-même. » On pourra reconnaître, en parcourant ce paragraphe, que ce jugement n'est pas trop sévère.

Le mot rouble vient du verbe roubit, couper à la hache ; il désignait autrefois de petits lingots d'argent qu'on coupait en morceaux pour ellecluer le pavement d'un poids déterminé de métal. Les collections d'antiquités russes contiennent des lingots semblables.

Ce n'était pas là une monnaie. Quelques historiens prétendent que les Russes ont eu de véritables monnaies dès l'origine de leur histoire, et qu'ils les ont conservées jusqu'à l'époque de l'invasion ta tare. Ils étaient alors en relation assez intime avec l'Empire grec, et on aurait tort de juger de leur état social à ces époques anciennes par la barbarie où les replongèrent, un peu plus lard,

HEGLEMENT DU TSAH ALKXlS. {

l'invasion lalare, l'invasion mogole, et enlin la décadence et la chute définitive fie l'Empire d'Orient. Toute monnaie effective disparut pendant l'occupation étrangère. Plus lard on commença à se servir de petites pièces d'argent sans titre régulier, et ce n'est qu'an milieu du dix-septième siècle qu'on voit le rouble, jusque-là monnaie de compte, prendre la forme d'une pièce destinée à la circulation.

Bien des erreurs économiques avaient cours alors dans l'Europe. Elles s'introduisirent dans les conseils du gouvernement moscovite. La richesse d'un État étant mesurée par la quantité de métaux précieux qu'il possède, le gouvernement croit enrichir le pays en attirant en Russie l'or et l'argent de l'étranger. Il emprunte ensuite aux plus mauvais jours du moyen âge le procédé de l'altération des monnaies, encore pratiqué en France à plusieurs reprises dans les temps modernes, et s'imagine qu'il crée des capitaux en attribuant à des pièces d'un titre insu (lisant une valeur nominale arbitraire.

Tout un règlement est mis en vigueur par le tsar Alexis dans le but d'accaparer le plus d'argent possible. On met des droits énormes sur les importations de l'Occident de l'Europe ; en même temps on essaye de proscrire l'emploi des pièces métalliques dans le commerce avec l'Asie. Les négociants russes sont tenus de payer, autant qu'ils le pourront, les marchandises asiatiques par des produits russes, et de n'employer le numéraire qu'à la dernière extrémité : on espère avec de l'habileté empêcher l'argent de passer dans les mains des Orientaux, qui de tout temps en ont été si avides. Le gouvernement va plus loin encore. Il déclare certains produits marchandises de la couronne : les particuliers ne peuvent vendre ces

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produits qu'à la couronne même, qui, devenue le premier négociant du pays,' se charge de les revendre aux Étrangers.

II est à peu près inutile de dire que ces mesures n'enrichirent point la Mosrovie. Elles ne suffirent pas nu» p!us pour créer un système monétaire régulier. Les exportations des produits russes faisaient entrer dans le pays des pièces étrangères, et notamment des éeus du nord de l'Allemagne. Au lieu de les refondre, le gouvernement se contenta d'abord de les faire refrapper après les avoir coupées en morceaux. L'écu allemand coupe en quatre recevait une nouvelle empreinte et devenait monnaie russe. L'empreinte fut plus lard remplacée par un simple poinçonnage. Cette méthode expédilive eut pour effet do lancer dans la circulation des pièces de toute forme, de tout poids, de tout titre, auxquelles le poinçon de l'État donnait des valeurs arbitraires, et qui par suile étaient pour le commerce la source d'un épouvantable désordre. Le gouvernement pensait d'abord s'enrichir au milieu de ce chaos. 11 ne cédait aux étrangers ses marchandises que contre des écus au poids légal : quatorze écus de Liibeck devaient peser une livre russe, et étaient reçus par le trésor à raison de deux pour nu rouble; puis le gouvernement leur assignait une valeur double de la valeur d'acquisition, croyant doubler par là ses recettes.

C'était renouveler en quelque sorte une faute déjà commise au commencement de ce règne. Le tsar Alexis, pressé d'accroître ses ressources de numéraire, avait l'ait frapper en 1655 des pièces de cuivre, il uuc valeur nominale égale à celle des pièces d'argent de même poids. Aussitôt l'argent et l'or disparurent de la circulation, cl les prix

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